Dans un monde où l’éthique prend de plus en plus de place dans les choix de consommation, le cuir végan est devenu une nouvelle alternative. Une matière prometteuse, mais qui manque encore de visibilité.

“Quand j’ai ouvert mon atelier il y a 18 ans, les acheteurs se souciaient surtout de l’aspect esthétique et pratique de mes créations. Maintenant, l’éthique est un critère qui rentre aussi en jeu”, déclare Aurélia Venel, fondatrice de Bloomi, une marque de maroquinerie textile et végan. Après la tendance du vegan dans nos assiettes, la tendance du vegan dans nos armoires ! Laine, soie, fourrure ou encore cuir, toutes les matières nobles utilisées dans le prêt à porter sont remplaçables. À la place ? Des alternatives plus écologiques et respectueuses de la cause animale. Car oui, selon une étude menée par Deliveroo et Yougov, l’intérêt pour les alternatives végétales a progressé de 14% chez les Français.es entre 2022 et 2024. Une donnée décryptant uniquement les habitudes alimentaires, mais qui en dit déjà long sur la progression de ce mode de vie. 

Dans l’industrie de la mode, le cuir artificiel ou cuir vegan, selon l’appellation qu’on souhaite lui donner, a le vent en poupe. Il n’a pas complètement remplacé le cuir animal, mais son usage est plus fréquent. On retrouve à la place des dérivés synthétiques ou encore étonnamment composés en fibres végétales. 

Le cuir vegan : une alternative plus éthique

Stella McCartney, pionnière du cuir végan, a révolutionné l’industrie de la mode avec son engagement pour la cause animale. D’autres créateurs, à plus petite échelle, ont aussi adopté le cuir végan. Aurélia Venel utilise ce matériau depuis maintenant 18 ans. Maroquinière textile à Paris pour sa marque Bloomi, l’utilisation du textile (cuir vegan) dans ses sacs a toujours été une évidence. “C’était depuis le départ un choix personnel, ça fait trente-et-un ans que je suis végétarienne.” Dès lors, les créations de la jeune femme ne cessent d’attirer l’attention des acheteurs. Pendant plusieurs années, sa clientèle était principalement charmée par l’originalité et la praticité de ses sacs. Mais la jeune créatrice constate que désormais son atelier séduit plus des acheteurs éco-responsables. 

De fait, le cuir végan possède de nombreux avantages écologiques. Au-delà d’épargner la souffrance animale, sa production limite les dégâts environnementaux. Il génère moins de C02 que le cuir animal et consomme moins d’eau. D’après une étude de Sustamize, le cuir de vache produit 110.O kg de CO2 par mètre carré. Le cuir végan en génère quant à lui entre 7.0 et 15.8 kg. Un écart considérable dont sont bien conscients les industriels et consommateurs éco-responsables. Qui plus est, le cuir végan fait appel à des composants innovants et originaux. 

Un panel de dérivés innovants  

Les alternatives sont tellement nombreuses qu’il est difficile ne pas s’y perdre. Les cuirs végans issus de déchets alimentaires tels que le champignon, l’ananas et la pomme se distinguent par leur caractère véritablement végan et éco-responsable. 

Le plus connu et le plus utilisé est le cuir de pomme. De fait, c’est LE cuir végan du moment. Dans un article pour Slate, Salima Visram partage la particularité du cuir de pomme : «Nous avons essayé les autres “cuirs” végétaux, mais il n’avait pas la sensation de cuir de luxe que nous recherchions». Une supériorité également mise en avant par Aurélia. “Le cuir de pommes c’est pour le moment ce qui s’assimile le plus visuellement à du cuir. De plus, c’est également un matériau rigide, qui est assez utile pour la maroquinerie et les chaussures”.  

Le cuir végan c’est aussi pratique 

Malgré l’essor de la consommation éco-responsable, ce critère n’est pas le seul motif d’achat. À Bloomi, les femmes viennent surtout pour régler leurs problèmes de dos. “J’ai énormément de femmes quarantenaires, qui viennent pour changer de sac à main. Ce sont des personnes qui portent souvent des sacs en cuir, et le cuir animal étant lourd, cela leur cause des problèmes de dos, précise Aurélia. Le cuir en pommes est une bonne alternative pour ce genre de soucis. Parce que c’est un matériau beaucoup plus léger.”

Encore peu de visibilité 

En dépit du nombre croissant de e-shop végane, on constate qu’il existe en réalité peu de boutiques physiques. Un constat également fait par les personnes interviewées en micro-trottoir dans le cadre de cet article. Une observation qu’explique Aurélia : “C’est vrai, il y a peu de boutiques physiques. C’est dû à plusieurs facteurs, comme le prix exorbitant des loyers. Puis c’est aussi lié au manque de visibilité, j’imagine que si on avait plus de moyens pour se faire connaître , on aurait plus d’adeptes”. Farad, interviewé en micro-trottoir dans le cadre de cet article partage la même opinion. “C’est extrêmement dommage qu’ils n’investissent pas plus dans leur marketing. Peut-être que s’ils mettent plus d’argent dedans ça leur permettrait de se faire connaître”. Malgré ces observations, le futur du cuir végan ne semble pas compromis. Selon les prévisions de Sperical Insights, la taille du marché mondial du cuir d’origine végétale devrait atteindre 139,2 millions de dollars d’ici 2032. 

 Juliana Narvaez.

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