Dans la commune de Champlan, en Essonne, une impasse du même nom est devenue un symbole du problème des décharges illégales. Ce dépôt à ciel ouvert, source de tensions entre la mairie et les commerces voisins, inquiète par la nature dangereuse des déchets qui s’y entassent.

Malgré la présence d’un panneau dissuasif – « Zone de verbalisation par caméra, décharge interdite » –, la signalétique n’a pas suffi à enrayer le phénomène. Les premiers détritus jonchent dès l’entrée de la voie, mais ce n’est qu’un aperçu de l’ampleur du problème. Plus loin, l’impasse se transforme en véritable décharge à ciel ouvert. Des pneus noyés dans la boue, des gravats et parpaings accumulés en tas, des objets du quotidien abandonnés au hasard… jusqu’à une poupée désarticulée semblant saluer les automobilistes qui osent s’aventurer là. Au bout de ce chaos, un panneau défraîchi indique l’existence d’une casse automobile. On peut y lire « continuer jusqu’au fond de l’impasse », comme une ultime tentative de rassurer les clients sur la direction à suivre. 

Une activité commerciale à l’agonie

Dans cet environnement désolé, Pascal Heissler, patron de la casse, tente de maintenir son activité. Dans son bleu de travail taché de cambouis, il dépeint un visage marqué par l’exaspération. Depuis une dizaine d’années, ces déchets parasitent son commerce.

« On a beau appeler la police, les pauvres, ils ne font pas grand-chose, ils n’ont pas les moyens », déplore-t-il.

Chaque matin, son équipe doit dégager la chaussée pour accéder à leur lieu de travail. Si la pose de caméras de surveillance visait à endiguer le problème, elle s’est avérée inefficace. Les malfaiteurs ont adapté leurs méthodes : dépôts en heures creuses, organisation à plusieurs pour une exécution rapide, plaques d’immatriculation dissimulées. Particuliers comme entreprises, tous contribuent à l’accumulation des détritus, aggravant un problème déjà criant.

Un danger sanitaire et écologique

Le phénomène des décharges illégales n’est pas un cas isolé. L’Essonne en compte aujourd’hui plus de 180, une menace croissante pour l’environnement et la santé publique. Jean-Claude, membre de l’Association pour l’environnement de Villebon, dénonçait en 2021 la présence de déchets toxiques.

« Il peut y avoir des HAP, des hydrocarbures lourds qui sont cancérigènes pour l’Homme, et si ça finit dans la nappe phréatique qui n’est pas très loin, et bien c’est très dangereux pour notre santé », s’inquiète-t-il, avant de conclure, désabusé : « C’est presque criminel… »

Une législation trop laxiste

Face à l’ampleur du problème, la mairie de Champlan se dit impuissante. Christian Leclerc, maire de la commune, tente de faire face avec des moyens limités.

« On essaye de mener une politique de surveillance, mais avec deux policiers municipaux seulement, c’est très difficile », reconnaissait-il.

En 2018, la municipalité avait investi 60 000 euros pour nettoyer l’impasse. Une somme engloutie en vain, les déchets ayant refait surface quelques mois plus tard.Pour l’élu, seule une réforme de la loi pourrait inverser la tendance :

« La meilleure solution est d’avoir une sanction pénale à la hauteur des enjeux écologiques. Avec des peines très fermes, le problème serait vite réglé ». Mais ses appels à un durcissement des sanctions restent lettre morte : « À plusieurs reprises, j’ai fait des propositions, mais je n’ai pas trouvé de parlementaire qui souhaite faire évoluer la loi suffisamment sévèrement ». 

Des initiatives prometteuses

Selon l’association Gestes Propres, plus d’un million de tonnes de déchets sont jetés dans la nature en France chaque année ! D’autres organismes sont quant à eux déterminés à endiguer le problème. L’association Clean4green a créé une application mobile permettant de recenser ces décharges illégales. Par le biais d’une carte recensée par les citoyens eux-mêmes, l’objectif est clair : « redonner un environnement naturel sain et tout en garantissant que cette horreur ne se reproduise plus jamais », confient les membres de l’association. Leurs évènements en ligne permettent aussi l’organisation de « cleanwalk », des marches visant à nettoyer les dépôts d’ordures illégales, ainsi que l’accompagnement dédié aux entreprises et collectivités qui souhaitent développer leur démarche RSE. Si cette initiative de recensement peut paraître inutile, les résultats prouvent le contraire. Depuis sa création en 2019, l’application a permis de nettoyer 532 décharges sauvages sur les 4507.

Mais reste à dépolluer les sols… Aujourd’hui, la dépollution de l’impasse de Champlan représente un coût estimé à un million d’euros. Une somme colossale pour une ville qui, faute de moyens, voit s’enliser une situation que beaucoup jugent déjà hors de contrôle.

LAURA SONILHAC

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