
Depuis 2020, les éco-délégués s’engagent pour le développement durable dans les écoles, collèges et lycées de France. Mais entre manque de moyens, implication inégale et freins administratifs, le dispositif peine parfois à s’inscrire dans la durée. Quatre ans après son lancement, quel bilan tirer de cette mobilisation écologique en milieu scolaire ?
L’initiative des éco-délégués est-elle une réussite ? Depuis la rentrée 2020, dans toutes les écoles, collèges et lycées de France, chaque classe élit ses éco-délégués pour un an. L’initiative vient directement du ministère de l’Education nationale pour sensibiliser la jeunesse au développement durable. L’éco-délégué a un but précis : mettre en œuvre la transition écologique dans l’ensemble des établissements scolaires. « Les éco-délégués ont pour mission essentielle de porter des projets à construire collectivement, être ambassadeur auprès des services, des responsables et des instances de l’établissement, ainsi que des partenaires extérieurs, restituer les actions menées, contribuer à leur évaluation et à leur valorisation, transmettre des informations et des connaissances à leurs camarades », a expliqué à la rentrée 2020 Elisabeth Borne, alors ministre de la Transition écologique et solidaire, dans des propos rapportés par France Info.
Par exemple, la mission des éco-délégués peut consister à éteindre les lumières, vérifier qu’en hiver les fenêtres sont fermées et que les radiateurs sont bien réglés ou encore contribuer à l’installation de poubelles de tri des déchets de la classe. Ils ne sont toutefois pas livrés à eux-mêmes face à une telle tâche. Les élèves sont accompagnés dans leur démarche par un référent éducation au développement durable qui peut être nommé parmi les profs, les CPE, etc. En fonction de leur investissement, les encadrants peuvent même donner une totale autonomie aux élèves. Si l’initiative a mis du temps à se mettre en place, c’est désormais une dynamique qui s’installe durablement.
« Les éco-délégués sont devenus de véritables acteurs du changement. Ils participent activement à la transformation de notre lycée en un lieu plus respectueux de l’environnement. Aujourd’hui, cette dynamique est bien ancrée et portée par toute la communauté éducative », explique Xavier Dingeon, directeur du lycée Sacré Cœur d’Amiens.
Des actions concrètes et inspirantes
Dans de nombreux établissements, les éco-délégués mettent en place des projets concrets et innovants pour sensibiliser leurs camarades et améliorer leur cadre de vie. Au lycée Genevoix- Signoret de Bressuire, par exemple, les 61 éco-délégués ont créé un potager en permaculture et mis en place une cuisine anti-gaspillage pour valoriser les aliments invendus. Une initiative qui a révolutionné leur cadre de vie. Or, certains se sont même directement attaqués au réchauffement climatique.
En effet, au lycée Mistral d’Avignon, les élèves ont imaginé un gigantesque projet : végétaliser les toits de leur établissement pour réduire la température l’été. Les vagues de chaleur reviennent régulièrement dans le Vaucluse l’été, en pleine période d’examens des élèves. Un tel aménagement permettrait de rafraîchir les bâtiments, mais aussi d’améliorer l’isolation thermique et de favoriser la biodiversité. Ainsi, les éco-délégués montrent qu’il est possible d’agir concrètement pour leur cadre de vie. En revanche, ils peuvent parfois se confronter à des diverses contraintes.
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Un engagement freiné par des obstacles
Bien que de tels projets parviennent à voir le jour, les éco-délégués sont unanimes : ils pourraient faire mieux. Certains sont freinés par l’administration de leur établissement.
« Certains adultes nous freinent. Le lycée prône le travail scolaire plus qu’autre chose. On n’a pas beaucoup de places pour nos projets. Et on sent qu’ils s’en fichent un peu quand on leur en parle », explique Soann, élève de terminale au lycée Gustave Eiffel de Bordeaux, dans des propos rapportés par L’Étudiant.
Ces barrières s’accompagnent également d’un manque d’implication des autres élèves dans ces projets. « Au lycée, il y a plus de personnes qui se présentent qu’au collège, à cause de Parcoursup. Il y en a qui sont élus, mais qu’on ne voit pas de l’année. J’ai l’impression qu’il y a un calcul de ce côté », confie de son côté Thibaud, un éco-délégué en 1ère. Certains élèves seraient ainsi plus motivés à l’idée d’inscrire une ligne sur leur CV plutôt que promouvoir l’écologie. « On est 12 à vraiment s’impliquer. Si on était 50, on aurait plus de crédibilité et plus de poids, c’est un cercle vertueux », continue-t-il.
Ces projets se heurtent aussi à un manque de moyens et de suivi. Dans certains établissements, les projets débutent avec enthousiasme, mais s’essoufflent faute de financements, de temps ou de relais parmi les enseignants et les élèves. L’absence de ressources dédiées complique aussi l’entretien des installations, comme les potagers ou les espaces végétalisés. Sans un accompagnement institutionnel renforcé, ces engagements risquent de rester ponctuels plutôt que de s’inscrire dans une transformation durable des établissements. Ainsi, si les éco-délégués rencontrent des défis, leur engagement prouve que les jeunes sont prêts à agir pour l’environnement. Mais pour inscrire ces actions dans la durée, encore faut-il leur donner les moyens d’aller plus loin. Quoi qu’il en soit, face au fatalisme du changement climatique, la mobilisation grandit en faveur de l’écologie.
Émilien Pau

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