L’après-Jeux Olympiques devait être une célébration du sport, un tremplin vers l’avenir. Pourtant, quelques semaines après l’extinction de la flamme à Paris, l’enthousiasme a cédé la place à la consternation. Initialement, une coupe budgétaire de 33 % était annoncée, mais face aux vives réactions du mouvement sportif et des athlètes, la réduction a été ajustée à environ 100 millions d’euros. Une correction qui reste lourde de conséquences et fait craindre un essoufflement du sport amateur. Ce désengagement financier met en péril l’héritage olympique et soulève une question cruciale : comment entretenir une dynamique sportive nationale avec des ressources en déclin ?

Des chiffres qui inquiètent
Pourtant, l’engouement était bien réel. Un sondage réalisé par la Fédération de judo révèle que 21 % des Français ont repris ou intensifié leur pratique sportive après les JO. Mais cette dynamique pourrait être freinée par un manque criant de moyens. « Aujourd’hui, malgré la mise en lumière du sport français avec les Jeux, le budget du sport reste le plus petit de l’État. Et quand il faut faire des coupes, c’est encore ce budget qui est visé« , déplore Stéphane Nomis, président de la Fédération
française de judo. Cette réduction budgétaire ne se limite pas aux subventions aux fédérations : elle affecte aussi le soutien aux collectivités, qui financent une grande partie des équipements sportifs e des animations locales. En clair, les clubs devront faire plus avec moins.
Des clubs en difficulté
Dans les clubs amateurs, l’heure est à l’inquiétude. Entre le coût des licences qui augmente et la diminution des subventions, beaucoup redoutent de devoir mettre la clef sous la porte. Selon une enquête, 54 % des Français pensent que des clubs fermeront leurs portes faute de ressources suffisantes. « On arrive au craquage« , alerte Denis LAFOUX, directeur général de la Fédération de clubs omnisports. « Les équipements, les stades, les piscines, ne poussent pas en trois mois ! ». À cela s’ajoute la difficulté croissante de recruter des encadrants et bénévoles, souvent découragés par le manque de moyens et la surcharge administrative. Certains clubs envisagent même de réduire leurs effectifs ou de limiter l’accès aux jeunes, un paradoxe quand on sait que l’objectif affiché était de démocratiser la pratique sportive.
Un manque d’infrastructures criant
Certaines disciplines sont particulièrement touchées. La natation, portée par l’effet Léon Marchand et ses quatre médailles d’or, a enregistré 10 000 licenciés supplémentaires. Mais les infrastructures ne suivent pas : « Notre parc de piscines a 40 ans de moyenne d’âge. Il faut un plan massif pour moderniser nos équipements« , réclame la Fédération française de natation. Une situation alarmante
quand on sait que savoir nager est une compétence essentielle pour la sécurité publique. Selon un rapport de l’INSEP, un enfant sur quatre entre 6 et 10 ans ne sait pas nager en France, faute d’accès à une piscine.
Le handball connaît le même « raz-de-marée« , avec une augmentation de 18 % des inscriptions. « Les sports d’intérieur arrivent au craquage« , assure Philippe Bana, président de la Fédération française de handball. « On va refuser près de 100 000 licenciés cette année faute de structures adaptées ». Cette explosion des inscriptions, loin d’être une bonne nouvelle, se transforme en casse-tête pour les dirigeants de clubs. Comment répondre à la demande quand les gymnases sont déjà saturés et que les créneaux horaires sont insuffisants ?

Vers une marche arrière ?
Face à la bronca, le gouvernement tente de temporiser. Sophie Primas, porte-parole de l’exécutif, a déclaré que l’État pourrait « revenir en arrière sur certaines coupes budgétaires ». Mais avec quelles garanties ? Les sénateurs ont déjà proposé un amendement visant à réinjecter 113 millions d’euros via la taxe sur les paris sportifs. Un pansement sur une hémorragie bien plus large. De nombreux acteurs du sport plaident pour un plan de soutien durable, qui ne se limite pas à des ajustements
ponctuels. Car derrière les chiffres, c’est un modèle entier qui est remis en cause : celui d’un sport accessible, ancré dans les territoires et moteur de cohésion sociale.
Un avenir incertain
Le sport amateur est plus qu’une activité de loisir : il est un vecteur de lien social, d’intégration et de santé publique. Rogner sur ses financements alors que les Français plébiscitent son importance (8 % estiment qu’il contribue à la santé physique) est un choix difficilement compréhensible. Au-delà des enjeux sportifs, la baisse des subventions pourrait aussi avoir un impact sur l’économie locale : nombreux sont les petits clubs qui font vivre des commerces, emploient des éducateurs et participent à l’animation des villes et villages.

« Les JO ne doivent pas être une porte fermée mais un tremplin« , prévient Philippe Bana. L’avenir du sport français est en jeu. Reste à savoir si l’État entendra l’appel des clubs et des licenciés avant qu’il ne soit trop tard.
Paul Durel

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