De Marseille à Bordeaux, les artisans misent de plus en plus sur l’éco-responsabilité. Tous deux, sortis d’une reconversion professionnelle, donnent une seconde vie à des objets typiques de leur région.

« Être artisan en 2025, c’est être autonome mais avant tout redonner du sens à nos objets, à notre environnement et être éco-responsable » déclare Florent Igonin, ébéniste, transformant des tonneaux de vin en objets et mobiliers. L’écoresponsabilité, c’est également important pour Béatrice, basée à Marseille. Elle y œuvre en transformant des pare-battages de bateaux en luminaires. La seconde main ne concerne pas uniquement les vêtements. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », a dit Antoine de Lavoisier, à la fin du XVIIIe siècle. Quelques siècles plus tard, c’est toujours d’actualité. Et ça l’est de la terre à la mer.

La seule au monde à faire ça

Concernant Béatrice, cette idée est venue par hasard. « Pendant l’heure du confinement, en me baladant sur le port, une bouée m’a parlé, elle m’a dit qu’est-ce que tu peux faire pour moi ? Et donc l’idée est venue tout de suite. Je vais te transformer en lampe » confie-t-elle. Et c’est la seule au monde à faire ça. Actuellement on estime à plus de 2 millions le nombre de pare battages (dispositif permettant aux bateaux d’éviter de se toucher les uns les autres), utilisés sur l’ensemble du littoral méditerranéen. Leur durée de vie est variable entre 5 à 7 ans selon l’usage. Le problème principal de ces pare-battages est lorsqu’ils sont en fin de vie ou usés, ils finissent soit à la benne, soit enfouis, soit brûlés. Aucune de ces issues n’est durable.

La quantité des matières plastiques dans les océans sera supérieure à celle des poissons

Concernant les déchets marins dans leur globalité, la quantité totale de macrodéchets rejetés chaque année dans l’environnement marin est estimée à 10 millions de tonnes, dont 2 millions issues d’activités maritimes. Selon certains scientifiques, d’ici 2050, la quantité des matières plastiques dans les océans sera supérieure à celle des poissons. Ce phénomène est préoccupant. Donc Béatrice, amoureuse de la mer, s’est donnée une mission : leur donner une seconde vie. Depuis qu’elle a commencé, elle a récupéré plus de 400 kilos, chaque bouée, pesant entre 1 et 2 kg. Cette femme, à la chevelure grise, récupère les pare-battages dans un des ports marseillais et les emmène dans son atelier. Plusieurs étapes sont nécessaires : limage à la ponceuse rotative, régularisation des bordures, perçage puis réalisation du motif. Ceux-ci ont souvent un rapport avec la mer (logo avec des écailles, motif en forme d’oursin, de corail). C’est tout un art, elle le fait à merveille et elle en ravit plus d’un. D’année en année, ses luminaires s’installent partout. Présents dans des restaurants parisiens, sur les terrasses d’un hôtel à Marseille ou encore à Amsterdam, elle connaît un succès fou. « Étant amoureuse de la mer, je ne pouvais qu’adorer et passer une commande pour avoir ce bel objet à bord de mon bateau. C’est parfait pour se faire des petits apéros. » sourit une de ses clientes, Sabine.

« Giron’bain »

Ancienne salariée dans l’immobilier, elle a connu une reconversion professionnelle, comme Florent. Après avoir été responsable de transport de centrale solaire, Florent a créé son entreprise il y a 7 ans, appelée « Douelle Life ». Pourquoi ? « Douelle » est le nom des lames de barriques, qu’il récupère dans de nombreux châteaux dans le bassin bordelais. Une barrique est composée de 25 à 35 douelles. Le concept : les transformer en objets et mobiliers du quotidien : foudre, table basse, mange-debout, porte-clés ou encore « Giron’bain », pour honorer la région dont il est originaire. « Du mobilier grand cru » dit-il.

550 000 tonneaux produits chaque année en France

C’est le seul en France à créer des bains nordiques à partir de tonneaux. Et à partir d’un bois unique. Les douelles proviennent de chênes centenaires. « Lorsqu’on a une base telle que le chêne centenaire, on peut faire de très beaux produits derrière. » déclare Florent. Ils sont utilisés par des viticulteurs girondins, conférant ainsi une qualité supérieure par ses origines. Il les récupère notamment au château Smith Haut Lafitte. Ce dernier a une particularité, qui n’est pas commune à tous les châteaux. Il possède sa propre tonnellerie. C’est un travail réalisé conjointement entre le château et Florent, l’ébéniste, afin de valoriser l’économie circulaire et l’éco-responsabilité. Cette collaboration est primordiale car environ 550 000 tonneaux sont produits chaque année en France. Un phénomène énorme mais qui réduit grâce à Florian.

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