Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, la location des logements classés G est interdite en France. Si cette mesure vise à réduire l’empreinte carbone, elle soulève des inquiétudes chez les professionnels de l’immobilier, soulignant ainsi la complexité de la situation et la nécessité de recourir à d’autres solutions.

« L’immobilier est un secteur d’activité énergivore, responsable de nombreuses émissions de gaz à effet de serre. Face aux enjeux écologiques, il devient alors indispensable d’adopter des mesures concrètes » alerte Anne Mélennec, chargée de mission pour l’association Approche Eco-Habitat. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, louer un logement classé G au Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) est désormais interdit en France. Cette décision, prise en 2021 et présentée comme une étape cruciale dans la lutte contre le réchauffement climatique, marque le début d’une transition ambitieuse pour en finir avec les « passoires thermiques » et adopter une posture écoresponsable.
565 000 logements G concernés par l’interdiction en France
Selon le Ministère du logement, « l’interdiction de la location des logements classés G » s’applique « aux nouveaux contrats de location, et au moment du renouvellement ou de la reconduction tacite » des baux en cours. Au total, en France, 565 000 logements classés G sont concernés par cette interdiction.
Ces logements énergivores sont responsables de fortes émissions de gaz à effet de serre. Plus de 420 kWh/m² (70 kWh/m2 pour les logements classés A) de consommation annuelle en énergie primaire et/ou présente une émission de gaz à effet de serre très conséquente plus de 100 kg CO2 eq/m².an (6 kg CO2 eq/m2.an pour les logements classés A). Cette problématique illustre une urgence : réduire l’impact environnemental du parc immobilier, qui représente 20 % des émissions de CO2 en France. « Cette interdiction est une bonne initiative, il est essentiel de réduire la consommation, et cela commence par les logements. Espérons que cela entraînera un réel changement » insiste Nina, étudiante de 22 ans.
« Ce n’est pas par là que l’on aurait dû commencer »
Derrière cette mesure, la volonté de protéger la planète est évidente. Cette interdiction de location des logements classés G se heurte pourtant à une réalité économique difficile. Pour Hyacinthe Perrier, négociatrice de location à l’Agence Laforêt Paris Losserand, elle est impossible à ignorer. « La démarche est bonne pour l’environnement mais c’est très compliqué, assure-t-elle. On a beaucoup de propriétaires qui ne souhaitent pas rénover à cause des coûts et j’ai bien peur que ces logements soient abandonnés ». Pour les propriétaires, les coûts de rénovation énergétique sont « astronomiques » : entre 10 000 et 25 000 euros selon l’Agence Nationale de l’Habitat (Anah). Par ailleurs, d’après le baromètre de l’observatoire BPCE seuls 31 % des Français envisagent des travaux de rénovation énergétique dans les 5 ans. Les propriétaires décident de vendre ces passoires énergétiques sans rénovation, mais leurs prix élevés risquent de les laisser vacantes. Une attitude attentiste qui n’aidera pas le marché immobilier déjà tendu.
Anne Mélennec de l’association Approche Eco-Habitat partage cet avis. « Cette interdiction va dans le bon sens mais elle est sûrement insuffisante. Les propriétaires ne vont pas vouloir entreprendre les travaux nécessaires. Ce n’est pas par là que l’on aurait dû commencer », s’inquiète-t-elle.
C’est d’ailleurs pour cette raison que l’association Approche Eco-Habitat met l’accent sur l’utilisation de bons matériaux. « Nous, ça fait 20 ans qu’on travaille sur des matériaux écologiques, sur les nouvelles façons d’habiter plus durablement : le bilan carbone ce n’est pas uniquement le chauffage, c’est l’intégralité des matériaux utilisés dans la construction » poursuit cette dernière.
25 à 30 % de constructions en bois à Paris pour réduire le CO2
C’est dans ce contexte que Paris cherche à étendre l’utilisation du bois dans ses bâtiments pour favoriser des modes de construction plus écologiques. Bien que la filière bois soit encore au stade expérimental, la capitale, connue pour son paysage urbain minéral, souhaite prendre un virage vers des matériaux plus durables. Un exemple illustrant cette volonté de rendre la ville plus éco-responsable est la construction d’un immeuble de 50 mètres destiné à la location : la Tour Wood dans le 13ème arrondissement.
Depuis 2020, la mairie de Paris a mis en place une politique ambitieuse visant à développer des constructions écologiques. Jacques Baudrier, adjoint à la mairie chargé du Logement et de la Transition écologique, se félicite de ce choix politique clair : favoriser les structures en bois et en pierre de taille, tout en réduisant l’utilisation du béton et du plastique. Sur les projets de logements en cours à Paris, il estime qu’environ 25 à 30 % des constructions intègrent du bois.
La transition vers des bâtiments en bois répond à une problématique mondiale, car la construction est responsable de près de 40 % des émissions de CO2, en comptabilisant la durée de vie des bâtiments et leur consommation énergétique. Le ciment, composant principal du béton, génère à lui seul 7 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. « Dans les immeubles qu’on est en train de sortir, on est souvent en-dessous de 600 kg de CO2 par mètre carré, alors qu’un immeuble standard en béton est plutôt autour d’une tonne de CO2 par mètre carré », précise Jacques Baudrier. De son côté, Anne Mélennec reconnaît les défis qu’une telle mesure peut engendrer, mais souligne avec optimisme « Il ne reste plus qu’à surmonter les obstacles liés aux coûts et au risque d’incendie qui peuvent être anticipés. »

Laisser un commentaire