Moins de six mois après la clôture des Jeux Olympiques de Paris 2024, l’enthousiasme populaire autour du sport français s’estompe dangereusement. Une réduction budgétaire significative menace de nuire à l’héritage de cet événement exceptionnel, laissant craindre un retour à la case départ pour le sport en France.

Il y a encore quelques mois, la France vibrait au rythme des exploits de ses champions, des records battus et des foules en liesse autour des sites olympiques. Mais cet élan, qui semblait devoir porter le sport français vers une nouvelle ère, s’est brusquement heurté à la réalité. Une tribune signée par 425 sportifs de haut niveau, publiée récemment par L’Équipe, dénonce une coupe budgétaire de 34 millions d’euros. Pour ces athlètes, cette décision contredit de manière flagrante les promesses faites autour de l’héritage des JO. « Qui aurait cru que nous passerions
aussi rapidement de la ferveur populaire à la désillusion la plus totale ? », s’interrogent les signataires, dont des figures emblématiques comme Teddy Riner et Léon Marchand.

Le budget du sport, déjà limité à seulement 0,2 % des dépenses publiques, subit une nouvelle réduction de 33 %. Ces coupes concernent directement les infrastructures, la formation et la pratique sportive à tous les niveaux. La réduction des financements compromet l’accès au sport pour les jeunes et les populations rurales. Moins de moyens signifient des fermetures de clubs et une diminution du nombre d’éducateurs.
La préparation des compétitions internationales devient un défi logistique et financier. Se qualifier pour les JO de 2028 pourrait relever du miracle si les moyens continuent de baisser.
Les conséquences à long terme risquent de remettre en cause la capacité de la France à briller sur la scène mondiale. « les J.O ont été un succès olympiques et paralympiques, faire face à une baisse de plus de 30 % du budget général crée un sentiment de perte de confiance dans l’avenir du sport. », déclare Pierre Reynard, président adjoint de la Fédération française de billard.

Où sont passées les promesses ?

Face à un contexte économique tendu, le gouvernement privilégie d’autres secteurs tels que la défense ou la santé. Mais les sportifs dénoncent un manque de vision stratégique. « Investir dans le sport, c’est aussi investir dans la santé publique », rappellent-ils dans leur tribune.
Sébastien Nolesini, directeur général de la Fédération française de judo, fustige quant à lui le « grand mépris national » que représente cette baisse, et rappelle que le sport est « du lien social, de l’éducation, de l’emploi, du rayonnement à l’international mais aussi des valeurs ».
Malgré les promesses répétées de faire du sport une priorité, les actions tardent à suivre. Lors de son discours de politique générale, le Premier ministre François Bayrou n’a consacré qu’une trentaine de secondes au sport, malgré son rôle central dans la vie sociale et économique du pays. Les acteurs du secteur sont unanimes : sans un réajustement des priorités, la dynamique créée par les JO pourrait s’éteindre. Les propositions fusent pour éviter le pire.

Des pistes de financement alternatives pour le sport français

Plusieurs pistes peuvent être explorées pour assurer un financement pérenne et ambitieux du sport français :

  • Mécénat et sponsoring : Renforcer les partenariats avec les entreprises pour soutenir les clubs et les athlètes. Des incitations fiscales pourraient encourager davantage les entreprises à investir dans le sport.
  • Partenariats public-privé : Comme l’a fait le Royaume-Uni après Londres 2012, ces
    collaborations peuvent permettre de financer des infrastructures et des programmes sportifs.
  • Taxes spécifiques : Une taxe sur les paris sportifs en ligne ou sur les boissons sucrées
    pourrait être envisagée.
  • Financement participatif : Développer les plateformes de crowdfunding pour permettre aux clubs et aux athlètes de lever des fonds auprès du public.

Le sport, bien plus qu’une affaire de médailles

Enjeu de santé publique, vecteur de cohésion sociale et vitrine de la France à l’international, le sport ne se limite pas aux podiums. Réduire le budget, c’est hypothéquer les bénéfices à long terme. Les JO 2028 et 2030 pourraient souffrir de ce manque d’ambition.
L’héritage de Paris 2024 est encore à portée de main, mais il ne survivra pas sans un
engagement renouvelé. Les sportifs, à travers leur tribune, ont lancé un cri d’alarme. Reste à savoir si le gouvernement aura les sens. La mobilisation de tous, des institutions aux citoyens, sera importante pour éviter que cette aventure olympique ne devienne un simple souvenir.
Comme le rappellent les athlètes, il est encore temps d’agir pour préserver ce que les JO de 2024 ont allumé : une envie collective de se dépasser, ensemble.

Par Yvana Grumiaux

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