Depuis novembre 2024, les agriculteurs français sont fermement opposés au projet de libre-échange et de Mercosur et multiplient les grèves à travers le pays. Entre inquiétude, importation et colère, décryptage d’une situation de crise qui paralyse le pays et le modèle économique agricole.

Laurent Madelenat pendant l’épandage dans son champ.

Ils craignent le chômage et la ruine. Le projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). Leur crainte ? Une augmentation des produits sud-américains comme la viande, ce qui pourrait nuire à la production locale en raison des normes sanitaires et environnementales moins strictes dans ces pays. Le libre-échange permet d’importer de la marchandise de qualité moyenne à coûts bas. Les injonctions ne cessent de pleuvoir contre les agriculteurs français : pour pouvoir bénéficier des indemnités de l’Europe, ils doivent suivre les charges qu’on leur impose. D’un pays européen à un autre, les conditions changent.

Mercosur contre les syndicats

À la suite de récoltes médiocres et d’une crise sanitaire persistante, les différents syndicats comme la FNAF-CGT (Fédération Française de l’Agro-Alimentaire et Forestière), la Confédération Paysanne et la FNSEA. Leur soutien dans les mobilisations des agriculteurs français, inquiets des conséquences de l’accord sur leur secteur. Ces derniers craignent une concurrence déloyale due à l’importation de produits agricoles ne respectant pas les normes européennes, mettant en péril la souveraineté alimentaire et la viabilité des exploitations locales. Par ces actions, la CGT réaffirme son engagement en faveur d’un commerce équitable, respectueux des normes sociales et environnementales, et appelle à une réévaluation des politiques de libre-échange actuelles. En 2023, les pays du Mercosur ont exporté environ 195 000 tonnes de viande bovine vers l’UE-27, dont 45 % en provenance du Brésil, 32 % d’Argentine et 21 % d’Uruguay. Ces chiffres alimentent ainsi les craintes des agriculteurs français concernant une concurrence accrue et une possible déstabilisation nationale de la viande.

« Chaque pays a sa spécialité de produits, mais il ne faut pas négliger ses producteurs »

Laurent Madelenat, céréalier à Saint-Benoît-d’Azy (Nièvre), s’estime “heureux” car il n’est pas impacté par le libre-échange. Autrefois appelée “le grenier de l’Europe », la France n’a rien perdu de sa superbe pour la qualité de ses céréales. En revanche, le problème se dresse contre les éleveurs. En France, ces derniers ne peuvent produire autant que les pays plus grands, néanmoins, elle possède un potentiel pour produire des produits de qualité en petite quantité. “Aujourd’hui, l’agriculture est là pour entretenir la campagne plutôt que pour produire, comme il nous l’a demandé après la guerre.” Même si pour beaucoup, les syndicats peuvent les aider, dans la réalité des faits, il n’en est rien. “Chaque syndicat à ses revendications, mais la plupart du temps, ils se tirent dans les pattes, plutôt que de défendre notre métier et notre pays. On ne peut pas compter sur eux.” En effet, de nombreux agriculteurs ne voient pas d’un bon œil le fait que de nombreux syndicats politisent ce sujet, c’est pourquoi de moins en moins cotisent pour un syndicat. Même si, indirectement, ils cotisent. Ainsi, un pourcentage est prélevé sur leurs achats de matières premières et sur leurs ventes. Un des moyens les plus valorisant et les plus sûrs pour la vente des produits locaux et français reste le circuit court.

Le circuit court : la bouée de secours des producteurs

Le circuit court, selon le ministère de l’Agriculture, désigne la vente directe d’un producteur aux consommateurs ou avec un seul intermédiaire. Cela peut se faire à la ferme, sur les marchés, en ligne, dans des magasins de producteurs ou via des petits commerçants. Ce mode de vente favorise une relation de confiance et de transparence entre le vendeur et l’acheteur, car il repose sur une zone géographique limitée. Son succès s’explique par l’envie grandissante des consommateurs de privilégier des produits locaux, authentiques et de saison, tout en connaissant leur origine. En plus de valoriser les producteurs locaux, le circuit court s’inscrit dans une démarche de développement durable. Aline Dornier a décidé de fonder son entreprise, Chouette éthique, en 2019 à Bians-les-Usiers (Doubs) pour promouvoir un mode de vie écoresponsable. Pour cette ancienne marketeuse, ces questions de proximité avec nos agriculteurs et les produits locaux sont essentielles dans la société d’aujourd’hui. “Je ne pouvais pas être seulement spectatrice de leurs défis quotidiens sans rien faire, je voulais les considérer”, explique-t-elle avec une lumière dans les yeux. Son service de drive local simplifie l’accès aux produits des producteurs, contribue à réduire le gaspillage alimentaire et place la dimension éco responsable au centre de son projet. Le principe est simple : il suffit d’envoyer sa liste de courses en début de semaine et Aline s’occupe du reste. « Je passe une commande précise auprès des producteurs et eux réduisent drastiquement les emballages. Pour mes livraisons, je partage les mêmes trajets pour réduire mon empreinte carbone, ce qui limite la pollution environnementale et entraîne beaucoup moins de gâchis alimentaire.

La tension entre le libre-échange du Mercosur et le circuit court reflète un défi majeur pour l’agriculture française. Entre concurrence étrangère et quête de durabilité, l’équilibre reste fragile. L’enjeu ? Trouver une voie qui protège les producteurs tout en répondant aux attentes du marché et des consommateurs.

Jade Vieira

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