Quel avenir pour les poubelles publiques ? Paris, Auxerre, Londres, Bruxelles, Tokyo… Dans de nombreuses villes du monde, elles sont en voie de disparition, considérées comme un modèle de salubrité dépassé.

En soixante-quinze ans, les déchets produits par les Parisiens sont passés de 239 kg par personne en 1940 à 485 kg en 2015. Selon la Banque mondiale, si rien n’est fait, le volume de déchets produits dans le monde pourrait grimper de 70 %, à 3,4 milliards de tonnes par an, d’ici à 2050.
Malgré cela, les poubelles disparaissent peu à peu de Paris. De nombreux internautes ont observé une disparition des poubelles publiques dans plusieurs arrondissements de Paris, notamment dans des rues très fréquentées.

« Quand je veux jeter un mouchoir, je dois de plus en plus le garder dans la poche jusqu’à trouver une poubelle », se lamente François, habitant du 15ᵉ arrondissement. « On nous dit de ne pas jeter par terre, mais où sont les poubelles ? » s’interroge Jules, lycéen. Contactée par téléphone, la mairie de Paris n’a pas répondu à nos questions.
Vers des villes zéro déchet ?
Depuis 2020, la mairie de Paris se fixe un « objectif zéro déchet », mettant en place des composts, des collectes de vieux vêtements, ou des tutoriels pour réduire ses déchets au quotidien.
« Le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne produit pas ! » est une devise souvent utilisée par les activistes « zéro-déchets » de l’association Zero Waste, très active à Paris. Ces activistes pensent que le recyclage est insuffisant. Dans certaines collectivités, les poubelles poubelles publiques finissent toutes dans la décharge publique, sans tri sélectif. C’est le cas à Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée), où la mairie a décidé de supprimer toutes les poubelles publiques afin d’encourager les gens à vivre sans produire de déchets, plutôt que de chercher des politiques de gestion des déchets qui seront toujours imparfaites. « En enlevant les poubelles dans la rue, on responsabilise encore un peu plus le citoyen sur sa propre production de déchets. Aujourd’hui, il doit ramener chez lui tout ce qui doit être jeté et faire le tri à la maison », expliquait le maire aux journalistes du Parisien.
À Bruxelles, même constat. « On s’est surtout rendu compte que certaines poubelles étaient soit des aimants à dépôts clandestins, soit n’étaient pas du tout utilisées dans leur fonction primaire », explique François Descamps, porte-parole de l’échevine de la propreté à la Ville de Bruxelles, au micro de la RTBF. Ainsi, en 2024, c’est plus de 500 poubelles qui ont été supprimées dans la capitale belge. Cela a suscité une vive polémique, entre ceux qui y voient l’occasion de réduire ses déchets, et ceux qui craignent que cela pousse les habitants à jeter leurs déchets par terre.
Pour éviter les polémiques, cette politique est parfois moins assumée par les pouvoirs publics. Dans le centre-ville d’Auxerre (Yonne), les poubelles publiques ont été retirées « temporairement » pour le passage de la flamme olympique… mais ne sont jamais revenues.
De Tokyo à Londres
Tokyo est une des 10 villes les plus propres du monde. Elle ne dispose pas de poubelles dans son espace public. Cela vient d’habitudes culturelles issues du shintoïsme, plus ancienne religion du Japon, qui considère que les divinités sont omniprésentes dans l’espace public, et qu’il ne faut donc pas polluer avec des déchets ou des poubelles. Ce modèle, lié à des habitudes culturelles, est-il réplicable partout ?
Depuis les attentats à la bombe de février 1991 dans le métro londonien par les indépendantistes irlandais, Londres a supprimé toutes ses poubelles du métro, et de nombreuses poubelles dans les rues. Dans les rues de la City, on ne compte que 46 poubelles, alors que le quartier est fréquenté par 300 000 travailleurs chaque jour. Ce retrait des poubelles, qui s’est d’abord fait pour des raisons sécuritaires, a fini par satisfaire les autorités londoniennes. Un rapport de la City of London montre que la présence de poubelles dans les rues encourage le dépôt illégal de déchets en rue et la présence d’animaux nuisibles.

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