Trier ses déchets est essentiel pour réduire la pollution de l’air, de l’eau et du sol. Mais recycle-t-on efficacement ? Et surtout, les français connaissent-ils réellement les bonnes pratiques ?

Les éboueurs jettent les déchets ménagers dans le camion poubelle. (Crédit photo : Marie de Paris)
Le tri des déchets est devenu une préoccupation majeure pour les français. Selon le ministère de la transition écologique, 309 millions de tonnes (Mt) de déchets sont produits en France contre 355 tonnes en 2010 soit une moyenne de 4,6 tonnes de déchets par habitant. Afin de limiter cette production, le gouvernement a renforcé les obligations de tri avec la loi anti gaspillage de 2020 conforme au droit européen. Depuis le 1er janvier 2024, qui stipule l’obligation de trier les biodéchets (déchets alimentaires, déchets de jardins) pour les particuliers et les professionnels, l’article L. 541-21-1 du code de l’environnement, impose aux particuliers et aux professionnels de trier leurs biodéchets (déchets alimentaires et de jardins). Les collectivités doivent proposer des solutions adaptées pour trier leurs déchets. La mairie du 17ème arrondissement de Paris a mis en place à cet effet une distribution de lombricomposteurs gratuite pour ses habitants et ont installé des composteurs collectifs de quartiers en bas d’immeubles.
Pourtant, malgré cette réglementation, le tri reste un véritable casse-tête pour de nombreux français notamment ceux qui vivent dans un appartement. Léa Blanchard, Chargée de marketing, habite à Montreuil mais sa mairie ne dispose pas de bacs à compostage à disposition. Même si elle trie ses déchets dans les poubelles classiques, pour elle, utiliser un bac à compost est compliqué pour elle : “Je vis dans un studio de 18 m2 sans jardin. Je trie déjà mes déchets dans les poubelles vertes pour les ordures ménagères et dans les poubelles jaunes pour les emballages et le papier sans oublier le verre. C’est déjà suffisant pour moi, même si j’aimerais pouvoir adopter d’autres gestes écologiques pour la planète.”
Originaire de Nantes, où ses parents disposent d’un composteur dans leur maison, elle regrette le manque d’infrastructures à Montreuil : “Ma mairie ne dispose pas de bacs à compost à disposition. Pourtant, selon la réglementation, les collectivités territoriales doivent installer des composteurs collectifs ou fournir des composteurs individuels à ceux qui en font la demande”. Au-delà des infrastructures, Léa pointe également un manque de sensibilisation : “Beaucoup de gens ignorent l’existence des bacs à compost. J’ai des amies qui trient leurs déchets mais qui ne savaient pas qu’on pouvait aussi composter les biodéchets. C’est une habitude récente en France et il faudra davantage d’informations pour accompagner ce changement”.
Un gouvernement écologique freiné par les associations
Si les efforts pour améliorer la gestion des déchets se multiplient, certaines mesures proposées par le gouvernement restent contestées. En avril 2023, plusieurs associations d’élus locaux, dont l’Association des maires de France, ont réaffirmé leur opposition à la mise en place d’une consigne sur les bouteilles en plastique. Ils estiment que cette mesure, présentée comme écologique, est en réalité une « arnaque intellectuelle » et un « greenwashing » qui pourrait déstabiliser le service public de collecte et de tri des déchets sans améliorer significativement la collecte du plastique. Les élus soulignent que les bouteilles en plastique représentent moins de 1% des déchets ménagers et bénéficient déjà d’un taux de recyclage de 70%, supérieur à celui des autres déchets plastiques. Ils préconisent plutôt de concentrer les efforts sur les emballages plastiques moins bien recyclés et de promouvoir des alternatives telles que la consommation d’eau du robinet, l’augmentation de la fréquence des collectes ou la mise en place d’une collecte sélective de tous les emballages consommés hors domicile. Concernant le verre, les bouteilles sont recyclées, cependant Léa aimerait que le France s’inspire de son voisin belge avec son système de consigne du verre. “Garder des bouteilles vides et les ramener en magasin, ce n’est pas très encombrant, surtout si on a une voiture. Recevoir un bon d’achat pour la cause écologique, je trouve ça encourageant. ça nous donne envie de continuer sur cette lancée”.
Si le tri sélectif est aujourd’hui bien ancré dans les habitudes des Français, le compostage reste encore méconnu et parfois difficile à mettre en place. Quant aux autres solutions de réduction des déchets, elles doivent encore faire leurs preuves et convaincre élus comme citoyens. Face à ces défis, l’équilibre entre écologie et faisabilité pratique reste à trouver.
Manon Sun

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