Au cœur du quartier du Sentier à Paris, un nouveau lieu dédié à la transition écologique des entreprises vient d’ouvrir ses portes : la Climate House. Cofondée par Lucie Basch (Too Good To Go), Maika Nuti et 78 autres entrepreneurs engagés, cette maison de 2000 m² ambitionne de devenir un véritable accélérateur de transformation pour les entreprises, associations et militants. Rencontre avec Lucie Basch et Maïka Nuti pour comprendre les enjeux et le fonctionnement de ce projet unique.

« 80 entrepreneurs qui ont décidé de mettre leurs ressources en commun au service de leurs convictions pour accélérer la transition climatique » Lucie Basch, Co-Fondatrice de la Climate House

Un espace de convergence pour accélérer la transition

Rassembler sous un même toit start-up, militants, associations, grands groupes, artistes et scientifiques ? C’est le pari audacieux de la Climate House. « Nous avons décidé de mutualiser nos ressources pour créer un lieu où toutes les forces de la transition écologique pourraient se retrouver et avancer ensemble », explique Maïka Nuti, co-directrice générale du projet. « En tant qu’acteurs économiques, nous avons une réelle capacité à faire avancer la transition. Ce lieu physique est une réponse à ce besoin de collaboration. »

Le projet a été inauguré en présence de personnalités influentes comme Jean-Marc Jancovici et Antoine Pellion, secrétaire général à la planification écologique. Son ambition ? Faire émerger des solutions concrètes en mettant en réseau différents acteurs du changement, ironiquement appelé « Silicon Sentier » par nos confrères de Maddyness

Jean-Marc Jancovici et Antoine Pellion à la soirée d’inauguration

Un écosystème en action

La Climate House repose sur trois piliers principaux : un espace de travail, une programmation événementielle et une « Impact Factory ». « Nous avons accueilli depuis le 1er octobre une cinquantaine d’organisations qui travaillent au quotidien sur des sujets liés à l’écologie et à la transformation des entreprises », précise Lucie Basch, co-fondatrice de la Climate House et porte-parole du projet. « Mais ce n’est pas qu’un simple coworking : chaque semaine, nous organisons des conférences, ateliers et débats pour faire se rencontrer les différents acteurs et leur permettre d’apprendre les uns des autres » poursuit la fondatrice de Ton Good To Go.

L’un des projets phares de la Climate House est l’Impact Factory, qui accompagne les grands groupes dans leur transition écologique. « LCL est le premier à avoir embarqué dans notre programme », indique Maïka Nuti. « Leur comité exécutif sera incubé ici pendant un an pour définir un plan de transition concret. Ce n’est pas un simple exercice de communication, nous voulons des engagements solides. »

Un garde-fou contre le greenwashing

 » Aucun grand groupe ne pourra utiliser notre image pour faire sa communication « 

L’implication des grands groupes soulève toutefois une question clé : comment éviter que la Climate House ne devienne un simple outil de greenwashing ? « C’est une préoccupation majeure pour nous », assure Maïka Nuti. « Nous avons établi une règle très claire : ici, aucun grand groupe ne pourra utiliser notre image pour faire sa communication. Nous les accompagnons sur des actions concrètes, mais nous ne sommes pas là pour leur servir de caution écologique. »

Cette vigilance se traduit par des règles strictes. « Les entreprises qui rejoignent la Climate House ne peuvent pas se contenter de signer un chèque et d’afficher leur logo », précise Lucie Basch. « Elles doivent véritablement s’engager dans un processus de transformation. » L’Impact Factory, le programme d’accompagnement proposé aux grandes entreprises, repose sur un suivi rigoureux, avec des objectifs concrets et mesurables.

Dans cet espace où se côtoient startups engagées, associations et scientifiques, la pression est aussi sociale. Les entreprises qui viennent ici savent qu’elles seront confrontées à des acteurs exigeants, qui n’hésitent pas à questionner leurs pratiques. Un écosystème qui favorise les échanges constructifs, mais qui ne laisse pas de place aux simples opérations d’image.

En refusant d’être un espace de communication pour les entreprises, la Climate House veut s’assurer que chaque acteur présent joue un rôle actif dans la transition écologique. Une approche qui vise à éviter les écueils du passé, où certaines initiatives similaires ont parfois été récupérées à des fins purement marketing. « Notre objectif n’est pas de juger, mais de pousser à l’action », conclut Lucie Basch. « Si une entreprise veut vraiment changer, elle trouvera ici les outils et les partenaires pour y parvenir. Mais si elle cherche juste un coup de peinture verte, elle ne restera pas longtemps. »

Maika Nuti (3e en partant de la gauche) et quelques co-fondateurs

Un modèle économique aligné avec ses valeurs

Pour assurer son indépendance et sa pérennité, la Climate House a mis en place un modèle économique basé sur plusieurs sources de financement. « Chaque entrepreneur contribue au loyer, la programmation est payante selon les budgets et les grands groupes financent les programmes d’accompagnement », détaille Lucie Basch. « L’idée est d’allier les enjeux économiques aux enjeux écologiques et sociaux, pour prouver que cette transition est viable. »

Lucie Basch, Porte-parole de la Climate House et fondatrice de Too Good To Go

Rassembler toutes les forces du changement

Un autre défi est de réussir à créer un dialogue entre des acteurs aux visions parfois opposées. « Nous voulons que la Climate House soit un espace où tous, y compris les militants et activistes, puissent échanger avec le monde économique », explique Lucie Basch. « Nous avons besoin de toutes les sensibilités et approches pour réussir cette transition. Nous ne sommes pas toujours d’accord sur tout, mais nous devons avancer ensemble. »

Avec la multiplication des initiatives écologiques et leur difficulté à perdurer, la Climate House parviendra-t-elle à s’inscrire dans le temps ? « Nous savons que la transition prendra du temps », reconnaît Maika Nuti. « Mais tant que ce besoin d’échanger, de se regrouper et de collaborer existera, nous serons là. La Climate House est avant tout une réponse à un besoin collectif. »

Alors que l’écologie est parfois reléguée au second plan dans l’agenda politique, la Climate House mise sur l’action concrète des entreprises et des citoyens. « Ce n’est plus une question de choix, tous les acteurs doivent s’y mettre », conclut Lucie Basch. « Plus nous avancerons ensemble, plus ce sera facile pour tout le monde. »

Ugo Dirrig

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