Le vin bio, solution éco-responsable ou piège pour les vignerons ?

Produit de terroir, le vin cristallise de nombreuses problématiques. Le passage au bio
est-il une solution viable ? Le risque pour les producteurs n’est-il pas trop
important ? Comment répondre à une demande de plus en plus forte des
consommateurs ? L’éco-responsabilité est de toutes les discussions, y compris dans cet univers.

Le vin… Savoir ancestral de l’Hexagone. Nombre de nos régions sont mondialement connues et reconnues pour leurs vignes de très grandes qualités. Bouches-du-Rhône, Gironde, Corse… La référence internationale en matière de vin, c’est bien la France !
Malgré cela, les savoirs et techniques de production ne sont pas à l’abri des évolutions de la société. Les volontés de consommation évoluent, ainsi doit suivre le produit… Mais est-ce bien le cas ? Alors que la transition écologique occupe les esprits de nombreux français, comment l’univers du vin continue-t-il de séduire tout en s’imprégnant de ses nouvelles problématiques ? L’agriculture biologique a pris sa place dans le monde du vin depuis maintenant quelques années. Les labels bio imprimés sur les étiquettes des bouteilles se multiplient, les consommateurs en redemandent… Mais la transition n’est pas si simple pour les vignerons.
Le vin se met au vert « Passer au bio, ça s’ensuit de beaucoup de paperasse et de législation, raconte Coralie Gaillard, responsable commercial du Château Barbanau. Toutes ces nouvelles règles de production impacte forcément la quantité du produit. »
Malgré ces nouvelles complications, ce domaine des Bouches-du-Rhône s’est accroché. Aujourd’hui, ses vins sont labelisés Agriculture Biologique et Agriculture Biodynamique.

Le Château Barbanau possède 27 hectares de vignes. Crédit Images : Coralie Gaillard.


« C’était une démarche très importante pour nous, explique Coralie Gaillard. Le bio, c’est faire des produits simples, bons et respectueux de la nature. Cela dépasse même le cadre commercial. » Le Château Barbanau est loin d’être le seul domaine à avoir suivi cette démarche. En 2023, le vignoble bio a gagné du terrain, jusqu’à atteindre plus de 171 000 hectares de vignes, dont 77 % déjà certifiés. Avec cette expansion, près d’une vigne française sur quatre répond désormais aux normes du bio. Plus de 12 000 producteurs se partagent ces hectares de production verte. Le tout pour répondre à une demande de plus en plus forte de ces vins bio. « Le consommateur regarde ce qu’il achète, affirme Coralie Gaillard. Quand on produit du bio, c’est un
plus. » Une observation que partage également les cavistes mettant à l’honneur ces vins issus de l’agriculture biologique. « Les gens expérimentés qu’on accueille sont à la recherche de vin propre, confirme Hervé Lethielleux, gérant de L’Etiquette, cave bio parisienne. Je ne leur vends pas des vins conventionnels, avec de l’arsenic et du mercure ! » Une position qui se répand chez les cavistes, et qui pèse ! Pour le vin, la vente directe de producteurs à consommateurs reste certes majoritaire, à hauteur de 48 %. Mais les cavistes assurent tout de même près
de 25 % des ventes auprès des clients. Des ventes de vin bio qui ont connu une progression de 9 % en 2023. Une dynamique qui témoigne de l’intérêt des consommateurs, et qui donne de l’espoir aux producteurs. « Ces points de bascule sont importants, confirme Coralie Gaillard. De plus en plus de domaines se
mettent au vert, idem pour les consommateurs… C’est la marche à suivre, aussi bien pour nous que pour la planète. »

Dans le magasin d’Hervé Lethielleux, la place est réservée aux vins issus de l’agricluture biologique. Crédit Images : L’Etiquette Paris

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Le bio, un passage risqué pour les vignerons ?


Car si la démarche est vertueuse, la mise en place n’en demeure pas moins contraignante. « Je comprends les vignerons qui expliquent que c’est dur de passer au bio, concède Hervé Lethielleux. Si on manque de personnel, c’est un défi logistique important. » « Les produits de l’agriculture biologique utilisés ne résistent pas à la pluie, contrairement à ceux utilisés pour les vins conventionnels, détaille Coralie Gaillard. Le bio, c’est un énorme investissement en temps, c’est indéniable. »
Et bien souvent, cet investissement ne donne pas ses fruits assez rapidement…
« On remonte la pente, mais le vin bio est dans une sorte de crise depuis le Covid, explique Coralie Gaillard. Nous avons vu des producteurs et des cavistes mettrent la clé sous la porte. » « J’ai réussi à me construire une bonne réputation, et je ne me limite pas à la vente de vins bio, raconte Hervé Lethielleux. Sans cela, je ovus confirme que ça aurait été difficile ces dernières années ! » Le vin bio réussira-t-il donc à s’imposer durablement ? Les producteurs et intermédiares de cette
agriculture convaincront-ils suffisament de consommateurs ? Et surtout, quid de la production dite conventionnelle ?

Hervé Lethielleux témoigne d’une forte demande des consommateurs pour des vins bio. Crédit Images : L’Etiquette Paris.


« Une des solutions pour le développement des vins bio serait la régulation des gros producteurs qui n’ont pas ces labels éco-responsable, affirme Hervé Lethielleux. C’est là-dessus qu’on peut gagner du terrain ! » Une position partagée par Coralie Gaillard, mais avec moins de conviction… « Faire entendre ces arguments à ces gros producteurs est très difficile, voire impossible, déplore-t-elle. Et au niveau législatif, ça manque de volonté… » L’avenir semble donc promettre son lot de tensions et de difficultés pour les vignobles et vignerons de l’agriculture biologique. La guerre du vin en est peut-être à ses prémices…

Alexandre Hozé

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