
Véritable outil de soft power, le sport français, qui a atteint son apogée l’été dernier semble désormais plus que délaissé par le gouvernement. Les réactions des acteurs du sport, des instances et des opposants politiques rendent la situation très cocasse pour le gouvernement alors que le budget des sports ne compte pas être modifié malgré la fronde.
La flamme des JO olympiques et paralympiques 2024 semble éteinte et son héritage
aussi. Six mois après la fin des Jeux de Paris, la coupe du budget des sports entre
2024 et 2025 compte bien passer après l’activation de l’article 49.3 par le Premier
ministre François Bayrou. Une décision qui divise et énerve de nombreux acteurs
politiques et sportifs surtout depuis le 16 janvier, et la tentative du gouvernement de
faire voter au Sénat un amendement prévoyant une nouvelle baisse de 34 millions
d’euros.
Sportifs et instances en colère
Cette annonce de nouvelle coupe dans le budget du sport, stoppée par le Sénat
mi-janvier, a fait réagir de grands noms du sport, mais aussi les instances, tel le
comité olympique. Les athlètes ont alors adressé leurs mécontentements par
l’intermédiaire d’une tribune parue dans l’Equipe. Dans celle-ci, athlètes olympiques
et paralympiques expriment leur désarroi vis à vis de la situation alarmante alors
même que le sport en France était au sommet avec les JO de paris 2024 qui a mené
le nombre de licenciés avait augmenté de près de 800 000 personnes. Des clubs ont
vu une hausse de plus de 20 % des demandes d’inscriptions par rapport à 2023.
Teddy Riner, pilier du mouvement de protestation du monde du sport a aussi réagi
personnellement sur les réseaux sociaux. Après sept années de préparation, nous
avons vécu des Jeux olympiques extraordinaires, laissant un héritage marquant à
l’international et surtout pour l’avenir de notre jeunesse. Pourtant, à peine les jeux
terminés, le budget pour le sport chute de 33 % ! Ne laissons pas cette flamme
s’éteindre, elle est essentielle pour le futur », a réagi le judoka.

Les fédérations de foot, de rugby et de handball pour ne citer qu’eux protestent aussi
les coupes budgétaires annoncées. « Avec un tel budget des sports pour 2025, il n’y
aura ni clubs supplémentaires, ni équipements accessibles, ni renforcement des
encadrants sportifs. Nous ne pourrons maintenir l’élan suscité par Paris 2024″, y
compris sur les parasports, déplore le CNOSF. Dans un communiqué paru en
janvier, le comité national olympique sportif français appelle le gouvernement a sauvegarder le budget des sports. « les Jeux olympiques de Paris 2024 ont montré
l’impact structurant du sport dans nos vies : c’est un outil essentiel d’inclusion, de
santé publique et de cohésion sociale. Réduire les moyens alloués au sport, c’est
fragiliser notre capacité à relever ces défis. À l’inverse, investir dans le sport, c’est
construire une société plus saine, plus solidaire et plus dynamique.”
À travers la question de la restriction budgétaire, le CNOSF rappelle l’importance du
budget des sports notamment avec le développement du Pass’Sport qui a permis à
plus d’1,6 million de jeunes de bénéficier d’une aide pour intégrer un club
représentant une hausse de 19 %. Pour rappel, le gouvernement Barnier comptait
diminuer le budget du ministère des sports avec pour conséquences l’abandon des
deux heures de sport hebdomadaires au collège ainsi que la réduction du
programme du Pass’Sport.
Des oppositions remontées, une ancienne ministre des Sports agacée
Il n’y a pas que le monde du sport qui réagit, celui de la politique est très actif sur le
sujet. Avec son budget 2025, le gouvernement Bayrou déstabilise les collectivités
locales, financeurs publics du sport, à hauteur de 800 millions d’euros par an. Une
contribution de 2,2 milliards d’euros leur est imposée pour le redressement des
comptes de l’Etat. Avec cette explosion des charges, les départements ne peuvent
plus soutenir des politiques sportives, pourtant nécessaires pour garantir l’accès que
ce soit dans le cadre du loisir, de prévention ou d’inclusion sociale. Si la ministre des
Sports assure que “rien n’est perdu” en termes d’héritage des Jeux, les collectivités,
elles, vont bien en perdre. « On nous a seriné pendant des mois que la France allait
devenir une grande nation sportive et qu’il fallait mettre les moyens, et là, on voit un
coup de rabot et nous le déplorons« , a lancé la sénatrice écologiste Mathilde Ollivier
ajoutant sa voix aux nombreux autres députés et sénateurs mécontents.
Les annonces faites par le gouvernement Bayrou ont même fait réagir l’ex-ministre
des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, stupéfaite face à ces décisions prise par le
gouvernement. “C’est inadmissible. Le sport a déjà fait plus que sa part d’efforts
pour ce budget. Alors qu’il a démontré tout ce qu’il apporte à la nation, lui en
demander plus serait injuste et contre-productif.”
Face à toutes ces réactions, le gouvernement tente de calmer le jeu en indiquant
avoir entendu ceux qui le critiquait. « Quand vous avez les parlementaires de tout
bord, toute la société civile qui vous dit que ce n’est pas le bon équilibre, il faut
l’entendre », a souligné la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, sur
franceinfo.
Enfin, Emmanuel Macron avait répondu à la tribune des athlètes en leur donnant
“raison”. « Depuis 2017, j’ai veillé à ce que le budget du sport augmente chaque
année, a assuré le chef de l’État. Il faut tenir nos engagements et mettre les moyens
pour nos sportifs et pour que l’héritage des Jeux bénéficie à tous ».
Maxime Le Coq 5ISFJ Sport PE

Laisser un commentaire