De plus en plus de consommateurs choisissent des modes de consommation plus durables. L’alimentation éco-responsable se démocratise, mais se restreint encore à certaines populations. Les municipalités s’emparent du problème.

Bien des conseils et des astuces divers et variés peuvent être donnés, si ce n’est trouvé sur les réseaux sociaux, par quiconque souhaitant concilier son alimentation avec son empreinte carbone. Et qui sait son envie d’en faire plus pour la planète. L’alimentation éco-responsable peut être la solution. À l’heure actuelle, où selon l’Agence de la Transition écologique (ADEME), l’alimentation représenterait 25 % de l’empreinte carbone des Françaises et Français,  ce nouveau mode de consommation plus durable n’a jamais été autant au cœur de la transition écologique. Se voulant accessible économiquement et rémunératrice de toute la chaîne de production – de la ferme à la fourchette du consommateur -, cette alimentation veut nourrir en qualité et en quantité pour réduire gaspillages et rejets de CO2. « C’est un vrai plaisir d’allier sa conscience écolo avec son régime alimentaire », se réjouit Corinne, une quadragénaire cadre dans la fonction publique, vivant à Paris. « L’alimentation durable reste encore à des prix élevés, admet-elle, mais je ne regrette rien. » Avant de poursuivre, sur le ton de la plaisanterie : «  La planète mérite bien un petit effort ». 

Une alimentation durable, mais pas pour tous 

À l’image de Corinne, de plus en plus de citoyens se sont lancés dans l’alimentation éco-responsable. Désireux d’un monde plus équitable, durable, vivable et viable, ces militants en herbe cherchent par leur mode de consommation à moins nuire aux sols, à l’air et à la biodiversité. Conscients de l’impact carbone potentiel de certains choix alimentaires, ils privilégient de manger « moins, mais mieux et de façon plus responsable ». Pour preuve, selon le Baromètre des produits biologiques en France – 2024 de l’Agence Bio, 54 % des Français déclarent avoir consommé des produits bio au moins une fois par mois en 2023. Mais tout cela a un coût : en fonction du niveau de revenu, la consommation de bio évolue. 23 % des Français au niveau de vie  inférieur à 1 000 € par mois consomment des produits bio de façon hebdomadaire, contre 42 % pour ceux gagnant plus de 2 500 € par mois, toujours d’après ce baromètre. Pour atténuer ces différences et faire d’une réalitée inclusive l’alimentation durable, des initiatives émergent. 

« Rendre accessible une alimentation qualitative à tous » 

Face à ces disparités dans la consommation de produits durables, il y a urgence pour un certain nombre d’observateurs, notamment dans les grandes villes (Lille, Nantes, Bordeaux, Montpellier, …) et petites communes. Elles ont mis en place un système collectif de contribution permettant de bénéficier d’une alimentation éco-responsable de qualité selon ses besoins et quels que soient ses revenus. Une initiative au stade embryonnaire et en phase d’expérimentation, à Paris, dans les 14e, 18e et 20e arrondissements. Les municipalités y voient là un moyen de « rendre accessible une alimentation qualitative à tous », pauvres ou riches, par un soutien affiché aux producteurs bio locaux, en leur assurant une juste rémunération. Son nom : la sécurité sociale de l’alimentation

À la mairie du 14e, on se réjouit de cette opération et de ses premiers résultats. Calqué sur la Sécurité sociale qui soutient dans la maladie et la vieillesse, ce projet vise « à dévellopper une action collective et redistributive où chacun peut cotiser 100 euros par semaine, ou moins, et récupérer son café, ses pâtes, sa farine ou ses fruits et légumes », explique-t-on à la mairie du 18e. Une mutualisation des finances personnelles des cotisants qui sert de base à cette « caisse commune ». Ce qui permet ensuite de répartir équitablement l’argent collecté et les lieux d’achat bio, avant de distribuer les produits achetés en gros.

Quant à elle, la mairie du 20e est partie d’un constat : face à la crise, à l’inflation, beaucoup d’habitants se détournaient d’une alimentation durable, bonne pour la santé, car trop chère. « Cette “démocratie alimentaire” vient pallier au probléme. Les ménages modestes avaient eux aussi cette envie d’alléger leur empreinte carbone et de mieux manger. L’éco-responsabilité n’est pas qu’une affaire de riches, mais c’est l’affaire de tous », y assure-t-on. 

Une initiative parmi tant d’autres qui tend à rendre tangible la transition alimentaire des Français vers une éco-responsabilté inclusive et accessible. Plus de 134 000 citoyens bénéficient déjà de ce systéme de Sécurité sociale alimentaire, partout en France.  

Rudy Ventura

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