
Un amas de déchets sur le boulevard Montparnasse à Paris. Photo © Pauline Condomines
Ramassage citoyen, collectes zéro déchets… Les initiatives citoyennes fleurissent depuis quelques années pour sensibiliser la population aux dangers que représentent les déchets jetés sur la voie publique.
“Avant cette action, je ne me rendais pas compte à quel point mon univers était pollué, s’exclame Laura, bénévole dans un collectif du 15ème arrondissement qui mène des collectes citoyennes de déchets dans l’espace public. Et puis j’ai participé à cette action et ça a commencé à me sauter aux yeux : nous vivons au milieu d’un amas de déchets !” La jeune femme de 23 ans a commencé les ramassages citoyens il y a six mois et y participe désormais régulièrement. “À la fin du tour, lorsqu’on procède à la pesée de tout ce qu’on a récolté, on ressent une immense satisfaction”, poursuit Laura. Jeune auto-entrepreneure dans le milieu du graphisme, elle cherchait depuis longtemps un moyen de “concilier écologie et citoyenneté” et a fini par trouver son bonheur au hasard d’une annonce sur Instagram. “J’ai tout de suite aimé le côté convivial, ludique et pédagogique de ces actions”, explique-t-elle.
Comme elles, de plus en plus nombreux sont les citoyens qui s’engagent bénévolement dans ces collectes pour “nettoyer leur ville”. Cette pratiquecitoyenne a gagné en popularité ces dernières années, notamment grâce à des campagnes internationales telles que le World Cleanup Day (WCD), fondé en 2017, qui invite tous les collectifs du monde à effectuer un ramassage le même jour de l’année. En 2018, cette campagne permettait de mobiliser 18 millions de citoyens dans le monde, dont 200 000 en France. Et depuis 2019, une plateforme française nommée cleanwalk.org permet aux citoyens de trouver toutes les initiatives de collectes citoyennes à proximité de chez eux et d’en organiser eux-mêmes.
Une occasion de sensibiliser les bénévoles…
Pour les associations qui les encadrent, ces balades ludiques et responsables sont avant tout un moyen de sensibiliser les habitants à la gestion des déchets. “Ça leur permet de réfléchir à leurs pratiques : par exemple les fumeurs qui ont la mauvaise habitude de jeter leurs cigarettes par terre ont légèrement le tournis à la fin de la récolte lorsqu’ils se rendent compte des quantités faramineuses de mégots qu’on ramasse…”, s’amuse David Valnet, président de l’association Ecolibris qui organise régulièrement des ramassages à Verneuil-sur-Seine (Yvelines). La plupart du temps, les bénévoles s’intéressent déjà à l’écologie et au ramassage et tri des déchets, c’est alors l’occasion de leur transmettre des notions plus techniques. “Souvent les gens qui font du tri ne sont pas sensibilisés à toutes les bonnes pratiques, poursuit David Valnet. Certains pensent qu’on peut mettre les mouchoirs dans la poubelle jaune alors qu’il ne faut pas. Ces balades permettent de leur expliquer ce genre de choses puisqu’on discute déchets et écologie et qu’on échange sur nos pratiques !”
Depuis 6 ans, Ecolibris s’évertue à mener des collectes pour pallier les faiblesses de la ville en matière de gestion des déchets : “On a compris que c’était plus efficace de faire le boulot nous-mêmes plutôt que de négocier avec la mairie pour qu’elle s’en occupe, en assistant à des réunions, etc. L’action permet de désamorcer les choses.” Parfois, la substitution a des limites. Lorsque Ecolibris demande à la mairie si elle peut lui prêter un camion pour que les bénévoles ramassent des encombrants en pleine forêt, celle-ci refuse, sans pour autant les débarrasser elle-même. “On nous parle budget, moyens, autorisations. Alors que nous voulons simplement agir, se désole David Valnet. Mais on ne lâche rien et on continue de négocier en douceur.”
…Et les habitants
Gants, pinces, sacs, trousses de secours… Une fois équipés pour éviter de se blesser ou de se salir, les ramasseurs bénévoles arpentent les rues et collectent toutes les ordures qu’ils trouvent. “À l’exception des encombrants à cause des risques de présence d’amiante”, précise Julien, qui travaille dans l’association les Chercheurs en herbe à Toulon. Le jeune homme issu du monde du commerce a décidé de se reconvertir pour travailler dans le domaine de l’environnement et “donner plus de sens à sa profession”. Désormais, il organise deux fois par mois des ramassages à Toulon, en convention avec la mairie qui veut encourager la pratique. “On sensibilise les bénévoles qui ramassent avec nous, et aussi, je le pense, ceux qui nous voient faire. Certains nous rejoignent d’ailleurs spontanément ! Pour les autres, j’espère que ça les interroge sur leurs pratiques et que ça leur donne envie de s’y mettre !” commente le jeune homme.
Si ces initiatives ont du succès, les organisateurs admettent qu’il est parfois difficile de voir que “ce sont toujours les mêmes qui jettent et les mêmes qui ramassent”. David Valnet ne s’en cache pas : “Il y a parfois un mur qui nous sépare. Certains font exprès de jeter leurs déchets devant nous lorsqu’ils nous voient arriver pour se moquer et nous décourager…” Pourtant, le président d’Ecolibris refuse de s’y résoudre. “C’est certain qu’on ne changera pas la face du monde, mais en matière d’écologie, il est trop tard pour ne rien faire !”
Pauline Condomines
5 ISFJ PE

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