Chaque année, près de 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont perdues ou  gaspillées, soit environ 30% de la production mondiale, selon Polytechnique  insights. Dans le secteur alimentaire, de nombreux facteurs comme l’agriculture,  le transport, la transformation, le stockage, et la gestion des déchets  alimentaires, contribuent à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre  (GES). L’implication de tous les acteurs de la chaîne agroalimentaire devient  cruciale.  

La production alimentaire est responsable de 24 % des émissions mondiales de gaz à  effet de serre, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et  l’agriculture. Par conséquent, réduire le gaspillage est devenu une cause prioritaire,  non seulement pour la préservation de l’environnement, mais aussi pour la sécurité  alimentaire mondiale. En France, selon l’INSEE, l’empreinte carbone moyenne est  estimée à 9,2 tonnes de CO2 pour l’année 2018, dont 22 % dues aux émissions de  gaz à effet de serre liées à l’alimentation. Selon emarketing.fr, 86 % des consommateurs français attendent de la part des marques des solutions aux enjeux  environnementaux et sociétaux. De plus en plus d’entreprises ont fait le choix de se  tourner vers des solutions éco-responsables, afin de répondre aux défis  environnementaux. En misant sur des pratiques novatrices dans le secteur  alimentaire, ces actions, qui vont de la réduction des déchets à la transformation de  produits alimentaires, commencent à avoir un impact, aussi bien au niveau des  grandes surfaces que des petits acteurs.

L’une des entreprises pionnières dans ce domaine, c’est Too Good To Go. Cette  application mobile permet aux consommateurs de récupérer à prix réduit les invendus  alimentaires dans les restaurants, supermarchés et boulangeries. Lancée en 2016,  cette application française a déjà permis de sauver des millions de repas destinés à la  poubelle, tout en provoquant la prise de conscience sur le gaspillage alimentaire. Le  concept est simple : des établissements alimentaires offrent leurs produits en surplus  à prix réduits, plutôt que de les jeter. Les consommateurs peuvent ainsi acheter ces  produits de qualité à des prix bien plus bas, tout en contribuant à la réduction des  déchets alimentaires. Une alternative qui ne semble pourtant pas satisfaire tous les  consommateurs. Pour Léa, étudiante en kiné, c’est un moyen que les entreprises  utilisent pour se faire « bonne conscience » et pour que les acheteurs « jettent la  nourriture à leur place ».

« Un jour, j’ai récupéré un Too Good To Go dans une  boulangerie à Reims et je me suis retrouvée avec 36 croissants et 14 pains au  chocolat… J’ai essayé de les distribuer dans la rue, mais il m’en restait trop. »

Karim  Vincent-Viry, fondateur de Finisterestes29, s’est quant à lui inspiré de ce concept. Il  vend des paniers de légumes et de fruits à prix réduits, composés de produits frais, mais souvent jugés trop « moches » pour être vendus en grandes surfaces.

« Aujourd’hui,  on achète avec les yeux, donc on achète sur des critères esthétiques. À cause de cela, uniquement, plus de 20 % de la production alimentaire part à la poubelle » a-t-il déclaré au journal Le Figaro.

D’autres entreprises décident de leur côté, non pas seulement  de brader les invendus pour éviter de les jeter, mais de transformer les aliments. La  start-up française Exki, par exemple, a développé des solutions pour transformer les  invendus alimentaires en nouveaux produits. Ils récupèrent les fruits et légumes non conformes à la vente traditionnelle, pour les transformer et les vendre sous forme de  soupes ou de smoothies.  

Polluer moins, à petite et à grande échelle 

Au-delà du gaspillage, l’impact écologique de l’alimentation se traduit également à  travers l’empreinte écologique des chaînes d’approvisionnement. Les entreprises qui  agissent en modifiant les chaînes d’approvisionnement pour en réduire les impacts  environnementaux, représentent également une forme d’innovation positive pour le  domaine de l’écologie alimentaire. Par exemple, des marques telles que Bio c’ Bon et  Carrefour se tournent vers des solutions de packaging éco-responsables, de transport  durable ou encore d’approvisionnement en produits locaux et de saison. Ces  innovations réduisent considérablement les émissions de CO2 et les déchets  plastiques dans le secteur alimentaire. S’il est aujourd’hui possible d’envisager une  baisse de l’empreinte carbone de la distribution alimentaire en France, c’est en grande  partie grâce à ces pratiques plus écologiques au sein du secteur alimentaire. Il est  néanmoins important de soulever que la réfrigération est également responsable de  près de la moitié de la consommation d’énergie du secteur du commerce alimentaire,  dont les émissions ont plus que quadruplé en Europe depuis 1990. Un chiffre qui est  appelé à augmenter et qui reste pour le moment sans idée d’innovation. Mais de son côté, l’ADEME explore différents scénarios, dans le but d’atteindre la neutralité  carbone en France d’ici 25 ans. 

L’agriculture décarbonée et régénérative émerge non seulement comme une  nécessité, mais comme une stratégie vitale pour la survie de notre écosystème et le  bien-être des générations futures. Elle vise à minimiser l’empreinte carbone du  secteur, revitaliser la biodiversité, améliorer la santé des sols, et encourager un  changement significatif dans les habitudes de consommation. Tout cela en nourrissant  la population sainement et à un prix abordable. L’implication de tous les acteurs de la  chaîne agroalimentaire, de l’exploitant agricole jusqu’au consommateur devient donc  cruciale. Elle représente un combat commun, à l’échelle mondiale.

JULIE PÉRON

Categories:

Laisser un commentaire