Alors que le secteur du bâtiment représente près de 40 % des émissions mondiales de CO₂ (Agence Internationale de l’Énergie, 2023), et plus de 44% de la consommation d’énergie en France (ADEME, 2023), l’urgence de repenser les modes de construction n’a jamais été aussi pressante. Parmi les alternatives durables, les matériaux biosourcés et le béton bas carbone s’imposent comme des solutions clés pour réduire l’empreinte carbone des bâtiments.

Les matériaux biosourcés : quand la construction passe au vert

Issus de ressources d’origine végétale ou animale, les matériaux biosourcés allient faible impact environnemental et recyclabilité. Selon l’ADEME, leur production permet de diviser par 2 à 4 les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux matériaux traditionnels. Ces matériaux vont même plus loin en captant et stockant du carbone tout au long de leur cycle de vie. Tour d’horizon sur ces principales bioressources.

Chanvre, lin, paille : des isolants biosourcés en plein essor

Parmi les isolants biosourcés, la laine de chanvre se distingue par ses propriétés exceptionnelles. Utilisée en panneaux ou en vrac, elle affiche une conductivité thermique moyenne de 0,039 W/m.K, rivalisant avec la laine de verre. Sa production est également vertueuse : le chanvre pousse en 4 à 5 mois sans pesticides et capte 1,6 tonne de CO₂ par hectare cultivé (Construire en Chanvre, 2024). 

Autre alternative prometteuse, la fibre de lin est un isolant léger et performant, particulièrement prisé dans la rénovation. Cultivé principalement en France, où 80 % du lin européen est produit, notamment dans les Hauts-de-France (Confédération Européenne du Lin et du Chanvre, 2024), il réduit l’empreinte carbone tout en valorisant une filière agricole locale. La paille, quant à elle, séduit par son faible coût et son impact écologique réduit. Avec un pouvoir isolant de 0,045 W/m.K, elle est déjà utilisée dans plus de 5 000 bâtiments en France (Réseau Français de la Construction Paille, 2023).

A gauche, champ de lin; à droite isolant en fibres de chanvre

L’essor de ces matériaux biosourcés s’inscrit dans une démarche plus large d’écoconception et d’économie circulaire. En limitant l’extraction de ressources fossiles et en réduisant les déchets de chantier, ces solutions ouvrent la voie à des constructions plus respectueuses de l’environnement mais ces solutions ne sont pas les seules sur lesquelles il est possible d’agir. 

Le béton bas carbone, une solution pour réduire l’empreinte des nouveaux bâtiments

Si les matériaux biosourcés sont une réponse efficace à l’impact environnemental de l’isolation et du second œuvre, le béton bas carbone apporte une alternative durable aux structures porteuses, historiquement très polluantes.

À l’échelle mondiale, la production de béton est responsable de 5 % des émissions de gaz à effet de serre, dont 85 % proviennent du ciment qu’il contient (ExegySolutions, 2025). Pour réduire cet impact, plusieurs entreprises développent un béton à plus faible empreinte carbone, appelé béton bas carbone, en remplaçant le ciment traditionnel par des matériaux alternatifs et durables, réduisant ainsi jusqu’à 70 % les émissions de CO₂ (ExegySolutions, 2025).

Béton bas carbone

Le principal enjeu du ciment réside dans sa « clinkérisation », un procédé de cuisson à très haute température (jusqu’à 1 450 °C) nécessitant l’exploitation de matériaux issus de carrières à travers le monde (Ciment Hofmann, 2024). Cette chauffe n’est responsable que d’un tiers des émissions carbone du « clinker » , les deux tiers restants provenant d’un dégagement de CO2 lors de la réaction entre le calcaire et l’argile. La substitution d’une grande partie du « clinker » par des coproduits industriels moins carbonés (tels que l’argile métakaolin, les fillers calcaires ou les laitiers de hauts-fourneaux) dans la formule des bétons appelés bas carbone permet de réduire leur empreinte. 

Marc, spécialiste du béton bas carbone, témoigne : « Les bétons bas carbone ne sont pas nouveaux. L’innovation réside dans l’évolution des normes et la comptabilisation des émission carbone des bétons que nous produisons. »

Vers une approche globale de l’écoconception


L’intégration des matériaux biosourcés et du béton bas carbone dans le secteur du bâtiment marque une transition vers une construction plus durable et résiliente. Toutefois, pour accélérer leur adoption, il est nécessaire d’adapter les filières, de soutenir la recherche et de sensibiliser davantage les acteurs du secteur.

Une des applications les plus concrètes de cette transition est le développement des écoquartiers, qui intègrent ces solutions dès la phase de conception : exemple de l’écoquartier Les Grésilles à Dijon ou la tour Hypérion à Bordeaux.

Éco-quartier à Dijon.

En favorisant l’usage de matériaux écologiques et mieux sourcés et en développant des infrastructures bas carbone, ces nouveaux modèles urbains incarnent la construction de demain : plus durable, plus locale et tournée vers le bien-être des habitants.

Une révolution verte qui ne fait que commencer.

Louve Marchini

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