
Depuis 2016, une innovation technologique a fait son apparition sur le Vendée Globe : les foils. Appelées également « moustaches », ces nouveaux éléments, fixés sur le côté des bateaux, leur permet de voler au-dessus de l’eau et de gagner en vitesse. La majorité des skippers en sont aujourd’hui équipés.
Une sensation assez unique. Avec l’apparition des foils, utilisés pour la première fois en 2016 sur le Vendée Globe, les bateaux donnent l’impression de voler sur l’eau. Mais concrètement, c’est quoi les foils ? Il s’agit d’ailes courbées, appelées aussi « moustaches », attachées sur les côtés du monocoque, qui permettent d’augmenter la vitesse et provoquent cette sensation de vol. Si en 2016, seuls sept bateaux en étaient équipés, ils sont aujourd’hui 25 à en posséder sur cette édition 2024, sur les 40 participants à la mythique traversée.

Des foils devenus essentiels pour gagner
Qui dit avancée technologique dit souvent optimisation de la performance. Pour le monde de la voile, l’arrivée des foils a été une petite révolution. « Je ne reviendrai pas en arrière. J’en suis content », a confié Armel Le Cléac’h, vainqueur du Vendée Globe 2016-2017 après avoir essayé les foils. Il faut dire qu’aujourd’hui, cette extension fait la différence en course. Difficile d’ambitionner la victoire sans en être équipé. Il suffit de regarder le classement de l’édition 2024 après 25 jours de course. Le premier bateau « non-foiler » se classe (seulement) dix-huitième, en la personne de Tanguy le Turquais, déjà à près de 2 500 miles (4 020 km) du leader provisoire, Charlie Dalin.
Outre la sensation de voler sur l’eau, le bateau est bien plus rapide, avec des pointes pouvant aller jusqu’à 40 nœuds, soit 74 km/h. De quoi repousser un peu plus les limites et battre des records, comme l’avait fait Armel Le Cléac’h, en bouclant le Vendée Globe en 74 jours, 3 heures, 25 minutes et 46 secondes.
Entre coût et équité sportive, des critiques émises
Si ces « moustaches » permettent d’optimiser la performance du skipper lors d’une traversée, elles divisent quelque peu le milieu. Avec un coût estimé à 500 000 euros, les foils sont un véritable investissement qu’il faut absolument préserver. À six mois du Vendée Globe, Paul Meilhat en a fait l’amère expérience, puisqu’il a cassé l’un de ses foils, percuté par… un poisson-lune. « Si on les enlève, ce n’est plus le même sport. C’est le vélo qui devient du cyclotourisme », a reconnu dans L’Équipe le skipper. Conséquence : le navigateur de 42 ans a été contraint de le réparer et « d’emprunter à la banque » pour le financer. Un investissement que ne peuvent pas se permettre tous les skippers, qui peut créer un déséquilibre sportif.
Au-delà du coût, une certaine inéquité sportive est pointé du doigt. Quatrième du Vendée Globe 2020-2021, Jean Le Cam a terminé cette année-là devant plusieurs bateaux équipés de foils. Un pied de nez dont il s’était réjoui. « Je me suis retrouvé avec mon ancien bateau devant les fusées actuelles, qui n’en sont pas au final. Ce n’est pas parce que tu peins un bateau en noir qu’il va vite », avait-il affirmé dans le Super Moscato Show sur RMC. Plus globalement, le skipper souhaite que « ce ne soit pas que l’argent qui fasse le distinguo ». Au vu du coût des foils, la question paraît légitime.
Pavel Clauzard

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