Le gouvernement Barnier avait fait état d’une réduction drastique du budget alloué au ministère des Sports pour l’année 2025. Une décision jugée révoltante par l’ensemble du monde du sport français, jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat.

Pendant trois mois, Les Jeux Olympiques de Paris avaient créée un élan sportif et humain jamais vu, au-dessus de la ferveur d’une Coupe du Monde. Le monde était épris d’une envie de faire du sport. De voir du sport. Et de vivre le sport au rythme des athlètes et de leurs exploits. Pourtant, cette si belle flamme menace de s’éteindre dans le sport français.
En octobre dernier, une information dévoilée à la presse mentionne la baisse de 33% du budget du ministère des Sports, de 909 à 607 millions d’euros. Le coup d’envoi d’une intense mobilisation générale se met en place.
Le sabotage du vivre-ensemble
Comment aider les meilleurs athlètes français à performer, si les moyens ne suivent plus ?
Le manque de moyens et d’infrastructures adaptées entrave la pratique du sport dans de bonnes conditions, au niveau amateur comme professionnel. Certains clubs ne peuvent plus accueillir de nouveaux licenciés, faute de moyens. La Fédération française de basketball (FFBB) a dû refuser “entre 100 000 et 110 000” nouveaux joueurs et joueuses à la rentrée.
Cette augmentation de licenciés dans des infrastructures en sous-nombre, tantôt vétustes pour les amateurs, tantôt exceptionnelles pour les professionnels, creuse l’écart entre le sport amateur et le sport professionnel, vu comme réservé à une élite.
Si des fédérations dotées de gros moyens comme le football ou le tennis peuvent assurer la prise en charge de leurs représentants, les athlètes, eux, partent à la chasse aux sponsors pour préparer les prochaines olympiades, à Los Angeles en 2028. Une aberration pour une des plus grandes fédérations sportives au monde.
L’esprit collectif dit « non »
Deux tribunes retentissantes sont publiées. L’une, par le journal l’Equipe, regroupe la signature de 425 athlètes, la plupart ayant participé aux Jeux de Paris. La seconde, réalisée par le journal « Le Parisien » recense plus de 5.000 signatures, mêlant sportifs actuels et passés, présidents de clubs, présidents de fédérations, et autres personnalités issues du monde du sport. Une campagne de communication nommée “Carton Rouge à Bercy” est lancée pour alerter l’opinion publique.
Les réactions des sportifs se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels. De Marie-José Pérec à Alexis Hanquinquant, en passant par Mélina-Robert-Michon, Léon Marchand ou encore Nicolas Batum. Pauline Déroulède, para-athlète de tennis fauteuil, parle de « sidération pour tous les athlètes ». Valider une telle enveloppe, c’est assurer un « désastre annoncé », selon Teddy Riner et Marie Patouillet, co-signataires de la tribune de l’Equipe.
Les présidents de fédérations se sont mêlés à la mobilisation. Le Comité National Olympique du Sport Français a qualifié « d’inadmissible » cette réduction, par la voix de l’ancienne ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra.
Au-delà de la mobilisation générale, c’est le sport dans son entièreté qui risque de subir de lourdes conséquences. Au niveau scolaire, les emplois du temps négligent la présence de l’éducation physique et sportive dans les collèges et lycées, avec seulement 2h15/semaine au collège public, contre 4 à 5h en Allemagne, selon les établissements.
Teddy Riner le rappelle encore : « Je veux que l’Etat mette de l’argent dans le Sport. Parce que le sport, c’est la santé, parce que c’est un moyen d’insertion sociale pour les jeunes. »

La bataille continue malgré tout
Au gouvernement, le message est entendu par au moins une personne : Marie Barsacq. L’actuelle ministre des Sports fait des pieds et des mains pour stopper l’hémorragie. Le 16 janvier dernier, une enveloppe supplémentaire de 80 millions d’euros a été débloquée. Celle-ci a été puisée dans la taxe des paris sportifs et redistribuée à l’Agence Nationale du Sport.
Grâce à cette décision, le budget passe désormais à 681 millions d’euros. Mais est-ce bien suffisant ?
Ce vent debout contre l’un des plus importants coups de rabot de l’histoire du sport français arrive jusque dans les hautes sphères de l’Etat.
Impossible pour le président Emmanuel Macron de faire la sourde oreille sur cette décision, connu pour être un grand amateur de sport : « Vous avez raison. Depuis 2017, j’ai veillé à ce que le budget du sport augmente chaque année. […] Il faut tenir nos engagements et mettre les moyens pour nos sportifs et pour que l’héritage des Jeux bénéficie à tous ».
D’abord entendus, les ministres cherchent désormais à faire marche arrière, sous l’impulsion de Marie Barsacq : « On a dit pendant des années qu’on ne voulait pas reproduire le précédent de Londres 2012, qui avait baissé son budget sports après les JO. Comme en France, il y avait eu un énorme engouement pour rejoindre les clubs, qui n’avait pas pu se concrétiser, faute de moyens, d’équipements, d’encadrants. Ne faisons pas la même erreur. Je l’ai dit au Sénat, au Premier ministre et à Bercy. ».
A ce jour, le budget est sur le point d’être voté sous le gouvernement Bayrou. L’Etat qui fait signe au sport français de serrer la ceinture d’au moins deux crans, c’est le pire message envoyé au sport français depuis la clôture des Jeux Olympiques de Paris.
A l’heure où l’unité nationale doit être de mise, face à l’instabilité politique actuelle, le sport fait office de phare dans la nuit. En rassembleur populaire. Une fois de plus.
Stéphane Sorhaindo


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