C’est un plaisir coupable que nous sommes nombreuses à partager : acheter une robe à moins de 20 euros, craquer pour une énième chemise Zara ou un pull Mango en solde. Mais derrière ces prix cassés et ces collections qui se renouvellent à la vitesse de l’éclair, la fast fashion cache une réalité bien moins séduisante. Pollution des eaux, gaspillage des ressources, émissions massives de CO2… Derrière chaque t-shirt bon marché, c’est un désastre environnemental qui se joue.

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Description : grande friperie à la Halle aux Toiles Rouen (76)

Il n’a jamais été aussi facile de suivre les tendances. Chaque semaine, les enseignes de fast fashion proposent de nouveaux modèles inspirés des podiums, produits à moindre coût et souvent dans des conditions opaques. Résultat ? Nous consommons 60 % de vêtements en plus qu’il y a 20 ans, mais nous les portons deux fois moins longtemps. La mode est devenue jetable, et avec elle, ses conséquences écologiques explosent. L’industrie textile représente à elle seule 10 % des émissions mondiales de carbone, soit plus que le transport maritime et l’aviation réunis. Derrière chaque jean, chaque robe, chaque veste, ce sont des milliers de litres d’eau et des tonnes de déchets qui s’accumulent, souvent loin de nos yeux. Peut-on encore fermer les yeux sur l’impact écologique de nos penderies ?
« La fast fashion est comme la restaura2on rapide. Après le rush de sucre, il ne reste qu’un mauvais goût dans la bouche. » Explique la millitante écoresponsable et fondatrice d’ « Eco-Age », Livia Firth.

Une industrie qui épuise la planète

Acheter un vêtement, c’est bien plus qu’un simple geste anodin. Derrière chaque pièce se cachent des quantités astronomiques de ressources naturelles. Un simple t-shirt en coton ? 2 700 litres d’eau nécessaires à sa fabrication, soit ce qu’une personne boit en deux ans. Une paire de jeans ? 10 000 litres d’eau et un voyage planétaire qui traverse plusieurs continents avant d’arriver en boutique.

Le problème ne s’arrête pas à la consommation d’eau. Les fibres synthétiques, comme le polyester ou l’élasthanne, sont dérivées du pétrole et posent un défi environnemental majeur. Chaque lavage de ces vêtements libère des microplastiques invisibles à l’œil nu, qui finissent dans nos océans et polluent durablement l’environnement. Selon une étude du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, 500 000 tonnes de microplastiques sont ainsi relâchées chaque année, soit l’équivalent de 50 milliards de bouteilles en plastique. « Il faut devenir un citoyen ac2f à travers votre garde-robe. » argumente la militante écologiste.

Des montagnes de vêtements et des rivières toxiques

Et une fois que ces vêtements ne nous plaisent plus ? Direction la poubelle. 85 % des textiles produits chaque année finissent à la décharge ou incinérés. Et ce chiffre ne cesse d’augmenter. Les ONG tirent la sonnette d’alarme : les pays d’Afrique et d’Asie croulent sous les vêtements usagés envoyés par l’Occident. Des décharges à ciel ouvert se forment au Ghana, où le marché de la fripe importée devient un véritable désastre environnemental.

Même les grandes marques ne sont pas exemptes de scandales. En 2018, Burberry a été épinglé pour avoir brûlé 38 millions de dollars de vêtements invendus afin de préserver son image de marque. H&M, de son côté, a été accusé d’avoir incinéré 12 tonnes de vêtements neufs, une pratique loin d’être isolée dans le milieu de la fast fashion.
Livia Firth pense qu’il faut interdire la fast fashion, pour toujours. « J’ai grandi sans elle, tout le monde de plus de 45 ans a grandi sans elle. » et de conclure « On a rendu la mode jetable et, ce faisant, on détruit l’environnement et réduit en esclavage des millions de personnes dans ses chaînes d’approvisionnement. »

Comment consommer la mode autrement ?

Face à cette réalité accablante, des solutions existent. Et la bonne nouvelle, c’est que nous avons le pouvoir de faire évoluer les choses.

  • Privilégier la seconde main
    Plateformes comme Vinted, Vestiaire Collective ou encore thredUP permettent d’acheter et de revendre des vêtements d’occasion, prolongeant ainsi leur durée de vie. Résultat ? Moins de production, moins de gaspillage.
  • Miser sur des marques éthiques
    Certaines enseignes comme Patagonia, Ekyog, ou Veja misent sur des matières recyclées, biologiques et produites dans des conditions respectueuses de l’environnement. Un peu plus cher à l’achat, certes, mais durable sur le long terme.
  • Acheter moins, mais mieux
    Fini les achats compulsifs de vêtements que l’on ne porte que deux fois. Adopter une garde-robe raisonnée avec des pièces intemporelles et de qualité permet de réduire son empreinte écologique tout en restant stylée.
  • Réparer et transformer ses vêtements
    Un trou dans un pull ? Un jean trop large ? Plutôt que de jeter, des ateliers de couture comme Suay Sew Shop à Los Angeles proposent de réparer ou de customiser les vêtements abîmés pour leur donner une seconde vie.

La mode de demain sera responsable… ou ne sera pas

Longtemps absente des débats écologiques, la mode est aujourd’hui dans le viseur des associations et des consommateurs. Les mentalités évoluent et les marques doivent s’adapter. Certaines grandes enseignes, sous pression, commencent à proposer des alternatives plus responsables, même si le greenwashing reste un danger omniprésent.
Mais au fond, la question est simple : avons-nous vraiment besoin d’acheter autant ? Adopter une mode plus raisonnée, c’est non seulement faire du bien à la planète, mais aussi à son porte-monnaie et à son style. La mode responsable n’est pas une contrainte, c’est une nouvelle façon d’affirmer son élégance, avec une conscience plus affûtée que jamais.

Myriam Bouhmadi

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