Le secteur du cinéma et de l’audiovisuel n’échappe pas à la transition écologique. Face aux enjeux climatiques et aux obligations réglementaires croissantes, l’écoproduction s’impose comme une solution pour réduire l’empreinte carbone des tournages. Mais en quoi consiste réellement cette démarche, et quels en sont les impacts sur l’industrie du 7ème art ?

Une industrie polluante en mutation
L’écoproduction regroupe les pratiques visant à réduire l’impact environnemental du cinéma et de l’audiovisuel, de la pré-production à la diffusion, tout en préservant la qualité des œuvres. Apparue dans les années 2000 avec la prise de conscience de l’impact environnemental du cinéma, elle s’est développée en France dès 2009 avec Ecoprod. Elle s’est renforcée avec des outils, des guides et des réglementations, comme celles du Centre national du cinéma (CNC) en 2024.
Chaque année, l’industrie audiovisuelle génère environ 1,7 million de tonnes équivalent CO2, d’après une étude menée par Ecoprod en 2020. Transport des équipes, éclairage gourmand en énergie, décors éphémères… Les tournages consomment énormément de ressources et d’énergie. Face à ce constat, la France a pris des mesures pour encadrer les productions.Depuis le 1er janvier 2024, l’article L. 143-3 du Code du cinéma et de l’image animée prévoit que toute production audiovisuelle recevant un soutien financier public doit adopter des mesures visant à limiter son impact environnemental. Cette obligation inclut la mise en œuvre de bonnes pratiques en matière d’éco-responsabilité, comme l’optimisation de la consommation énergétique et la gestion durable des ressources utilisées lors des tournages. Chaque production sollicitant une aide du CNC doit fournir un bilan carbone prévisionnel avant le tournage, suivi d’un bilan carbone définitif à la fin du projet. Cette écoconditionnalité concerne d’abord les films et séries en prises de vues réelles avant d’être étendue aux œuvres animées et aux jeux vidéo en 2025.

L’écoproduction, une démarche globale
L’écoproduction ne se limite pas à un simple bilan carbone. Elle implique une approche systémique qui touche plusieurs aspects de la production :
- Les transports : privilégiant les tournages en proximité et encourageant l’usage des transports en commun ou des véhicules électriques pour les équipes.
- Gestion de l’énergie : faisant utiliser des projecteurs LED et des caméras plus économes.
- La gestion des déchets : encourageant le recyclage et la réutilisation des décors et supprimant les bouteilles en plastique sur les plateaux.
- L’alimentation : intégrant des repas locaux, bio et végétariens sur les tournages.
- Les décors et costumes : favorisant l’utilisation de matériaux recyclés pour les décors et des costumes.
- La post-production : amenant à recourir au cloud computing écologique.
Des plateformes comme Green Film Shooting et le Green Production Guide recensent les meilleures pratiques et offrent des ressources aux professionnels du secteur. Ces ressources incluent des guides détaillés sur l’optimisation énergétique des tournages, des bases de données de fournisseurs éco-responsables et des calculatrices d’empreinte carbone pour les productions.

Un enjeu économique
Contrairement aux idées reçues, l’écoproduction ne constitue pas nécessairement une charge financière supplémentaire. Selon l’Ademe, pour Alissa Aubenque, directrice des opérations d’Ecoprod, l’enjeu principal est d’intégrer l’éco-responsabilité dès la conception des projets. Elle souligne que « l’impact environnemental n’est pas une fatalité » et qu’il existe de nombreuses solutions pour limiter les émissions tout en optimisant les coûts.
En rationalisant les dépenses énergétiques et en limitant le gaspillage, les productions peuvent même réaliser des économies substantielles. L’intégration de pratiques plus durables peut ainsi améliorer la compétitivité des productions sans impacter leur qualité artistique ou budgétaire.

Les défis de la mise en place de l’écoproduction
Malgré les progrès, l’écoproduction doit encore surmonter plusieurs défis. La formation des équipes est essentielle : techniciens, réalisateurs et producteurs doivent être sensibilisés aux pratiques écologiques. Intégrer ces notions dans les cursus et organiser des formations sur les tournages sont des étapes clés.
L’adaptation des infrastructures est un autre enjeu majeur. De nombreux studios doivent encore investir dans des équipements énergétiques durables. Enfin, un cadre réglementaire clair et un label écoresponsable faciliteraient l’intégration de l’écoproduction, assurant une approche cohérente et durable pour toute l’industrie.
Pour conclure, l’écoproduction devient peu à peu une évidence dans le monde du cinéma. Si des défis restent à relever, l’évolution des réglementations et l’engagement croissant des professionnels accélèrent cette transition. En adoptant des technologies plus vertes et en modernisant les infrastructures, le cinéma peut réduire son impact écologique pour allier création artistique et engagement environnemental.

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