Manger 5 fruits et légumes par jour, c’est aussi bon pour la santé que pour la planète ! A condition de savoir où les acheter… Dans les 443 AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) d’Ile-de-France, des bénévoles s’engagent jour après jour pour défendre une agriculture durable et bio. Dans l’une d’entre elles, on voit la vie en vert. Reportage.
Un bout de ferme à Paris
Le principe des AMAP ? Distribuer des paniers de fruits et légumes chaque semaine, à jour et horaire fixe, aux adhérents. Au Haricot Biomagique, une AMAP du 18ème, les palettes sont livrée par une agricultrice tous les mercredis, entre 19h et 20h30. Ensuite, la distribution commence à 18h30 : elle est faite de façon bénévole par les membres de l’association. Ce fonctionnement circulaire permet de supprimer les frais de main d’oeuvre. Comme l’explique Margaux, restauratrice de tableaux et membre depuis 2022 : « On sait qu’on doit être bénévole 3 fois minimum dans l’année. On essaie de bien se répartir en fonction des vacances surtout, parce qu’il y a des parents qui partent de Paris. » Son acolyte du jour, Andrea, nous détaille le programme : « Nathalie, l’agricultrice, passe le mercredi soir à l’AMAP vers 18h. On l’aide à décharger son camion et elle nous donne une feuille avec les dosages des paniers. Par exemple, ce soir on met 500 grammes de courge par personne, 1 kilo de carottes, et des herbes aromatiques à volonté. Après on décharge toutes les caisses, on se répartit le travail entre les 2-3 personnes présentes. C’est un peu comme un self en fait ! ». Gwenaëlle, venue chercher son panier, nous précise que « des arrangement sont possibles si on ne peut pas venir chercher son panier un soir. Moi j’envoie un message à Kevin, et il me met une caisse de côté ». Coût de l’adhésion ? Entre 40 et 60 euros selon la taille du panier choisi, et les produits que l’on veut. Après la permanence de 1h à 1h30, généralement dans un lieu de vie du quartier, c’est l’heure de tout nettoyer. Un moment de rigolade, où l’on fait aussi de bonnes affaires. Andrea repart avec quelques courges en supplément, le sourire aux lèvres.
La paysannerie de demain
Les avantages financiers sont considérables pour les 4800 fermiers partenaires des AMAP. Grâc aux adhésions annuelles, un revenu fixe est garanti aux paysans. Un moyen pour eux d développer une agriculture exclusivement biologique, en phase avec la saisonnalité des produits. Tiphaine de Quissac, conseillère du programme pour la nutrition à la GIZ (Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit), nous explique que « la concurrence internationale guide les prix, en fonction de l’offre et la demande. Les tomates du Maroc et de l’Espagne, les « potagers de l’Europe », coûtent en fait moins chères à produire que celles du petit maraîcher français. Le souci c’est qu’elles utilisent beaucoup de pesticides, et d’eau ». Pour notre experte, « le maraîchage ne bénéficie pas des subventions de la Politique Agricole Commune de l’Union Européenne. Le AMAP permettent aux maraîchers d’être rentables ». Le réseau propose aux fermiers des formations spécifiques, orientées vers plus de durabilité. Ils y découvrent les différentes techniques de culture en maraîchage biologique, les variétés de fruits et légumes, les rotations et l’entretien des cultures… Le but ? Encourager le développement d’une nouvelle paysannerie, labellisée bio. De nombreuses personnes en reconversion professionnelle se tournent vers ces associations pour lancer leur projet. Marc, un formateur du réseau AMAP, nous explique : « j’aide les fermiers partenaires à développer des alternatives à l’agriculture intensive. Par exemple, on a développé un système de serre à plants bioclimatique, qui stocke l’énergie solaire pendant la journée. Elle ne nécessite aucun panneau solaire, ni chauffage. Au sol, les tables de semis son posées sur des bidons d’eau. Ils permettent d’accumuler la chaleur, et isolent la serre quand les températures baissent ». Pour ne pas produire de légumes hors saison, ils installent des caves enterrées. Elles permettent de stocker les légumes d’été pendant l’automne. Pour le désherbage, les paysans n’utilisent pas de broyeurs, trop gourmand en énergie fossile, mais… des brebis ! Mais tout n’est pas rose… Les fermiers doivent faire avec les gelées, les factures d’eau à la hausse, et le réchauffement climatique qui met en péril certaines récoltes estivales.
5 fruits et légumes de saison par jour
Pour les membres des AMAP, le souci d’une consommation plus éco-responsable est primordial. « Ça devenait urgent de mieux manger. Quand on est vegan comme moi, la qualité des fruits et légumes est super importante. Et puis, j’essaie d’être plus écolo en général : je prends moins l’avion, je me déplace en vélo, je fais partie d’une AMAP depuis quelques années. Alors c’est vrai, quelquefois pendant l’hiver on mange beaucoup, beaucoup de choux, alors qu’on a plutôt des envies d’avocats. Mais ça a plus de sens pour moi de ne plus consommer ces produits, qui arrivent de l’étranger», nous confie Marie, une libraire de 34 ans. Les AMAP font d’ailleurs au maximum pour varier leur offre de produits. « Une fois on a fait un partenariat avec une fabricant d’huile d’olive de Crète. Je suis repartie chez moi avec le meilleur origan de ma vie, récolté dans le jardin de cette dame. Elle m’a donné plein d’échantillons de différentes huiles olives incroyables !» se réjouit Jeanne, une étudiante adhérente depuis septembre 2024. « Ça m’apprend à cuisinier différemment, avec des produits que je n’avais pas forcément l’habitude d’acheter avant » poursuit-elle. Ce modèle vertueux séduit de plus en plus de Franciliens, mais aussi de Français. En témoignent les listes d’attente à rallonge pour s’inscrire dans certaines AMAP. Depuis 2001, date de la création de la toute première AMAP, on compte plus de 2300 associations réparties sur tout le territoire français.
Mathilde Deswarte

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