Les CE2 et CM2 de l’école élémentaire Anne Franck (Les Molières) en train de protéger l’arbre qu’ils viennent de planter. Crédits : Charlotte Mergner

Dans un monde agricole connoté et martyrisé, l’association Des Enfants et Des Arbres fait collaborer écoliers et agriculteurs pour reboiser nos campagnes françaises, épuisées et bouleversées depuis les années 50.

Si la vérité sort de la bouche des enfants, que doit-on penser des actions qu’ils mènent, quand il s’agit de revitaliser les sols en plantant des arbres chez nos agriculteurs français ? Une chose est sûre, ce pouvoir revitalisant, l’association Des Enfants et Des Arbres (DEEDA) en connaît les nombreux bienfaits… Fondée en 2020 par Marie-France Barrier, DEEDA a pour but de faire coopérer enfants et agriculteurs en plantant des arbres sur les sols agricoles. La raison ? Faire à la fois bourgeonner les mentalités, et dans un même temps, les paysages de nos campagnes ! La bonne humeur et l’énergie des enfants apportent une dimension des plus touchantes à la plantation, où le partage est le maître-mot. 

Des arbres, pas comme les autres…

L’arrivée du printemps sonne le glas des saisons de plantation organisées par DEEDA. En effet, si l’on se concentre sur l’hiver 2024/2025 (la cinquième saison de l’association), 42 000 arbres doivent être plantés et plus de 6000 enfants auront contribué à ce bel enracinement. Les 167 projets de plantation se seront alors tenus dans 54 départements en France, chez 170 agriculteurs et agricultrices. La plantation est le point culminant d’un projet, mais il y a tout un suivi et un accompagnement orchestré en amont et en aval du jour J. Pour la grosse majorité, les projets sont initiés par les agriculteurs qui répondent alors à l’appel à projet DEEDA, lancé au printemps. S’ensuit la recherche d’une école partenaire et d’une structure technique en agro-foresterie par l’agriculteur candidat afin de pouvoir concrètement débuter le projet. « Le mode d’entrée par les enfants rend le tout bien plus cohérent à mes yeux. » confie Marie-France Barrier. Elle poursuit : « C’est également une façon pour eux (les agriculteurs) de rendre visible leur activité et de créer un lien avec la jeune génération de leur campagne… Il y a encore beaucoup trop d’idées reçues sur le monde agricole, la plantation d’arbres permet aux enfants de se sentir utiles mais aussi d’exprimer de la gratitude aux paysans. » Il s’agit, au-delà d’une mission aux dimensions écologiques, d’une mission citoyenne d’ordre social. Planter des arbres dans les champs, c’était monnaie courante avant un des plus grands bouleversements agricoles de notre pays…

Le remembrement, une bête féroce

Depuis cet hiver, une bande dessinée a mis en lumière un mouvement alors méconnu de la sphère publique, il s’agit de Champs de bataille d’Inès Léraud et Pierre Van Hove. Au sortir de la seconde guerre mondiale, le Gouvernement du Maréchal Pétain décide – sous l’influence allemande – de maximiser les cultures et de revoir tout le morcelage des parcelles des campagnes : il faut qu’elles soient plus grandes. Tous les arbres qui servent alors de délimitation, sont arrachés. L’avènement du tracteur et des machines agricoles n’améliore en rien la situation, puisque ces derniers sont bien plus encombrants que les chevaux ou les bœufs. Le Gouvernement incite, voire contraint, les agriculteurs à opter pour des technologies modernes, dans un souci de rendement. Les arbres disparaissent des paysages campagnards laissant place aux vastes étendues dégagées, qu’on connaît à la France d’aujourd’hui encore. Ce bouleversement agricole a été nommé le remembrement et a débuté en 1946. Inès Léraud dans son ouvrage, met en exergue le traumatisme des paysans mais aussi de la terre, des sols et plus largement de la biodiversité depuis cette opération à ampleur nationale. Aujourd’hui, il n’est pas trop risqué d’avancer que c’est la pauvre qualité des sols qui plonge le monde agricole dans la crise…

Légende : 450 arbres ont été plantés le 3 février sur la parcelle d’Abel Pithois. Crédit Charlotte Mergner

Une initiative au service du vivant

Planter des arbres sur les terres agricoles, c’est ce qu’on appelle l’agroforesterie. Le ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire précise : « Cette pratique ancestrale permet une meilleure utilisation des ressources, une plus grande diversité biologique et la création d’un micro-climat favorable à l’augmentation des rendements. » Cette association d’organisme permet en effet de réduire l’érosion des sols et donc, d’améliorer la qualité de la vie de façon générale. Ce principe, Abel Pithois, agriculteur bio dans l’Essonne l’a totalement assimilé puisqu’il plante des rangées d’arbres depuis plus de 4 ans maintenant. Il confie après la journée de plantation organisée par DEEDA le 3 février : « Replanter ça fait du bien à pleins de niveaux. On a passé une journée avec des enfants qui s’éclatent du début à la fin, c’est merveilleux de les voir oeuvrer ensembles et c’est pareil pour les adultes. On a tous cette appétence à planter et en fait, ça fait simplement plaisir. Maintenant on voit à nouveaux du gibier, des faisans, des mulots, des échassiers… Quand j’ai connu cette ferme dans les années 90/2000, il n’y avait rien de tout ça ». Cette initiative est pour l’heure, porteuse de belles promesses…

Charlotte Mergner

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