Photographe engagé, Émile Loreaux explore depuis 15 ans notre rapport à l’environnement à travers des images mises en scène. Son travail, présenté dans l’exposition J’peux pas, j’ai climat, questionne avec humour et créativité notre responsabilité individuelle et collective face aux défis écologiques.
Né à Chalon-sur-Saône, Émile Loreaux découvre très tôt la photographie grâce au musée Nicéphore Niépce et à un atelier photo intégré dans son parcours scolaire. Rapidement, cette passion se transforme en vocation : après une formation aux Gobelins, il devient photoreporter et voyage à travers le monde avant de recentrer son regard sur un nouvel enjeu, l’écologie. » J’ai voyagé de plus en plus en me concentrant sur des enjeux qui sont proches de nous, sur lesquels on peut avoir plus de décision en tant que citoyen ».
Ce changement s’opère progressivement, à mesure qu’il s’interroge sur nos modes de consommation et leurs conséquences. Son premier projet marquant met en scène des supermarchés, illustrant l’abondance et l’absurdité de la surconsommation. C’est en présentant ces travaux aux rédactions de Libération et du Monde qu’il se forge une place dans la photographie de presse, où il reçoit régulièrement des commandes sur des thématiques environnementales.
Mais au-delà du simple reportage, Emile Loreaux adopte une approche plus conceptuelle. Plutôt que de capturer des lieux précis, il cherche à illustrer des idées en se mettant en scène. Il conçoit chaque image comme un message, une interrogation visuelle qui pousse à la réflexion.
« J’peux pas, j’ai climat » : une accumulation de 15 ans de réflexion
L’exposition “J’peux pas, j’ai climat” est née de cette démarche. « Ce sont des images réalisées sur 15 ans, une sorte d’accumulation, une obstination à mettre en scène », explique-t-il. C’est Sophie Quejelin, conceptrice de l’affiche de la Nuit de la transition, qui l’a sollicitée pour participer à cette exposition.
À travers celle-ci, Emile Loreaux ne cherche pas à donner des leçons, mais plutôt à provoquer des prises de conscience. Ses clichés abordent des thèmes variés : alimentation, consommation d’eau, pollution… Mais au-delà des gestes individuels, il invite à une réflexion plus large sur notre rôle de citoyen et la nécessité d’un changement sociétal profond.
Le titre même de l’exposition est un clin d’œil aux manifestations étudiantes et aux grèves pour le climat « J’aimais bien ce côté de refuser, dernièrement on a pas mal parlé de l’idée de bifurquer, de boycotter, de faire les choses par la négation ».
Un engagement visuel fort et accessible
Parmi les œuvres exposées, une image particulièrement marquante montre Loreaux avec le visage presque entièrement recouvert de masques chirurgicaux, à l’exception de son nez, alors qu’il se tient au bord du périphérique parisien. Réalisée pour Libération, cette photographie illustre l’absurdité de certaines réponses aux crises écologiques et sanitaires. « Cette image me plaît car elle a été difficile à réaliser, en extérieur, avec des contraintes de lumière et de mise en scène », confie-t-il.
Son processus de création repose sur une longue documentation, mêlant lectures spécialisées et croquis préparatoires. Chaque image est pensée avant d’être capturée, fidèle à sa vision initiale.
L’exposition, installée en extérieur, a permis une interaction directe avec le public. Un changement apprécié par l’artiste habitué aux publications en presse, où les retours sont souvent indirects. « Ce qui était chouette, c’est qu’on se confrontait à tous les publics. Il y avait à la fois des enfants qui disaient « ah j’adore celle-là » ou des agents d’entretien qui avaient aussi apprécié », raconte-t-il.
Son objectif ? Rendre les enjeux écologiques compréhensibles et accessibles à tous. Ses images, colorées et empreintes d’humour, attirent l’œil et interpellent sans être moralisatrices.
Une invitation à l’action
À travers “J’peux pas, j’ai climat”, Émile Loreaux rappelle que chacun a un rôle à jouer. « Chaque acte de consommation a un impact. Individuellement, ce sont de petites actions, mais ensemble, elles peuvent peser », souligne-t-il.
Son travail illustre à quel point l’art peut être un puissant vecteur de sensibilisation, en transformant des concepts abstraits en images marquantes. Ses photographies, à la fois loufoques et engagées, incitent à la réflexion, qui peut mener à l’action. “J’peux pas, j’ai climat” n’est pas seulement une exposition : c’est un appel à voir l’écologie autrement, à nous questionner sur nos habitudes et à imaginer un futur plus responsable.
Shams SEHILI – 04 février 2024
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