Alors que l’inflation pèse sur le pouvoir d’achat et que la prise de conscience écologique s’intensifie, les consommateurs français sont responsables de 47 % du gaspillage alimentaire. Focus sur les dates de péremption et les solutions pour limiter le gaspillage tout en faisant des économies.

16 milliards d’euros gaspillés par an
Chaque année, 10 millions de tonnes de nourriture sont jetées en France, soit une perte estimée à 16 milliards d’euros. Il est estimé que 3 % des gaz à effet de serre nationaux en sont directement liés. Un paradoxe à l’heure où l’inflation pousse les consommateurs à surveiller leur budget : 87 % des Français affirment avoir réduit leur gaspillage alimentaire (Harris Interactive, 2023).
L’impact écologique est phénoménal notamment vis-à-vis de la gestion des ressources en eau douce. L’agriculture en consomme 70 %. Mais résultat : 25 % de cette eau sert à produire des aliments qui finissent jetés.
Contrairement aux idées reçues, les supermarchés ne sont pas les principaux responsables. Le gaspillage se répartit comme suit en France :
- 47 % chez les ménages, soit 60 kg par an et par personne ;
- 20 % dans l’industrie agroalimentaire, notamment en raison des normes de calibrage et des surplus ;
- 14 % à la production agricole, où de nombreux aliments sont laissés à l’abandon ;
- 12 % dans la restauration (collective et commerciale) ;
- 7 % en grande distribution, un chiffre bien inférieur aux attentes.
« Les consommateurs sous-estiment leur part de responsabilité », souligne Jean-Charles Catteau, conférencier et expert en gaspillage alimentaire. « Il y a deux raisons à cela. C’est d’abord dû aux comportements d’achats liés aux systèmes de promotions pour les gros formats et au phénomène des yeux plus gros que le ventre. Ensuite il y a la méconnaissance et la confusion liée aux dates de péremption. »
Les dates de péremption : un facteur clé du gaspillage alimentaire
Selon une étude datant de 2008 de l’association britannique Waste & Ressource Action Programme (Wrap), 20 % du gaspillage alimentaire sont imputables à une mauvaise lecture des dates de consommation et donc à la confusion entre la DLC (Date Limite de Consommation) et la DDM (Date de Durabilité Minimale).
- La DLC (« À consommer jusqu’au ») concerne les produits sensibles (viandes crues, poissons, produits laitiers frais…). Au-delà de cette date, il existe un risque sanitaire et le produit ne doit plus être consommé. Cependant quelques produits de cette catégorie ont des marges de sécurité bien plus larges comme certains produits laitiers, les desserts et les viandes cuites qui pourraient être consommés au-delà de la date indiquée.
- La DDM (« À consommer de préférence avant le ») indique qu’après la date inscrite, le produit peut perdre en qualité sensorielle (goût, texture, couleur), mais reste consommable sans danger. Cela concerne les pâtes, riz, conserves, chocolat, café, etc.
Or, beaucoup de consommateurs jettent des produits encore bons simplement parce qu’ils dépassent leur DDM. « Nous avons des clients qui jettent des yaourts dès qu’ils dépassent leur date, alors qu’ils restent bons plusieurs jours, voire une ou deux semaines après », témoigne Claire, responsable d’un supermarché bio. “Beaucoup de gens se disent ‘j’ose pas s’il y a une date c’est qu’il y a une raison’” confirme Jean-Charles Catteau.
Comment quelques lignes peuvent modifier les comportements
Dans plusieurs pays anglo-saxons, la DDM est indiquée ainsi “Best before…” (meilleur avant le ..) ce qui limite ainsi la confusion pour le consommateur. Des groupes engagés dans la lutte contre le gaspillage alimentaire ont tenté de faire modifier les réglementations européennes en 2016 afin de modifier la mention sur les emballages, néanmoins certains groupes agroalimentaires s’y sont opposés. Ce qui a donné ces deux terminologies que nous connaissons actuellement “jusqu’au” et “de préférence”.
Bien que les dates de péremption aient un rôle crucial pour assurer la sécurité du consommateur et aussi pour garantir la qualité gustative des produits, elles présentent également un avantage non négligeable pour les entreprises intervenant dans la transformation des produits alimentaires. La demande pour leurs produits augmente lorsque ces derniers quittent les rayons ou les réfrigérateurs pour rejoindre la poubelle plus rapidement. Les flux augmentent tout comme les chiffres d’affaires des grands groupes.
En 2018, la Norvège a introduit un nouvel étiquetage volontaire sur les produits alimentaires avec la mention « Best before [date], often good after » (Meilleur avant [date], souvent bon après).
L’objectif était de réduire le gaspillage alimentaire en encourageant les consommateurs à se fier à leurs sens (vue, odorat, goût) avant de jeter des aliments.
Selon des études de Matvett, 61 % des consommateurs norvégiens déclarent que cette initiative a contribué à diminuer le gaspillage alimentaire dans leur foyer.
Ce qui est mis en place pour sensibiliser les consommateurs
“Bien que la sensibilisation et l’éducation sur le gaspillage alimentaire restent des défis majeurs, des initiatives concrètes émergent grâce à l’engagement d’acteurs de terrain.
En 2022, avec le soutien de Lucie Basch, fondatrice de Too Good To Go, et d’autres acteurs engagés, un décret a été adopté pour permettre aux fabricants d’ajouter une mention complémentaire aux dates de consommation.
Désormais, en plus de l’indication « À consommer de préférence avant… », les entreprises peuvent préciser que le produit reste consommable après cette date. “Cette initiative vise à encourager les consommateurs à utiliser leurs sens – observer, sentir, goûter – avant de jeter un aliment. Plusieurs marques ont déjà adopté cette pratique, parmi lesquelles le groupe Bel (La Vache qui Rit), Les 2 Vaches ou encore Michel et Augustin.” explique Jean-Charles Catteau.
Lhou Lagrange


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