Saviez-vous que même après notre mort, nous continuons de polluer la planète ? En France, les seuls modes de sépulture autorisés par la loi sont l’inhumation, la crémation et le don d’organes. Selon un sondage OpinionWay, 73% des Français sont prêts à choisir des moyens plus écologiques pour faire leurs adieux à leurs proches. D’autres possibilités existent, certaines déjà pratiquées, et des associations s’engagent pour les faire intégrer au droit français.

La vie, une pollution
La pollution est un fléau dont il est difficile de se débarrasser. Le réchauffement climatique en est la conséquence directe et les chiffres du dernier rapport du GIEC ne respirent pas l’optimisme. Les émissions de gaz à effet de serre ne cessent d’augmenter, le niveau de CO2 dans l’atmosphère ayant atteint son pic le plus haut en 2022.
Une simple inhumation génère 833 kg de CO2, soit l’équivalent d’un aller-retour Paris-New York. Des produits chimiques, comme le méthanol, le formol et la dioxine, sont utilisés lors de la mise en bière afin de garder le corps présentable pour la famille. Ces produits sont extrêmement polluants. La crémation n’est pas une alternative plus écologique, car la procédure de mise en bière est aussi réalisée et donc ces mêmes produits chimiques sont utilisés. Alors quelles alternatives s’offrent à nous ?
En France, la volonté de la terramation

Il en existe plusieurs, une est expérimentée en France : la terramation, aussi appelée l’humusation. Le concept est simple : transformer le corps du défunt en humus. Autrement dit, en compost. L’association Humo Sapiens défend ce mode de sépulture :
“La terramation c’est exactement ce qui se passe dans la nature, c’est le retour à lanature. On redevient de la terre fertile”
Cette méthode est déjà pratiquée aux Etats-Unis et au Canada, mais pas en Europe. Le corps est enveloppé dans une toile biodégradable et est déposé dans un lit végétal composé de copeaux de bois et de broyats. Une cérémonie peut avoir lieu et une pierre tombale peut y être déposée pour que les proches viennent se recueillir. Le corps reste en décomposition pendant un an et sera transformé en humus fertile. Il peut être restitué à la famille, si elle le souhaite, pour planter un arbre en souvenir du défunt.
Le cercueil, normalement obligatoire en France, est proscrit pour cette pratique, ce qui facilite la décomposition et réduit le coût de la cérémonie. Ainsi, aucun produit chimique n’est utilisé pour la conservation du corps et aucun entretien de pierre tombale n’est nécessaire.
“C’est pas un entretien où on va venir frotter la tombe, s’assurer qu’il n’y a pas de mousses, enlever les mauvaises herbes. C’est un entretien du vivant”
Lucie Salmon, association Humo Sapiens pour France24.
L’humusation est pour l’instant interdite en France. Le sondage OpionWay révèle que 46 % des français seraient prêts à avoir recours à cette méthode. Une pétition a été déposée en 2022 en faveur de sa législation. N’ayant pas abouti, la vice-présidente MoDem de l’Assemblée Nationale, Elodie Jacquier-Laforge, a déposé une proposition de loi le 31 janvier 2023 pour autoriser l’expérimentation du compostage humain. Cette proposition n’a pas abouti non plus.
Cette méthode est déjà expérimentée depuis 2014 sur des corps humains aux Etats-Unis. L’architecte Katrina Spade a même imaginé la création de bâtiments spécialement dédiés. L’état de décomposition a été réduit d’un an à un mois grâce à des mécanismes deventilation et de surveillance de température, ce qui remet en cause le but écoresponsable de cette méthode. (cf : étude des étudiantes de la clinique juridique One-Health, une seule santé, promotion 2023-2024)
Toujours plus de choix
D’autres méthodes plus rapides sont encore en phase d’expérimentation. L’aquamation, par exemple. Autrefois utilisé par les peuples scandinaves et les tribus du Pacifique. C’est au XIXe siècle qu’un chercheur anglais, Hamos Hebert Hobson, développe la solution alcaline pour aider la dissolution de carcasses animales dans le but de produire des fertilisants agricoles. C’est à la fin des années 1990 que ce procédé est modernisé, par Gordon L.Kaye et Peter B.Weber, pour être appliqué à l’homme.

L’objectif de l’aquamation est donc d’accélérer le processus de décomposition en immergeant le corps dans de l’eau avec une solution alcaline. Le bain chimique est chauffé pendant au minimum 5 heures. Les os sont ensuite récupérés et réduits en cendres pour les placer dans une urne.
L’avantage de cette technique, déjà utilisée dans certains États américains et dans certaines contrées canadiennes, est qu’elle est moins énergivore et rejette donc moins de CO2. Même si elle consomme de l’eau, cette dernière étant stérile grâce à la solution alcaline, elle peut être utilisée à des fins agricoles.
En Europe, la promession est autorisée en Suède et au Royaume-Uni. C’est une technique plus récente, inventée en 1999 par la biologiste suédoise Susanne Wiigh-Mäsak. Aussi appelée lyophilisation, elle consiste à désagréger le corps en fines particules. Conservé pendant plusieurs jours à une température de -18 °C, le défunt est ensuite plongé dans un bain d’azote liquide. Placé sur une table vibrante, le corps se transforme petit à petit en particules fines.
Autrement dit, cette technique a le même résultat qu’une crémation, mais utilise le froid plutôt que le feu. L’avantage est qu’aucun gaz à effet de serre n’est relâché dans l’atmosphère.
En 2016, l’ancien député Jean Leonetti, en a fait l’objet d’une question écrite posée au gouvernement. Étant donné les avantages écologiques de cette technique, l’ancien député déplorait que la France ne fasse pas évoluer ses modes de sépulture. La promession étant également utilisée en Afrique du Sud, aux États-Unis, au Canada ou encore en Corée du Sud. (cf. Question écrite n°79887).
D’autres modes de sépulture existent mais, peu populaires, ne soulèvent pas encore de questions juridiques. La sublimation, par exemple, qui consiste à crématiser des corps plus rapidement grâce à l’hydrogène. Les cimetières écologiques, plus simples, requièrent simplement des cercueils et des urnes en matières biodégradables.
À ce jour, en France, le corps humain est protégé par le Code civil durant la vie, art 16-1, et après la mort :
“Le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort. Les restes des personnes décédées, y compris les cendres de celles dont le corps a donné lieu à la crémation, doivent être traités avec respect, dignité et décence.”

Les questions en lien avec nos modes de sépultures trouvent difficilement des réponses au sein de notre gouvernement. Nos lois concernant la protection du corps humain et la dignité humaine rendent le changement compliqué. Cela n’empêche que les mœurs changent et les Français se veulent ouvert à des sépultures plus écologiques.

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