
Espoir du centre de formation du Téfécé à salarié pour le club, Paul-Alexandre Cachart illustre un féru de travail qui, comme la grande majorité de ces jeunes, rêvaient un jour de fouler les carrés verts de Ligue 1.
Il voulait simplement être joueur de football professionnel. Né le 5 février 1999 à Villaudric, près de Toulouse, Paul-Alexandre rejoint son club de cœur à 7 ans « Ma mère voit dans le journal qu’une détection était organisée par le TFC. Le responsable de l’académie vient me voir et me dit qu’il m’attendait demain à l’entraînement. »
L’entrée au centre de formation
Intégrant « Les Pitchouns », P-A comme ses proches l’appellent, se fait rapidement une place aux côtés de Jean-Clair Todibo (West Ham), Mathis Carvalho (signe pro à Montpellier), Thomas Himeur (Paris FC), Maxime Pelican (champion d’Europe U17)…
Petit de taille pour un défenseur (1m80) mais robuste, il débute attaquant avant de reculer en défense centrale, poste qu’il gardera. Sur la pelouse du centre d’entraînement du TFC, sous un ciel nuageux, de multiples souvenirs émergent. Il en rigole « Lors de mon premier jour, j’arrive avec un maillot orange du Barça, on me dit qu’il faudra changer. J’achète au marché de mon village le maillot de Daniel Moreira, joueur international du Téfécé. »
Paul-Alexandre est exemplaire. Pas le plus doué techniquement, ni le plus rapide, il est respecté pour son impact physique et son intelligence de jeu. « Si ton mental ne suit pas, tu as beau être le plus fort, ça ne sert à rien. P-A était un gros bosseur. » affirme Jean-Marie Stephanopoli, son ex-entraineur des U19 du TFC, actuel entraineur adjoint de l’AJ Auxerre. P-A franchit les étapes une par une : « À tout moment, on peut te dire de partir, je décroche mon contrat d’aspirant d’U16 à U19, puis mon contrat de stagiaire professionnel de U19 à U21. »
Un parcours qu’il doit à son grand-père et à sa mère Christelle : « On l’accompagnait aux entraînements et aux matchs. C’était primordial. » précise sa maman. Valentin, son petit frère, l’admire : « Il était mon premier exemple, je m’inspirais de lui. »
Un échec parmi tant d’autres
« Sur 30 joueurs en réserve, 1 ou 2 signent pro. C’est dur, mais c’est la réalité. » Lors de la coupe Gambardella, un agent qui s’occupe aujourd’hui de Jules Koundé, Manu Koné (formé au TFC) ou Mike Maignan le rencontre. « Je suis touché aux ligaments croisés en National 3. A mon retour, je préviens l’agent que je suis remplaçant mais il ne me rappelle pas. J’ai vite compris qu’il avait tourné la page. »
Le 30 juin 2021, pendant le Covid, P-A prend une décision courageuse : mettre de côté le monde professionnel. « À ce moment-là, j’étais lucide, je voulais quelque chose de concret.» Déçu mais pas abattu, conscient de la chance qu’il a eue, il n’a aucun regret : « Si c’était à refaire avec la même issue, je le referais. Le centre de formation, c’est quelque chose d’unique.»
L’âme d’un guerrier
Si son corps l’a lâché, son mental, lui, ne l’a jamais fait. Devant sa console, ce passionné d’informatique et de jeux, se lance dans l’analyse vidéo, un secteur qu’il découvre au centre en discutant avec un spécialiste du métier.
Il souhaite passer un diplôme universitaire « Analyse vidéo de la performance sportive » à Montpellier mais est refusé pour son inexpérience. Toujours affûté, il trouve un poste à l’Union Saint-Jean, en banlieue de Toulouse, comme entraineur des U7, U8, U11, et rejoue en Régional 1 : « Lors du dernier match de la saison pour la montée en N3, je me refais les ligaments croisés à l’autre genou. » La saison suivante, l’Université l’accepte. Il cumule la fonction d’analyste vidéo, avec un service civique à l’Union Saint-Jean et animateur dans une école.
Travailleur, P-A ne connaît pas le verbe « abandonner » et décroche lors de la saison 2022/2023 une place dans la vidéo au TFC chez les féminines. Ne comptant jamais ses heures, il est juste remboursé de ses trajets. « Je faisais des semaines de 30 à 50 heures. Je vivais du chômage et on me rémunérait pour les matchs en tant que joueur. »
Aujourd’hui, grâce à sa force de caractère, Paul-Alexandre Cachart a franchi une étape. Devenu analyste vidéo du TFC féminin, salarié à mi-temps, il aspire un jour à rejoindre une équipe professionnelle masculine, en restant dans l’ombre, preuve de son humilité et de son éducation. C’est peut-être ça la vraie réussite.
Un retour au Stadium
Le vice-capitaine de l’Union Saint-Jean ne s’est jamais résigné. Passionné de football, il n’imaginait pas retrouver la pelouse du Stadium pour un match de Coupe de France. Victorieux du club de Versailles évoluant en National 1, 2 buts à 1, Paul-Alexandre attendait le tirage au sort de ce 32ème de finale avec impatience : « C’est un rêve, on ne réalise pas encore » avant d’ajouter « l’autre rêve serait de jouer une équipe de Ligue 1, un club historique ».
Et Noël démarrera quelques jours plus tôt pour les joueurs de l’Union. Le 21 décembre, ils auront rendez-vous avec l’une des équipes les plus performantes en Europe : l’AS Monaco.
Objectif 16ème de finale
Après une relégation en Régional 1 il y a deux ans et avoir joué les barrages la saison passée pour se maintenir, P-A sait qu’il n’aura rien à perdre face à Minamino, Golovin ou Embolo. Le défenseur central français croit en ses chances « on n’a pas perdu depuis 13 matchs, on jouera à domicile au Stadium devant 30 000 personnes et on a le meilleur buteur de la Coupe de France avec 10 buts. » Quasiment tous passés par un centre de formation dans leur jeunesse, les pensionnaires de l’Union Saint-Jean espèreront créer l’exploit comme Les Herbiers (finaliste contre le PSG en 2018), Rodez (2009 vs PSG), Quevilly (2012 vs OM) ou Andrézieux (2019 vs OM).
Avec Noël qui approche, « notre souhait à tous est de repartir du stade avec une victoire et les souvenirs pleins la tête mais surtout de n’avoir aucun regret. »
En attendant, le club de la région toulousaine a rendez-vous ce week-end avec l’équipe de Revel qui avait perdu 0-9 la saison passée contre le Paris Saint-Germain. Pour nous ce match, « c’est un rêve qui se concrétise. »
Baptiste Vinas


Laisser un commentaire