L’upcycling audacieux de Marielle Philip, une entrepreneure du Bassin d’Arcachon, qui donne une seconde vie aux rebuts marins et les transforme en véritables trésors. À partir de peaux de poissons et de coquilles d’huîtres, elle crée un cuir unique et des bijoux élégants. Une démarche innovante et éco-responsable où les déchets deviennent la matière première…

Marielle Philip lors d’une interview dans sa boutique à la Teste-de-Buch (Gironde) en 2024 – © VERO Maison de productions

Un engagement éco-responsable venu tout droit du Bassin d’Arcachon

« Ma philosophie c’est de l’économie circulaire maritime ». C’est comme cela que se présente Mariel Philip qui a fait d’un déchet une ressource précieuse. Là où d’autres voient des restes de poisson ou des coquilles d’huîtres abandonnées, elle perçoit une matière noble et exploitable. Son idée : transformer ces rebuts en bijoux éco-responsables. Un défi audacieux qu’elle relève avec passion, à travers son entreprise « Fémer », qui développe un savoir-faire unique : le tannage de la peau de poisson pour en faire un cuir raffiné et la valorisation de la nacre issue des huîtres locales. Une initiative qui conjugue savoir-faire artisanal, économie circulaire et engagement écologique.

Un artisanat responsable et local

« Je ne vais pas tuer un animal pour sa peau, moi je fais les poubelles et je suis fier de faire les poubelles ! »

Marielle Philip, fondatrice de Fémer

Marielle Philip a eu le déclic en observant le gaspillage de matières précieuses issues de la pêche et de l’ostréiculture locales. «  Les peaux de poisson et les coquilles finissent souvent à la poubelle, alors qu’elles possèdent des propriétés incroyables  », explique-t-elle. Après des mois de recherche, elle a mis au point un procédé de tannage naturel pour transformer la peau de saumon, de bar ou de dorade en un cuir souple et résistant.

Côté bijoux, elle récupère la nacre des huîtres et la travaille à la main pour créer des pièces uniques. «  Chaque coquille raconte une histoire, et c’est ce qui rend mes créations uniques  », confie Marielle.

Et chaque semaine, Marielle est très fier de se rendre chez son poissonnier et chez un ostréiculteur pour récupérer des peaux de poissons et des coquilles d’huîtres, qu’elle choisit minutieusement, maintenant que son expérience est faite. La fondatrice de Fémer l’affirme ouvertement : « Je ne vais pas tuer un animal pour sa peau, moi je fais les poubelles et je suis fier de faire les poubelles ! »

Entre innovation et tradition

Dans son tout petit atelier sur le port de La Teste-de-Buch, Marielle Philip transforme patiemment les peaux de poisson en un cuir souple et raffiné. L’espace est exigu, baigné par la lumière naturelle qui filtre à travers une petite fenêtre donnant sur les darses. Ici, l’odeur légèrement iodée du cuir marin en cours de transformation se mêle aux effluves des extraits végétaux qu’elle utilise pour le tannage.

Contre le mur, quelques machines discrètes témoignent du processus technique nécessaire à la métamorphose des peaux  : des étendoirs en métal servent à les tendre avant séchage, tandis que des rouleaux permettent d’affiner leur texture. Pourtant, l’essentiel du travail reste manuel. Marielle masse chaque peau avec soin, appliquant les agents tannants à la main pour préserver leur souplesse naturelle et révéler les motifs uniques laissés par les écailles. À force de gestes précis et répétés, elle transforme ce qui était un simple déchet en une matière noble et élégante, prête à devenir bracelets, porte-cartes ou doublures de maroquinerie.

Son entreprise repose sur des techniques artisanales ancestrales, qu’elle modernise avec des procédés respectueux de l’environnement. Contrairement aux cuirs classiques, souvent traités avec des produits chimiques nocifs, son tannage utilise des extraits végétaux. Résultat : un cuir marin aussi résistant qu’un cuir traditionnel, mais plus éthique et écologique.

Les bijoux, eux, conservent l’authenticité des matières brutes. «  Je ne cherche pas à masquer l’origine naturelle de la nacre, mais au contraire à la sublimer  », précise-t-elle. Bracelets, boucles d’oreilles et pendentifs trouvent preneurs auprès d’une clientèle séduite par l’idée de porter un morceau d’océan.

Un modèle d’économie circulaire

En collaborant avec des pêcheurs et ostréiculteurs locaux, Marielle s’inscrit dans une logique de circuit court. «  Plutôt que d’importer des matières premières, je valorise celles qui existent déjà ici  », explique-t-elle. En privilégiant ces ressources locales, elle limite les transports, réduit l’empreinte carbone et donne une nouvelle utilité aux sous-produits de la pêche.

Mais Marielle ne se contente pas de transformer ces déchets en objets précieux, elle veut aussi éveiller les consciences. Régulièrement, elle organise des ateliers ouverts au public pour sensibiliser à la préservation des océans et au potentiel inexploité des ressources marines. En collaboration avec des écoles ou des associations locales, elle initie enfants et adultes aux principes de l’upcycling en leur montrant comment une peau de poisson peut devenir un matériau aussi noble que le cuir traditionnel. «  Mon but, ce n’est pas juste de vendre des bijoux, mais aussi de montrer qu’un autre modèle est possible  », insiste-t-elle.

Ces moments d’échange sont aussi l’occasion de parler de la pollution marine et des solutions concrètes pour y remédier. À travers ses créations et son engagement, Marielle espère insuffler une prise de conscience collective .

Un succès grandissant

Avec une demande en forte croissance, Fémer commence à se faire un nom dans le monde de la mode responsable. Ce qui n’était au départ qu’une initiative artisanale et confidentielle attire désormais l’attention des amateurs de belles matières et des adeptes du slow fashion. Les bijoux et accessoires en cuir marin de Marielle Philip séduisent autant pour leur esthétisme que pour leur histoire. «  Ce que je propose, ce n’est pas juste un produit, c’est une démarche. Chaque pièce raconte un parcours, depuis la mer jusqu’à l’atelier, en passant par les mains des pêcheurs et les gestes minutieux du tannage artisanal  », explique-t-elle.

Ses collections sont déjà distribuées dans plusieurs concept-stores éthiques en France, et la cheffe d’entreprise envisage désormais d’élargir sa gamme à la maroquinerie. Sacs, portefeuilles, porte-cartes… Autant de produits du quotidien qui pourraient bientôt arborer ce cuir marin unique, apportant une alternative locale et durable aux cuirs traditionnels issus de l’élevage. « Il y a une vraie demande pour des matériaux plus éthiques et respectueux de l’environnement. Je veux montrer que le cuir de poisson peut rivaliser avec les plus belles peausseries, tout en étant issu d’un processus beaucoup plus vertueux », confie Marielle.

Nouvelles baskets en cuir de saumon proposées à la vente par Fémer – © Atelier Photos Instants Bassin/Marielle Philip

Si son succès grandit, elle garde pourtant les pieds sur terre et reste fidèle à ses valeurs. Pas question de tomber dans une production de masse ou de sacrifier la qualité pour répondre à la demande. Elle privilégie une fabrication raisonnée, en accord avec ses convictions et les ressources disponibles localement. «  Mon ambition n’est pas de produire à grande échelle, mais de prouver qu’un autre modèle est possible. Un modèle où la mode et l’artisanat s’inscrivent dans une logique circulaire, où l’on crée avec ce que la nature nous offre déjà, sans surexploiter.  »

Un succès qui prouve que luxe et écologie peuvent aller de pair. Que l’élégance n’a pas besoin de sacrifier la planète. A travers les créations de Fémer, « c’est cette dynamique d’économe circulaire et de recyclage, qui témoigne de mon envie de faire du bien à la planète en vous faisant aussi palis…»

Comme quoi, ce que l’on considère comme un déchet est en réalité une ressource précieuse, en attente d’être sublimée.

V. Rouillon

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