Paris s’est toujours positionné à l’avant-poste de ceux qui font et défont la mode. Si la créativité reste au cœur du secteur, l’urgence écologique impose une transformation profonde de cette industrie. Désormais, les grandes maisons, les institutions politiques et les consommateurs doivent travailler ensemble pour construire un modèle de durabilité.

Défilé Haute Couture Valentino Automne/Hiver 2023 / Crédit Photo : Charline Point

« Paris dicte la mode au monde entier. » Ces mots ne sont pas ceux de Gabrielle Chanel, Karl Lagerfeld ou Jean Paul Gaultier, mais de la cantatrice Maria Callas, qui adoubait ainsi la capitale française. Icône de mode et incarnation du glamour, elle ne faisait que confirmer la réputation de Paris : celle de capitale de la mode.

Des décennies après Callas, tous les regards sont encore tournés vers l’Hexagone, synonyme de bon goût et de créativité. Les géants du luxe tels que Dior, Saint Laurent ou encore Louis Vuitton ont activement contribué au rayonnement international du prêt-à-porter et de la haute couture à la française. Désormais, ils partagent les podiums avec des créateurs jeunes et disruptifs, à l’instar de Ludovic de Saint-Sernin, du duo Egonlab et de la créatrice Jeanne Friot, révélée par la tenue de cavalière masquée qu’elle avait imaginée pour la cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris 2024.

Si la créativité est au cœur de leur métier, il n’est plus possible d’ignorer les devoirs éthiques qui incombent à l’industrie de la mode. Le secteur du textile est responsable de 2 à 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, selon l’ADEME. Un rapport publié par Quantis en 2018 évalue ces émissions à 3,3 milliards de tonnes de CO2 par an. Production de matières premières, traitements, distribution… Tous ces facteurs sont pris en compte pour estimer l’ampleur des dégâts. Pourtant, les nombreux rapports consacrés au sujet peinent à intégrer l’impact des actions positives : seconde main, réutilisation des chutes de tissu, teintures naturelles, matières à faible impact… Autant de bonnes pratiques qu’il est essentiel de mettre en lumière pour montrer qu’une évolution est possible.

Fondation Alaïa / Crédit Photo : Charline Point

Un engagement collectif pour une mode responsable

Difficile de mener une révolution textile en jouant la carte de l’individualité. De nombreuses maisons sont aujourd’hui sous l’égide de grands groupes comme LVMH et Kering et s’alignent sur une charte éthique et responsable commune. Au-delà des acteurs du secteur, les institutions se mobilisent aussi pour accélérer le changement.

Paris elle-même s’est donné pour mission d’encourager cette transformation. Parmi ses initiatives phares, Paris Good Fashion s’impose comme un levier essentiel. Cette association, née en janvier 2019 à l’initiative de la Ville de Paris, a un objectif clair : mobiliser les acteurs de la mode autour d’un même mouvement pour accélérer la transition. Avec plus de cent membres, l’organisme réunit des grands groupes (LVMH, Chanel, Kiabi…), des start-ups de la tech, des jeunes marques comme Balzac et même des écoles à l’instar de l’IFM.

Selon Isabelle Lefort, cofondatrice de Paris Good Fashion, cette pluralité est essentielle : « Nous souhaitons que Paris soit exemplaire, et pour cela, il nous faut mesurer, comparer, montrer des preuves. Réunir un large panel au sein de ce mouvement nous permet d’avoir un impact plus important. » Parmi ces preuves, le développement de la méthodologie ACT Evaluation Mode, en partenariat avec l’ADEME et le DEFI Mode, permet une collecte de données tangibles. « Cet outil nous aide à évaluer la crédibilité des stratégies de décarbonation et à définir une trajectoire sectorielle. Chaque segment — luxe, premium, mass et ultra fast fashion — est ainsi analysé avec précision », explique-t-elle.

Un consommateur en prise avec ses contradictions

Rien ne pourrait bouger sans une réévaluation des stratégies par ceux qui font la mode aujourd’hui. Mais pour qu’une évolution réelle se produise, les consommateurs doivent aussi se sentir concernés. De plus en plus soucieux de l’origine de leurs vêtements, ils se tournent vers des alternatives plus respectueuses de l’environnement : vêtements de seconde main, marques éthiques, matériaux recyclés… Selon une étude menée par OpinionWay en janvier 2024, un Français sur deux déclare avoir déjà acheté un vêtement d’occasion.

BIS Boutique Solidaire / Crédit Photo : Charline Point

Pour encourager ces nouvelles habitudes d’achat, Paris Good Fashion a lancé un outil inédit : une carte de la mode responsable à Paris et en Île-de-France. Disponible sur l’application Mapstr, elle répertorie 423 lieux, des concept stores aux ateliers de réparation. Mise à jour régulièrement depuis son lancement en 2021, cette carte interactive vise à faciliter l’accès aux alternatives éco-responsables.

Carte de la mode responsable / Crédit : Paris Good Fashion

Pour la co-fondatrice de Paris Good fashion, cette action n’est qu’un premier coup de pouce à une prise de conscience générale. « Le consommateur est aujourd’hui majoritairement motivé par des questions de pouvoir d’achat. Toutes les tentatives pour convaincre le plus grand nombre de passer à une mode durable n’ont pas encore eu d’effet de masse », admet-elle. Alors que les micro-tendances alimentent les réseaux sociaux et encouragent un renouvellement effréné des garde-robes, nombreux sont ceux à céder à l’appel de l’ultra fast fashion. En 2024, la plateforme chinoise Shein a renforcé son succès en France, au point de détrôner Vinted comme enseigne de mode où les Français ont le plus dépensé, selon une enquête de l’application Joko.

Loin d’être utopiste, Isabelle Lefort sait que le chemin sera long. « Il faut du temps, de la persévérance, mais aussi beaucoup d’éducation. » À force d’efforts, Paris parviendra peut-être à dicter un nouveau modèle éco-responsable dans lequel chacun pourra se retrouver.

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