
Un match entre les deux Amériques, mais cette fois sur un terrain numérique. Dans la campagne présidentielle américaine, les réseaux sociaux sont devenus plus qu’un simple outil de communication : ils sont le ring où se joue l’influence. Loin des discours dans les stades, ce sont les influenceurs qui deviennent les faiseurs d’opinion, capables de transformer des « likes » en voix pour les urnes.
La campagne présidentielle américaine de 2024 confirme un phénomène qui émerge depuis plusieurs élections : le poids grandissant des influenceurs dans l’arène politique. Les réseaux sociaux, et particulièrement X (anciennement Twitter), Instagram, et TikTok, sont désormais des outils incontournables pour séduire une audience jeune et connectée. Si les grands médias traditionnels, tels que CNN ou Fox News, continuent de capter une part importante de l’attention, l’Amérique a basculé dans une ère où les influenceurs façonnent une partie du discours public.
L’ascension des influenceurs : quand le jeu électoral change
À travers des vidéos courtes, des podcasts ou des contenus sponsorisés, ces nouveaux faiseurs d’opinion sont capables de créer un véritable buzz autour de leurs candidats favoris. Le podcast devient d’ailleurs un format particulièrement prisé, notamment parmi les conservateurs. Des figures comme Tucker Carlson et Candace Owens, qui occupent régulièrement le top des classements d’audience sur Spotify, illustrent cette tendance.
L’exemple le plus frappant de cette dynamique est Elon Musk, le principal influenceur trumpiste. Avec ses 200 millions d’abonnés sur X, le patron de Tesla a non seulement financé la campagne de Trump, mais a aussi activement promu ses messages. Grâce à l’algorithme de X, Musk a facilité la propagation de contenus pro-Trump, reléguant les médias traditionnels au second plan. « You are the media now », a-t-il déclaré, résumant ainsi l’ère où les réseaux sociaux redéfinissent les règles électorales. Le rôle des influenceurs s’est transformé. Certains influenceurs, comme Harry Sisson, prennent ouvertement position pour des candidats, une pratique qui reste rare dans le journalisme traditionnel. Suivi par plus de 1,3 million de personnes sur TikTok, Sisson décrit sa ligne éditoriale comme un « mélange d’information et de promotion » de Kamala Harris et du Parti Démocrate.
Ces « apprentis journalistes » font désormais des millions de vues, en particulier sur TikTok, et sont invités à des événements politiques aux côtés des journalistes traditionnels. Comme le rapporte le Wall Street Journal du 8 octobre 2024, pour la première fois, certains d’entre eux ont même reçu des accréditations officielles pour assister à la convention nationale démocrate, aux côtés de leurs homologues des médias classiques. De l’autre côté, les équipes de Trump ont également compris l’importance de ces nouveaux acteurs, en hébergeant des influenceurs dans des hôtels proches des lieux de débat.
Dans cette nouvelle bataille pour l’opinion publique, les « likes » sur un post peuvent se transformer en voix dans les urnes. La campagne 2024 marque ainsi le début d’une ère où les réseaux sociaux règnent en maîtres, et où les influenceurs sont les nouveaux faiseurs de rois.
Jeanne Ducreau

Laisser un commentaire