Alors que la transition énergétique s’accélère, le recyclage des déchets nucléaires apparaît comme une solution prometteuse pour réduire la consommation de ressources naturelles et limiter l’impact environnemental du nucléaire. En France, près de 96 % des matières issues du combustible usé peuvent être réutilisées pour produire de l’électricité. Mais derrière cette avancée technologique se pose la question de la gestion des déchets ultimes : cette stratégie est-elle vraiment une réponse durable ou un pari risqué pour les générations futures ?
Comment tout à démarrer ?
Depuis sa découverte au début du XXème siècle, l’énergie nucléaire n’a cessé de marquer toutes les dimensions de l’histoire à l’échelle mondiale, scientifique, industrielle ou politique. En 1942, la première réaction nucléaire contrôlée est mise en œuvre sous la conduite d’Enrico Fermi. Ce progrès ouvre la voie tant à l’emploi militaire de l’atome qu’à la production d’électricité dès les années 1950.

Source et légende : Schéma date historique du nucléaire
Aujourd’hui, cette énergie couvre environ 10 % de la consommation électrique mondiale.
Pourtant, le nucléaire s’inscrit parmi un trio d’énergies aux caractéristiques bien distinctes :
- Les énergies fossiles (gaz, charbon, pétrole), bien que massivement utilisées, sont polluantes et vouées à disparaître.
- Les énergies renouvelables (éolien, solaire, hydraulique), inépuisables mais intermittentes, représentent une alternative prometteuse.
- L’énergie fissile qu’est le nucléaire repose sur la fission d’atomes d’uranium ou de plutonium, générant une production continue d’électricité, faiblement émettrice de gaz à effet de serre.
Le saviez-vous ? En France, près de 75 % de l’électricité provient de l’énergie nucléaire.
Le recyclage des déchets nucléaires : un cycle éco-responsable
Le traitement des déchets nucléaires est une étape essentielle pour limiter leur impact environnemental et optimiser l’utilisation des ressources fissiles. D’après Elodie Fillin-Martino, responsable Content Management et Stratégie de Communication chez Orano, « Le recyclage des déchets nucléaires, c’est un peu le game changer du nucléaire ». Ce processus complexe débute dès la sortie du réacteur et suit plusieurs étapes rigoureusement contrôlées.
En France, chaque année, EDF décharge environ « 100 tonnes de combustibles usés », explique Gwenaël Thomas, responsable Relation Presse chez Orano « ils sont envoyés à La Hague, où ils sont traités. On extrait l’uranium et le plutonium : d’un côté, on réutilise ces matières pour fabriquer des combustibles, et de l’autre, on récupère les déchets qu’on conditionne de façon sûre et stable pour protéger l’environnement de la radioactivité. »

Le potentiel énergétique du combustible usé reste considérable. « Dans un combustible usé, il y a peu près 96 % de matière réutilisable : 95 % d’uranium et 1 % de plutonium. Avec ces matières, on peut refabriquer un combustible. » L’uranium récupéré est utilisé pour produire un nouveau combustible appelé uranium de recyclage enrichi, tandis que le plutonium permet de fabriquer du MOX (mélange d’oxydes). Ces combustibles recyclés sont ensuite réintroduits dans les réacteurs pour produire de l’électricité, limitant ainsi l’extraction de nouvelles ressources naturelles. « C’est autant de ressources naturelles qu’on ne va pas ponctionner dans l’environnement », ajoute-t-il.
Le recyclage du plutonium permet déjà de couvrir « environ 10 % de l’électricité nucléaire produite en France ». D’après Gwenaël Thomas, l’objectif serait de monter à « 25 % en utilisant l’équivalent de 25 % de combustible à base de matières recyclées ». Le but : reprendre à nouveau les combustibles usés afin de réutiliser la matière une seconde fois sur un deuxième cycle.
Il reste cependant une fraction de déchets non recyclables, soit « 4 % de déchets ultimes, vitrifiés et conditionnés dans des conteneurs prévus à cet effet ». Ces conteneurs sont entreposés à La Hague dans l’attente de leur stockage géologique profond au futur site de Cigéo. « Ce procédé de vitrification, breveté par le CEA, permet d’encapsuler la radioactivité dans une matrice de verre dont la durabilité a été démontrée sur des centaines de milliers d’années. Cela garantit qu’il n’y ait pas de dispersion ».
Grâce à ce cycle de recyclage avancé, la France se positionne comme l’un des leaders mondiaux de la gestion des déchets nucléaires, avec une approche qui mise sur l’économie circulaire de l’atome et la sécurité environnementale.
Les Idées reçues sur le nucléaire : démêler le vrai du faux
Lorsque l’on parle du nucléaire, la question des déchets radioactifs revient souvent sur le tapis. Nombreux sont ceux qui imaginent des substances toxiques contaminant la terre durant des millénaires. Mais qu’en est-il vraiment ?
En ce qui concerne le préjugé sur « les déchets nucléaires vont polluer la terre » « C’est vrai que les déchets nucléaires font peur, et l’image d’une pollution radioactive pour des millénaires est bien ancrée. Mais si on regarde les faits, la réalité est plus nuancée, » souligne Élodie Fillin, responsable Management et Stratégie de Communication chez Orano.
Tout d’abord, il est essentiel de rappeler que tous les déchets nucléaires ne se valent pas. « La majorité sont des déchets de très faible ou faible activité, issus de l’exploitation des centrales, du démantèlement ou même du secteur médical. Ceux-là perdent leur radioactivité en quelques dizaines, voire centaines d’années, et sont stockés en surface dans des conditions ultra-sécurisées », explique-t-elle.
Contrairement à l’idée reçue, « les déchets nucléaires sont dangereux pour la santé et la planète » la gestion des déchets nucléaires repose sur plusieurs barrières de protection ultra-sécurisées, appelées barrières de confinement. Les matières les plus dangereuses sont vitrifiées afin de prévenir tout risque de fuite et entreposées dans des sites hautement sécurisés.
La peur du nucléaire est souvent alimentée par un imaginaire collectif façonné par des séries et des films dystopiques. « Quand on parle de déchets nucléaires, beaucoup imaginent des fûts radioactifs abandonnés dans la nature, des substances toxiques qui s’infiltrent dans le sol, ou des zones contaminées pour l’éternité. »
Derrière tous ces clichés, il y a des études, des solutions durables et des technologies éprouvées. Comme dans tous les préjugés, sa réalité est bien plus nuancée.
Alessia Walthaner

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