En Île-de-France, les promesses de l’aménagement durable séduisent. Entre des espaces publics végétalisés, des prix de logements cassés et la promotion d’un mode de vie éco-responsable, les habitants des écoquartiers semblent y trouver leur compte. Enquête sur ces projets qui n’ont d’écologique que le nom.

Le 25 janvier 2025, le maire socialiste de Pantin, Bertrand Kern, présente aux habitants de sa ville les contours du projet de création d’un parc urbain de 3 hectares, au sein de l’écoquartier « Grand Quatre-Chemins ». Situé en face de la station RER du centre-ville, cet espace ambitionne de transformer une ancienne gare de marchandise appartenant à la SNCF en un quartier neuf composé de logements, de bureaux, de commerces et d’espaces publics. Après environ dix ans de négociations, la commune séquano-dionysienne et la compagnie ferroviaire trouvent un accord en 2018 – la Cité Fertile voit le jour, avant l’acquisition d’un nouveau terrain en octobre dernier.
Une proposition d’aménagement durable loin d’être isolée. Depuis son lancement en 2013 par le ministère de la Transition écologique, le label « ÉcoQuartier » a décerné 564 projets en France. Le chiffre descend à 108 avec un passage de quatre à deux labels en 2024. Désormais, seuls les engagements des quartiers « livrés » et « vécus » sont reconnus. Que recouvre concrètement le terme d’ « écoquartier » ? Pour comprendre, nous avons recueilli des témoignages et des expertises qui viennent éclairer la réalisation de ces projets de renouvellement urbain à dimension environnementale.
La durabilité en doute
Lors de la 12e campagne de labellisation « ÉcoQuartiers » du ministère de la Transition écologique, le 12 décembre dernier, la ville de Saint-Ouen est mise à l’honneur, et plus particulièrement son quartier des Docks, unique lauréat francilien. La double distinction – label « vécu » pour la première tranche du quartier et label « livré » pour la seconde – vient saluer un projet d’ampleur, celui de réhabiliter les berges de Seine, occupées pendant près d’un siècle par des infrastructures industrielles uniquement.
Un héritage visible de tous et mis en avant grâce à l’écoquartier mitoyen. Le Syndicat mixte central de traitement des ordures ménagères (Syctom), dont le conduit de cheminée se détache du reste du bâti, fournit une partie du mix énergétique des habitants – à 75 % constitué d’énergies renouvelables – avec l’incinération de déchets non-recyclables. Pour Pierre-Edouard, propriétaire d’un appartement des Docks depuis 2016, la proximité avec la déchetterie ne joue pas sur son qualité de vie. « Les odeurs peuvent être dérangeantes. Cela doit arriver quatre à cinq fois par an », relativise le trentenaire pour qui le côté « éco » du quartier n’a pas été un critère d’achat. « J’étais avant tout intéressé par les logements, neufs et à des prix abordables. Aujourd’hui, j’apprécie évidemment la présence d’espaces verts, la mise à disposition de seaux à compost et l’existence d’allées piétonnes. »
Pour Andri, installée dans un logement social des Docks, « l’aspect écologique est important, seulement on ne le voit pas. » « Les immeubles ont été construits trop vite. Résultat : ils tombent en ruine et ne peuvent absolument pas être considérés comme des constructions durables. L’eau s’infiltre dans les appartements qui sont déjà de véritables passoires thermiques », déplore la femme de 53 ans, dont les lettres de réclamation sont restées sans réponse.
Un impact environnemental à relativiser
À Châtenay-Malabry, dans le sud des Hauts-de-Seine, même rengaine. Les écoles d’ingénieurs Centrale et Sup Elec quittent en septembre 2017 leurs locaux pour rejoindre le plateau de Saclay et devenir un seul et même établissement : CentraleSupélec. La mairie souhaite remplacer le site de 20,6 hectares par des logements. Initialement, le projet était celui d’un quartier, sans engagement écologique.

Christian Rumelhard, membre du Collectif Citoyen Châtenaisien (CCC), est affirmatif : « les locaux ne sont pas réutilisés même si cela a été vaguement évoqué. C’est le choix de la destruction et de la construction qui a été fait. » D’après l’enquête menée par les membres du CCC, le réemploi des gravats de la démolition – argument utilisé par la mairie pour souligner l’impact positif du projet sur l’environnement – a permis une baisse de 600 tonnes de CO2, tandis que la conservation des bâtiments existants représentait une économie de 8100 tonnes de CO2. Pour la ville, l’unique héritage de l’école Centrale est le patronyme de son fondateur, Alphonse Lavallée, donné à l’écoquartier.
La série d’articles publiée par l’association met en évidence une forte densité. Avec 107 logements par hectare, l’écoquartier LaVallée dépasse le « seuil « pivot » pour la ville durable autour de 80/100 logements par hectare », défini par la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL).
La participation citoyenne comme solution
Si une idée fait consensus, c’est bien celle de la participation citoyenne. Christian Rumelhard, professeur de physique au Conservatoire National des Arts et Métiers, ne transige pas : « Les habitants doivent être sollicités. » Le président de la Commission national ÉcoQuartier, Florian Bercault, partage cet avis. « Habitat social et écoquartier sont des atouts considérables pour la réduction des inégalités sociales & environnementales. Pour cela il faut associer les habitants à la fabrique de la ville », écrit le maire de Laval dans une publication sur X (ex-Twitter) datant de septembre 2024.
Amandine Chocteau
Title : Enquête sur les écoquartiers
Meta : En Île-de-France, les écoquartiers séduisent mais n’ont d’écologique que le nom. Nos révélations.

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