Face à la surconsommation et au gaspillage devenu des enjeux majeurs de notre société, trois jeunes parisiens ont créé l’application mobile Retroc. Depuis 2023, cette plateforme permet d’échanger des objets sans argent, favorisant ainsi une consommation plus responsable. 

Selon une étude de l’ADEME, chaque Français possède en moyenne 99 objets qu’il n’utilise jamais. Martin Liduena, Melchior Staszak et Jean-Baptiste Thouard sont ainsi partis de ce constat pour élaborer leur application Retroc, un concept novateur basé uniquement sur l’échange entre particuliers. Ce projet ambitieux de créer la première application de troc en France regroupe désormais plus de 50 000 utilisateurs.

« Le Tinder du troc »

Pour vulgariser le concept de son application, Jean-Baptiste Thouard, cofondateur et développeur de Retroc, explique : « Cette application fonctionne comme Tinder, mais avec des objets », avant de développer : « Au lieu de faire matcher (correspondre) des gens, on fait matcher des objets de seconde main pour qu’ensuite, ils puissent être échangés. Le concept est simple, si je possède des objets dont je souhaite me débarrasser que ce soit une casquette, un CD ou un meuble, je prends une photo, je rédige une annonce et je la poste sur l’application. Ensuite, on peut faire défiler les objets que l’on swipe (faire glisser) vers la droite si on souhaite proposer un échanger ou vers la gauche si l’objet ne nous intéresse pas. Dans le cas où les objets matchent, une conversation est alors entamée entre les utilisateurs ». L’application de Troc fonctionne également à partir de la géolocalisation des utilisateurs : « Le but étant de favoriser l’échange de mains en mains pour limiter la pollution qui peut être engendrée par les envois réalisés par voie postale, on peut ainsi régler les critères de distance pour matcher avec des objets dans un secteur géographique proche ». 

Un projet étudiant

Avant de devenir un projet concret, Retroc n’était qu’une idée entre camarades de classe comme nous l’explique Jean-Baptiste Thouard : « On s’est rencontré en classe préparatoire, avant d’ensuite intégrer l’EDHEC (Grande école de commerce basé à Lille) où l’on s’est inscrit dans un cours qui s’appelle start-up challenge. L’objectif était de créer un projet d’entreprise avec un concept inédit, c’est là que l’idée de Retroc est née« , il ajoute : « Au début, ce n’était pas notre projet principal. Mais au fur et à mesure de nos stages en entreprise, on a eu envie de travailler pour nous-même. » Les trois fondateurs ont alors décidé de se lancer dans la création de leur application en parallèle de leurs études : « J’ai appris le codage de manière autodidacte pour commencer à coder l’application tandis que Melchior et Martin, se sont occupé du design et de la communication. On est parti de zéro sans connaissance dans le milieu ». Malgré seulement quelques centaines de téléchargements lors des premiers mois, les fondateurs n’ont pas baissé les bras : « On a eu beaucoup de mal à faire connaître l’application hors de nos cercles proches, d’autant plus qu’on ne possédait pas les moyens de payer de la publicité. C’est grâce à la création d’un compte Tiktok que nous avons réussi à toucher une audience beaucoup plus large ce qui nous a permis de regrouper 10 000 objets sur l’application ».

Une alternative au consumérisme traditionnel

Solène, une étudiante de 24 ans, utilise régulièrement l’application où elle a déjà réalisé plusieurs trocs : « Ça fait désormais plus de six mois que j’utilise l’application régulièrement » confie-t-elle avant d’ajouter : « J’ai déjà échangé cinq objets majoritairement des livres et des jeux de société. L’application est assez pratique, c’est facile de mettre des annonces et de discuter ». La jeune femme qui est également très active sur l’application leader du marché de la seconde main Vinted a été séduite par le système économique de Retroc : « Il y a une sorte de microéconomie qui se crée entre les utilisateurs. Je pense notamment à un livre que j’ai pu échanger contre un autre avant d’échanger ce dernier contre un autre roman, le tout sans aucuns frais ». Bien que l’application semble présenter de nombreux avantages qui portent la volonté de changer notre mode de consommation, force est de constater qu’elle n’est pas parfaite comme nous l’explique l’utilisatrice : « Il y a régulièrement des bugs notamment au niveau de la localisation. De plus je préfère réaliser mes échanges de mains en mains car je n’ai pas forcément confiance aux utilisateurs qui promettent d’échanger par la poste, j’ai peur de me faire arnaquer ».

Les limites du système 

Le cofondateur, Jean-Baptiste Thouard concède que son application possède des défauts : « Malheureusement, nous avons dû faire face à des problèmes d’arnaques, car on n’avait pas mis un SAV suffisant en place pour pouvoir gérer les échanges. Des gens n’envoyaient pas les choses promises. On ne pensait pas que problèmes de ce type allaient arriver aussi vite ». Malgré le nombre d’utilisateurs, le modèle économique ne permet pas aux créateurs de dégager des revenus significatifs pour se développer davantage : « Les seuls revenus que nous tirons proviennent de la publicité qui apparaît tous les 10 objets. On ne tire aucun profit des trocs. Nous finançons le projet grâce à d’autres applications que nous avons développées depuis ». En dépit de résultats financiers décevants les fondateurs continus néanmoins de toujours croire en leur projet : « C’est un peu notre bébé, on le défendra, et même s’il n’est pas encore adapté aux méthodes de consommations de la société actuelle, nous avons bon espoir qu’il le devienne, car c’est un concept tourné vers l’avenir qui se veut eco-friendly, avec du relationnel humain, de l’échange et du partage ».

Romain Lecellier

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