Festivals, concerts, événements sportifs… L’année 2024 a été faste, mais à quel prix pour la planète ? Face à un impact écologique alarmant, l’événementiel doit revoir sa copie.

Les salles de concerts et sportives françaises ont dû se mettre à la page sur volet RSE Crédits photo : Romane Le Royer

L’année 2024 aura été particulièrement prolifique pour les événements de grande ampleur. Jeux olympiques et paralympiques, NBA, concerts en tous genres, 877 festivals de musique et d’humour : des millions de personnes se sont rassemblées, espérant passer un bon moment. Une félicité pas forcément partagée par la planète puisqu’une manifestation de 5 000 personnes produirait jusqu’à 2,5 tonnes de déchets et consommerait 1 000 kWh d’énergie et 500 kg de papier.

Depuis plus de 20 ans, les gouvernements français se sont succédé pour mettre en place une législation intensive, notamment sur l’utilisation des plastiques et sur le gaspillage alimentaire, deux points centraux des activités événementielles. Parmi ces lois, celle du 10 février, dite “de relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire”, dispose de la nécessité d’une responsabilisation de l’ensemble des secteurs pollueurs, de la grande distribution au BTP, en passant par les collectivités territoriales. Pour le secteur événementiel, c’est avant tout une injonction à utiliser des plastiques 100 % recyclables et recyclés avant 2025, l’interdiction des plastiques à usage unique, comme les pailles et les gobelets, et un grand volet relatif au gaspillage alimentaire.

Un bilan catastrophique

Pour une ancienne employée d’un traiteur de Paris La Défense Arena, qui a souhaité rester anonyme, les quantités de nourriture que “nous jetons hebdomadairement sont folles. Le pire, ce sont des salons ou des événements d’entreprise. Nous recevons en amont une commande pour tant de personnes, sans savoir si ces gens viendront effectivement. Il y a quelques années, nous devions accueillir 90 personnes sur une journée complète, pour au final n’en avoir que 20. Évidemment, nous avons dû tout jeter, bien que nous recevions le même public le lendemain.” L’entreprise Savr, spécialisée dans les solutions anti-gaspi dans l’événementiel, recense qu’environ 14 % du gaspillage alimentaire français annuel était lié à ce secteur, et la restauration prise dans son ensemble, soit l’équivalent de 66 millions de repas par an. En cause, les annulations de dernière minute, la surestimation du nombre de convives réels, ou la volonté d’avoir des buffets à volonté très garnis.

« Évidemment, nous avons dû tout jeter, bien que nous recevions le même public le lendemain.”

L’Institut de l’économie circulaire souligne également un suremploi des plastiques, et ce, à toutes les étapes événementielles : “logistique, vente, restauration, goodies, installations, etc”. Et ce plastique est tenace, toujours selon l’ancienne employée de Paris La Défense Arena : “Souvent les clients se débarrassaient des bouteilles en plastique en les laissant dans les gradins, ce qui rendait un tri presque impossible, les techniciens de surface n’ayant pas le temps de faire la différence entre recyclable et non recyclable”. De même, les goodies, souvent remis dans le cadre des événements professionnels (stylos, sacs, casquettes…) sont considérés comme superflus par 73 % des visiteurs de ces salons, selon une étude CSA de 2017.

La remise en question post COVID-19

La crise sanitaire, qui avait contraint les petites et grandes structures d’accueil d’événement à la fermeture, aura également été une occasion de revoir leur copie en matière d’éco-responsabilité. Encouragés par la loi et l’État, mais aussi à l’approche des JOP 2024, des salles comme l’Accor Arena ou Paris La Défense Arena ont fait peau neuve sur leurs pratiques “eco-friendly”.

Pour ces deux salles, elles sont parées depuis plusieurs années d’une certification ISO 20121, spécifique aux grands événements. Cette norme internationale atteste d’efforts envers une meilleure durabilité. Ces améliorations passent par une stratégie en termes de gaspillage d’énergie, alimentaires, de recyclage des plastiques etc…

L’Accor Arena, 2ᵉ arena la populaire du monde, accueille plus de 140 événements, pour 1,6 million de spectateurs. Une usine à polluer, en théorie donc. Mais Bercy a mis les bouchées doubles pour réduire son impact, et celui de ses visiteurs, sur la planète. Toutes les poubelles sont des poubelles de tri, entre déchets recyclables et déchets alimentaires. Plus de bouteilles en plastique, qui sont remplacées par des gobelets en carton, qui seront eux-mêmes bientôt remplacés par des eco-cups.

Nathalie Grimaud, chargée de projet RSE pour la Paris Entertainment Company, société qui gère l’Acccor Arena, le Bataclan et l’Adidas, estime que « nous avançons dans le bon sens en termes d’éco-responsabilité. Les derniers gros événements, comme la NBA (fin janvier 2025, NDLR) et les JOP 2024 nous ont permis de réaliser ce qu’il y avait encore à faire et ce que nous faisions déjà très bien. La dernière chose mise en place, les éco-cups, n’est pas encore complètement au point, parce qu’il faut que nous soyons nous-mêmes prêts avant de lancer la communication auprès du public. Nous sommes déjà opérationnels sur ce point sur la structure Porte de la Chapelle (Adidas Arena), et nous visons le même objectif à Bercy« .

« Nous avançons dans le bon sens en termes d’éco-responsabilité. »

L’Adidas Arena, ouverte il y a tout juste un an, en janvier 2024, avance, elle aussi, vers cette norme ISO 20121, comme sa grande sœur.

Romane Le Royer

Les poubelles de tri, reines de l’éco-responsabilité de l’événementiel Crédits photo : Romane Le Royer

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