Depuis le 1er janvier 2024, le tri des biodéchets est devenu obligatoire en France. Une mesure ambitieuse, mais encore méconnue du grand public. À Paris, la mise en place du compost pose plusieurs questions : quels sont les enjeux réels ? Quels impacts sur le quotidien des Franciliens ? Et surtout, comment les grandes surfaces et restaurants peuvent-ils être intégrés dans cette dynamique éco-responsable ?

Le compost, un enjeu écologique et économique

Chaque année, un Parisien produit en moyenne 83 kg de biodéchets. Jusqu’à présent, la majorité de ces déchets finissaient incinérés, contribuant à l’émission de gaz à effet de serre. Le compostage offre une alternative durable en transformant ces déchets en fertilisant naturel.

Mais au-delà de l’enjeu environnemental, le compost présente un intérêt économique. « En valorisant les biodéchets localement, on réduit le coût de collecte et de traitement, tout en enrichissant les sols urbains », explique Mathilde Chantepie-Pujol, chargée de mission à l’Agence Parisienne du Climat.

Quelles solutions pour les particuliers

La Mairie de Paris a multiplié les initiatives pour inciter les habitants à composter. Des composteurs collectifs ont fleuri dans les jardins partagés, et un système de collecte des biodéchets a été mis en place dans certains arrondissements. Mais l’accès au compostage reste encore inégal. « Dans mon immeuble, nous n’avons pas de composteur et peu d’informations sur comment trier nos déchets organiques », regrette Lisa, résidente de Malakoff.

En réponse à ces difficultés, des associations comme Zero Waste Paris organisent des ateliers pour sensibiliser les citoyens et accompagner les copropriétés dans la mise en place de composteurs partagés. De plus, la mairie a annoncé l’installation progressive de points de dépôt de biodéchets dans tous les arrondissements d’ici 2026.

Issy-les-Moulineaux fait partie des villes pionnières en matière de tri des biodéchets. Depuis février 2023, la ville met progressivement en place un système de collecte spécifique, sous l’impulsion de Grand paris seine ouest. Certains quartiers sont dorénavant équipés de bio-seaux et de bacs marron dédiés aux déchets alimentaires. Une initiative qui permettra de détourner des centaines de tonnes de déchets organiques de l’incinération pour les valoriser en compost ou en biogaz.

Les grandes surfaces et restaurants : un levier sous-exploité

Si les foyers parisiens sont progressivement sensibilisés, la question des professionnels reste en suspens. Les restaurants et supermarchés génèrent une quantité massive de biodéchets, souvent jetés avec les ordures ménagères.

Certaines enseignes tentent pourtant d’innover. Le groupe Monoprix expérimente depuis septembre 2023 un système de collecte des biodéchets dans plusieurs magasins parisiens. L’enseigne a mis en place des bacs dédiés au tri des biodéchets en partenariat avec des entreprises spécialisées dans leur valorisation. Ce dispositif vise à détourner plusieurs tonnes de déchets alimentaires des incinérateurs pour les transformer en compost ou en biogaz. 

Les restaurants, eux, sont responsables chaque année en France de la production de 900 000 tonnes de biodéchets. La loi Grenelle II mise en place le 12 juillet 2010 soumet les restaurateurs à des obligations de tri dès 10 tonnes de biodéchets par an. Mais peu respectent cette réglementation faute de moyens logistiques. « Les collecteurs de biodéchets sont rares et coûteux, surtout pour les petits restaurants », déplore Mathieu, propriétaire d’un troqué dans la ville de Vanves. Certains établissements se tournent vers des solutions comme Les Alchimistes, une entreprise spécialisée dans la collecte et la valorisation des déchets alimentaires en circuit court.

Une réglementation qui peine à s’imposer

Malgré les obligations légales, la mise en place du compost reste laborieuse. « Il y a un véritable besoin d’accompagnement, autant pour les habitants que pour les professionnels », souligne Mathilde Chantepie-Pujol. L’enjeu est double : assurer un maillage de composteurs suffisant et proposer des solutions de collecte accessibles.

Certaines villes comme San Francisco ont créé des initiatives notamment avec le  SFE  (San Francisco environment department) ont su transformer leurs biodéchets en ressource, en instaurant un système de collecte efficace et obligatoire. Paris suivra-t-elle cette voie ?

Face à ces défis, la Mairie de Paris prévoit d’élargir son dispositif en partenariat avec des entreprises privées et des associations écologistes. L’objectif est d’atteindre un taux de valorisation des biodéchets de 50 % d’ici 2030.

Renan De Launet

Laisser un commentaire