
En voile, chercher constamment la vitesse la plus élevée sur l’eau n’est pas sans risque. La plupart des skippers équipés de foils sur le Vendée Globe (25 cette année) en font l’expérience. Chocs multiples, aléas météo : la traversée des « foilers » peut parfois se transformer en périple.
Depuis sa création en 1989, le Vendée Globe voit les monocoques évoluer sans cesse, tout comme la préparation des skippers. Dernière évolution en date : les foils, ces « moustaches » sur le côté des bateaux qui offrent une sensation de vol, mais surtout augmentent considérablement la vitesse. Si 25 navigateurs en sont équipés sur l’édition 2024, cette innovation technologique n’est pas sans risque.
Casques, amortisseur, filets… Objectif sécurité
En décembre 2023, sur le chemin du retour d’une traversée entre la Martinique et Lorient, Sébastien Simon en a fait les frais. À l’issue d’un choc de son bateau avec les vagues, il tombe et perd connaissance. Un black-out complet. « J’ai repris conscience le visage plein de sang », se remémore-t-il dans les colonnes du Télégramme. Conséquence : avec l’agrafeuse de la trousse à pharmacie, il se met « une dizaine d’agrafes sur la tête ». Après coup, sa 7e vertèbre sera fracturée, ce qui l’obligera à porter un corset pendant trois mois.
Ces situations ne sont pas communes, mais le risque est bel et bien présent en course. Pour les prévenir, plusieurs aménagements au sein des monocoques ont été effectués. Entre un siège sur amortisseur, la pose de filets pour réduire le danger d’une violente projection contre les parois ou encore le port du casque, tout a été pensé pour garantir la sécurité et le confort du navigateur. « On a bien progressé sur la partie ergonomie. Du coup, dans mon cockpit d’avion où j’ai tout à portée de main, c’est plus agréable », raconte Charlie Dalin dans L’Équipe.
Une « course à élimination » provoquée par les foils ?
Il n’est plus nécessaire de prouver l’efficacité des foils, tant le résultat se ressent au classement. Il n’y a qu’à voir la position du premier bateau « non foiler », qui est 18e, à près de 2 500 miles (4 020 km) du leader actuel. Mais alors, avec cette uniformisation, le Vendée Globe perd-il en intérêt ? « Je pense que ce Vendée peut être une course à l’élimination. D’autant que comme on a pris confiance en nos machines, on est aussi plus enclin à tirer dessus. », reconnaît Damien Seguin, skipper de Groupe Apicil, auprès de L’Équipe.
Entre gain de vitesse et de fiabilité, la course à la victoire sur une telle traversée se joue sur les micro-détails. De par l’équipement de foils, mais pas que. « Le gainage du dos et des abdominaux est devenu une composante essentielle de la préparation », explique le docteur Jean-Yves Chauve, ancien responsable du service médical du Vendée Globe, dans La Croix. Qui dit physique dit meilleure résistance aux chocs que peut subir le bateau, vitesse oblige. Une course à la victoire qui n’est pas de tout repos.
Pavel Clauzard

Laisser un commentaire