Quelques mois après la clôture des JO de Paris 2024, la France est confrontée à une baisse du budget alloué au sport. Cette décision, qui suscite des inquiétudes quant à l’héritage olympique, rappelle le cas de Rio 2016 où l’enthousiasme des Jeux a rapidement cédé la place à un abandon progressif des infrastructures et des financements.
268 millions d’euros. C’est la baisse prévue du budget alloué au sport en 2025, par rapport à 2024. En présentant son projet de loi de finance pour l’année à venir, le gouvernement français s’est heurté à une vive opposition de la part de 425 athlètes français, dont Teddy Riner et Nicolas Batum, qui ont signé une tribune dans L’Equipe en janvier 2025 pour exprimer leur mécontentement. Cette situation fait écho à celle du Brésil après les Jeux olympiques de Rio 2016. Là aussi, l’enthousiasme de l’événement avait rapidement laissé place à des coupes budgétaires drastiques, plongeant le secteur sportif dans une crise profonde. Infrastructures laissées à l’abandon, diminution des aides aux athlètes, désengagement progressif de l’État : autant de signaux d’alerte que la France ferait bien de ne pas ignorer.
Rio 2016 : de l’enthousiasme à l’abandon
Le Brésil avait misé gros sur l’organisation des Jeux olympiques de 2016, avec un budget initial estimé à 2,8 milliards de dollars, qui a explosé pour atteindre plus de 13 milliards de dollars. Mais une fois la flamme olympique éteinte, le pays a rapidement plongé dans une crise économique et politique. À peine six mois après l’événement, des infrastructures phares comme le parc olympique de Barra ou le stade Maracanã étaient laissées à l’abandon, faute d’entretien et d’une stratégie de reconversion efficace. Les bâtiments construits pour les JO, censés incarner un héritage durable, sont devenus des symboles de désillusion : tribunes vides, piscines asséchées, terrains envahis par la végétation.
Trois ans après les Jeux, l’état de délabrement des sites olympiques a poussé la justice fédérale à ordonner leur fermeture pour raisons de sécurité. Le village olympique, initialement conçu pour être transformé en logements, n’a jamais trouvé preneur, et certaines installations sont devenues des refuges précaires pour des populations en détresse. À Rio, les promesses de développement faites aux habitants avant les Jeux se sont évaporées : les transports publics améliorés pour l’événement ne bénéficient plus de financements, et les programmes sportifs locaux ont été drastiquement réduits. Cette désillusion sportive s’est accompagnée d’une baisse des investissements publics. Dès 2017, les subventions allouées aux fédérations sportives ont été réduites de moitié, passant de 125 millions d’euros en 2016 à 62 millions d’euros l’année suivante. Le programme Bolsa Atleta, destiné à soutenir les jeunes talents, a vu son budget chuter, mettant en péril la relève du sport brésilien.

Une leçon pour la France ?
La situation brésilienne illustre le danger d’un désengagement rapide après un événement olympique. Si la France n’est pas confrontée aux mêmes défis économiques que le Brésil en 2016, la baisse du budget des sports pourrait néanmoins fragiliser les avancées réalisées ces dernières années. Sans financement suffisant, de nombreux équipements risquent de subir le même sort que ceux de Rio, où des piscines sont devenues impraticables et des stades désertés. De plus, les associations et clubs sportifs, maillons essentiels de la pratique sportive en France, redoutent une diminution des subventions, qui pourrait freiner l’accès au sport pour les jeunes générations.
Après l’organisation d’un événement d’ampleur mondiale, il est courant que les pays hôtes réévaluent leurs dépenses publiques. Cependant, dans le cas de la France, cette réduction budgétaire est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient dans un contexte où le sport est présenté comme un levier majeur pour la santé publique, l’inclusion sociale et le rayonnement international. Marie Barsacq, ministre des Sports, a qualifié cette baisse de “disproportionnée” et alerté sur ses conséquences pour les clubs locaux, la formation des athlètes et l’entretien des infrastructures récemment rénovées.
Si la France veut éviter ce scénario, elle doit garantir un financement stable aux fédérations et aux structures de formation. Sans cela, le risque est grand de voir les performances décliner aux Jeux de Los Angeles 2028 et au-delà. “Je veux que l’État mette du budget. Parce que (le sport) c’est la santé, parce que c’est un moyen d’insertion sociale pour les jeunes », a déclaré lundi dernier la star du judo mondial lors de l’inauguration du dojo du Paris Saint-Germain. Parole de champion.
Axel MOISAN


Laisser un commentaire