Quand Antoine Béchon et son associé Benoit Magne ont lancé Millenium en 2020, ils y
croyaient dur comme fer. À 23 et 24 ans, ils avaient un rêve : transformer les déchets
plastiques en briques de construction réutilisables, solides et, surtout, respectueuses de l’environnement. Ils appelaient ça les Polycubes, un projet qui sonnait presque comme une révolution. Trois ans plus tard, pourtant, l’entreprise n’est plus. Que s’est-il passé ? Pourquoi cette idée, pourtant pleine de promesses, n’a-t-elle pas survécu ?

Les Polycubes : une brique qui voulait changer les règles
Dès le début, les Polycubes avaient de quoi séduire. Fabriquées à partir de plastiques recyclés, elles étaient légères, résistantes et conçues pour s’assembler sans mortier. « L’idée, c’était de simplifier le montage, un peu comme des Lego géants », explique Antoine
Béchon. Leur poids réduit et leur facilité d’utilisation devaient révolutionner le secteur
de la construction. Côté production, l’entreprise avait tout misé sur un circuit de recyclage local. Le plastique était collecté auprès de partenaires, trié avec soin, broyé en copeaux, puis fondu avant d’être moulé en briques. Le tout avec un impact carbone minimal. « On voulait prouver qu’on pouvait faire autrement, qu’on pouvait bâtir avec des matériaux éco-responsables sans sacrifier la qualité », raconte Antoine. Mais si l’idée était belle sur le papier, le terrain de jeu s’est vite révélé hostile.

Un secteur de la construction difficile à convaincre
Malgré l’attrait éco-responsable des Polycubes, Antoine Béchon a rapidement constaté la
réticence du secteur de la construction à adopter de nouveaux matériaux. Les professionnels du bâtiment, habitués aux méthodes traditionnelles, se montraient sceptiques quant à l’utilisation de briques en plastique recyclé. « Convaincre les entrepreneurs de tester nos Polycubes s’est avéré être un défi de taille. Beaucoup préféraient s’en tenir aux matériaux qu’ils connaissaient bien », confie-t-il. Cette résistance au changement est courante dans le secteur. Selon une étude du Cereq, la transition écologique dans les métiers de la construction est freinée par des habitudes bien
ancrées et une méfiance envers les innovations. En plus de ça, les ouvriers devaient être formés à l’utilisation des Polycubes. « Et ça, c’était un vrai frein », confie Antoine. « La majorité des entreprises n’étaient pas prêtes à investir du temps et de l’argent pour apprendre à poser un nouveau type de brique.
Un combat administratif et financier éreintant
Derrière les obstacles commerciaux se cachaient aussi des difficultés financières
monstrueuses. Pour fonctionner, Millenium comptait sur des aides publiques et des
subventions destinées aux initiatives éco-responsables. Mais obtenir ces financements
relevait du parcours du combattant. « Entre les dossiers à remplir, les délais interminables et les critères absurdes, on avait l’impression de passer plus de temps à justifier notre projet qu’à le développer », se souvient Antoine. Malgré quelques aides locales, l’entreprise peinait à tenir le coup. Et les banques n’étaient pas plus enclines à soutenir une entreprise jugée trop risquée. « On a tout essayé. On a même tenté de chercher des investisseurs privés, mais la plupart nous ont demandé une rentabilité quasi immédiate… Ce qui, avec notre modèle, était impossible. »
Une fermeture inévitable, malgré des tentatives de sauvetage
Pendant des mois, Millenium a essayé de trouver des solutions pour éviter le naufrage.
L’équipe a exploré d’autres pistes, comme la vente de mobilier urbain en plastique recyclé
ou la création de panneaux d’isolation écologique. « On s’est dit que si les Polycubes ne
prenaient pas, on pouvait peut-être se diversifier, histoire de tenir encore quelques années
», raconte Antoine. Mais le temps a joué contre eux. Les coûts de production augmentaient, les ventes restaient faibles, et le marché n’était pas prêt à basculer vers des alternatives comme la leur. Au bout de trois ans, la décision est tombée : il fallait arrêter.
« Franchement, ça a été un coup dur. Fermer Millenium, c’était un peu abandonner un
combat qu’on menait depuis des années. Mais à un moment donné, quand tu te bats contre trop de barrières en même temps, tu réalises que ce n’est plus possible. »
Un constat amer pour les start-ups éco-responsables
L’histoire de Millenium n’est malheureusement pas un cas isolé. En France, de nombreuses jeunes entreprises éco-responsables peinent à survivre, étouffées par un manque de financements, une lourdeur administrative et un marché encore trop frileux face aux innovations vertes. « On parle beaucoup de transition écologique, mais sur le terrain, les choses avancent trop lentement », regrette Antoine. « Si on veut que des solutions comme les Polycubes aient une vraie chance, il va falloir qu’on facilite la tâche aux entrepreneurs qui veulent faire bouger les choses. » Aujourd’hui, Antoine Béchon a tourné la page de Millenium. Mais il n’a pas renoncé à son engagement pour l’environnement. « Cette expérience m’a appris énormément, et je sais que ce n’était qu’une étape. L’innovation durable finira par s’imposer, j’en suis convaincu. Mais il faudra du temps. »

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