Marches pour le climat, contestations dans les grandes écoles, actions militantes,
engagement sur les réseaux sociaux… On les qualifie d’idéalistes, de militants en herbe, parfois même de génération sacrifiée. La jeunesse d’aujourd’hui exprime une conscience aiguë de l’urgence climatique. Pourtant, elle se trouve à un carrefour crucial : celui de l’éco-anxiété et de l’espoir de changement.

Mais alors, qu’en est-il réellement ?

Des jeunes manifestent dans les rues de Londres pour une action climatique le 22 juin 2024. (Photo : Vladislav Čovk, libre de droits)

De la conscience à l’action : un fossé difficile à franchir pour les jeunes

La protection de l’environnement est une question qui traverse les générations. Dans un monde où la situation n’a jamais été aussi alarmante, l’écologie s’impose comme l’une des plus grandes préoccupations des jeunes. Par ailleurs, l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) a confirmé que 2024 était l’année la plus chaude jamais enregistrée. Les jeunes en sont pleinement conscients : selon une étude menée par l’ADEME et OpinionWay en 2023, 79 % des jeunes de 15 à 25 ans affirment accorder une grande importance aux enjeux environnementaux.

Si trois jeunes sur quatre se déclarent plus engagés que leurs parents, selon cette même enquête, un écart persiste entre ce qu’ils savent et ce qu’ils font. Ils restent encore largement centrés sur les gestes les plus simples : trier les déchets, réduire la consommation d’énergie, utiliser les transports en commun.

Florence Clément, responsable du pôle Mobilisation à l’ADEME, résume parfaitement cette ambivalence : « Si beaucoup sont conscients de l’urgence, leur comportement n’est pas toujours en phase avec leurs convictions ».

Les jeunes qui font bouger les lignes

Ces dernières années, un vent de révolte écologique a soufflé sur les jeunes du monde entier. La suédoise Greta Thunberg, la kényane Rahmina Paulette Oyugi, l’américaine Madelaine Tew, la française Iris Duquesne… Certains noms résonnent comme des symboles d’une génération en mouvement, d’autres s’apprêtent à le devenir, mais tous, sans exception, sont des jeunes qui refusent de rester spectateurs.

Nous voyons naître de nombreuses marches pour le climat, comme les “Fridays for Future”. En France, en Belgique, en Allemagne, et au-delà, la jeunesse se retrouve pour revendiquer un avenir plus vert.
D’autres mouvements se sont développés : Youth for Climate, Youth and Environment
Europe… Autant de façons pour eux de s’engager.

L’un des exemples les plus marquants en France est celui des Pépites vertes. Ce collectif réunit de jeunes professionnels passionnés par la biodiversité, les énergies renouvelables, ou l’économie circulaire. Valentin, un membre du collectif, explique : “Notre objectif est de motiver la jeune génération à s’engager dans la transition écologique. On leur offre un média dédié, des opportunités professionnelles et une communauté active de 250 jeunes à travers la France.”

Et ce n’est pas tout. Des initiatives telles que Banlieues Climat illustrent aussi la richesse des actions menées. De jeunes militants s’investissent dans des territoires souvent ignorés par les grands mouvements écologiques, pour sensibiliser et former les leaders de demain.

L’éducation à l’environnement, la clé d’un monde plus durable ?

La compréhension, dès le plus jeune âge, des enjeux de la protection de l’environnement permet d’éveiller les consciences. Et cette sensibilisation est déjà bien avancée : une enquête menée par l’Ifop pour la Fondation de France, a révélé que la moitié des 18-25 ans sont inquiets pour les prochaines générations ; tandis qu’un tiers se disent qu’il est « trop tard, on ne peut rien faire. »

D’après une autre étude publiée par l’ADEME en 2023, près de 7 jeunes sur 10 estiment que leurs enseignants sont des acteurs essentiels dans leur éveil à la question écologique.

Parallèlement, dans l’enseignement supérieur, la prise de conscience s’intensifie, et les
étudiants exigent de plus en plus de formations axées sur la transition écologique. Par
ailleurs, nombreux sont les professeurs se mobilisant pour intégrer l’écologie dans leur programme. Monsieur Kastan, professeur de sociologie à Nancy, invite ses confrères à faire de même « L’éducation à l’écologie ne doit pas se limiter à la théorie, il faut donner les outils aux étudiants pour devenir des acteurs du changement. »

L’implication des jeunes générations dans le développement durable découle de la bonne compréhension des enjeux. Une étude récente d’Harris Interactive révèle que près de 70 % des jeunes de 18 à 30 ans seraient même prêts à renoncer à postuler dans des entreprises ne prenant pas en compte les enjeux écologiques, ce qui montre leur détermination à orienter leur carrière vers des choix responsables.

Mais si beaucoup de jeunes sont bien informés et déterminés à agir, ils sont également confrontés à un sentiment de découragement face à l’ampleur des problèmes environnementaux. Cette double pression entre l’urgence de la situation et la difficulté à trouver des solutions concrètes est une réalité difficile à appréhender pour ceux qui se sentent impuissants.

La jeunesse n’est pas seulement l’héritière de la planète, elle est la bâtisseuse du futur. Face à cet engagement, le véritable défi ne réside plus dans la prise de conscience, mais dans la capacité à transformer cette prise de pouvoir en actions concrètes et durables.

Dilara OZEKINCI

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