Jardin partagé Jean Jaurès à Montrouge © Maureen Evrard

Pour lutter contre le réchauffement climatique et s’adapter à ses conséquences, nos métropoles s’engagent dans des projets d’urbanisme durable. Aménagement des territoires, gestion des matières premières ou encore traitement des sites pollués : à quoi doit ressembler la ville du futur ? 

Dans la ville du futur, pas de voiture volante ni de robot à chaque coin de rue. Pour s’adapter aux changements climatiques et limiter son impact sur l’environnement, celle-ci va devoir troquer le béton pour les buissons. En France en 2022, plus de 80% de la population vit en ville. En faisant le calcul du bilan carbone des Français, on trouve d’abord en catégories de tête les transports et le logement. Si l’effort individuel est important pour respecter l’Accord de Paris et réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays, les villes et collectivités ont donc un rôle majeur à jouer. 

Certaines d’entre elles choisissent alors d’adopter des plans d’urbanisme plus durables, pour impacter directement la vie quotidienne des citoyens en améliorant leur cadre de vie. C’est par ailleurs le cas de métropoles comme Paris, Nantes ou encore Rennes. Théo Clech, conseiller RSE spécialisé dans l’ingénierie durable de l’immobilier et en urbanisme durable, explique que « l’urbanisme durable concerne toutes les façons dont on conçoit les villes pour mieux respecter l’environnement ».

Concrètement, une ville durable, ça ressemble à quoi ? 

On considère que l’urbanisme est durable quand les aménagements sont pensés à long terme et prennent en compte les limites planétaires. Ici, pas de déni climatique ! L’urbanisme durable doit également inclure dans son processus une dimension sociale, économique et culturelle. Cet aspect s’illustre notamment dans le plan d’urbanisme bioclimatique de la ville de Paris, qui se donne pour but « d’accroître la mixité sociale dans tous ses quartiers, et d’augmenter son offre de logements abordables ».

En marchant dans la rue, les exemples les plus flagrants d’urbanisme durable sont les espaces végétalisés. Arbres et jardins partagés servent notamment à lutter contre les îlots de chaleur urbaine. Ces derniers sont dus à l’artificialisation des sols, c’est-à-dire la conversion d’un territoire naturel en un espace urbanisé. Sur les 40 dernières années, on constate en France métropolitaine une hausse des sol artificialisés de 72%. L’idée est donc de débitumer pour faire baisser la température.

Recyclage des bâtiments et quartiers mixtes

Côté architecture, Théo Clech explique que l’urbanisme durable consiste d’abord à bien choisir les lieux de construction. Les lieux déjà artificialisés sont privilégiés pour la construction de nouveaux bâtiments. Leur conception inclue notamment des matériaux bas-carbone et une bonne isolation énergétique afin de limiter leur consommation en énergie. 

À l’échelle des villes, l’un des concepts clefs de l’urbanisme durable est le développement de la mixité, tant dans les quartiers que dans les bâtiments. Théo Clech parle d’ailleurs de « ville du quart d’heure ». « L’idée est de supprimer les quartiers à usage unique, comme les quartiers d’affaires ou les quartiers résidentiels. En créant des quartiers et des bâtiments servant plusieurs usages, les citoyens ont tous les services dont ils ont besoin à proximité. On limite donc grandement l’usage de la voiture. La mixité se fait également au sein de la population, en mélangeant les catégories de population, que ce soit au niveau des richesse ou de l’âge par exemple ».

Des pratiques bénéfiques pour les citoyens

L’urbanisme durable est pensé pour protéger la biodiversité et réduire fortement les émissions de GES de nos villes, mais il offre également des bénéfices directs aux citoyens. Selon ce rapport de l’ADEME, 70% de ce qui impacte la santé d’une population peut être influencé par un meilleur aménagement urbain. Agir sur les îlots de chaleur permet de rendre les villes plus vivables en période de canicule, en particulier pour les populations à risque. Un point important à prendre en compte dans un monde de plus en plus chaud.

Outre les avantages en matière de santé publique, l’urbanisme durable permet aux populations de faire des économies. Les bâtiments consomment moins d’énergie, ce qui allège les factures. Les services sont plus près donc il n’est plus nécessaire de payer pour des transports ou de posséder une voiture. Ce point permet également aux habitants de gagner du temps au quotidien. 

L’investissement de l’État

Dans une interview donnée à Ouest France en 2024, l’urbaniste et fondateur de l’agence dixit.net Sylvain Grisot déplore le manque d’ambition des pouvoirs publics. « Les choix ambitieux qui ont été faits il y a trois ou quatre ans ne nous semblent désormais plus à la hauteur. Planter un arbre, débitumer une cour d’école ? On ne peut plus se limiter à ces initiatives ». 

L’auteur de Redirection Urbaine (Éditions Apogée, 2024) est clair : la ville telle qu’elle est construite aujourd’hui n’est pas pensé pour le réchauffement climatique et pour le climat de 2050. « Ou bien on s’y met vraiment et peut-être que ça ne sera pas si grave. Ou bien on est toujours aussi lents à transformer nos modes de vie et là, l’impact sera sévère ».

Maureen Evrard

Une réponse à « Urbanisme durable : repenser nos villes »

  1. Avatar de La Rochelle : quand les jardins nourrissent la ville et ses habitants – ISFJ NEWS

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