Au fil des années, la rénovation thermique des bâtiments est devenue une problématique majeure de la société française. Preuve en est entre 2020 et 2023, 2,3 millions de dossiers MaPrimeRenov’ ont été déposés selon le Ministère de la Transition écologique. Matthieu Humbersot fondateur de la société Pilion a crée un concept d’échafaudage permettant de lutter contre les problèmes de rénovation thermique des bâtiments. Il est revenu pour ISFJ News sur la genèse de ce projet. Morceaux choisis.

Matthieu Humbersot, fondateur Pilion

Comment vous est venue cette idée de l’échafaudage en accordéon ?

M.H : « Oui, on est la première start-up à s’intéresser au sujet de l’échafaudage dans la rénovation thermique. Il y a d’autres acteurs qui s’intéressent à comment on peut se passer d’échafaudage pour faire la rénovation, pourquoi pas avec des robots des choses comme ça. Nous on a fait le choix de miser quand même sur un équipement qui est traditionnel, de le réinventer pour une bonne et simple raison c’est qu’en faisant semblant, on laisse une place à l’humain et il y’a beaucoup de choses qui ne peuvent pas aujourd’hui est faite par les robots.

Chaque bâtiment est unique ou presque et réalité, on a besoin d’avoir le savoir-faire humain qui vient quelque part régler des problèmes très pointus et on ne peut pas s’en passer complètement. Donc moi, j’ai pris le contre-pied des acteurs existants qui visaient des projets robotiques pour quelque chose qui finalement reste beaucoup plus humain, beaucoup plus souple et qui colle beaucoup plus à ce qu’il fait aujourd’hui ». 

Est-ce que vous pouvez expliquer en quoi cet échafaudage est différent des autres et notamment d’un point de vue écologique ?

M.H : « Alors en s’intéressant aux échafaudages, je me suis aperçu qu’il y avait un peu deux grandes familles de problèmes. D’un côté on a des problèmes qu’on va pouvoir qualifier de prévention, santé, sécurité au travail. En fait les gens qui montent des échafaudages ont souvent des accidents de travail. On a beaucoup de personnes qui finissent en invalidité chaque mois en France, à cause de ça. Ils sont exposés à du transport de charges lourdes, donc des personnes transportent des planchers, qui peuvent faire une vingtaine de kilos toute leur vie et à 50 ans, il peut plus lever les bras au dessus des épaules à cause de la pénibilité. Puis la deuxième famille de problématique, nous intéressait c’était une problématique de productivité et d’écologie ».

Quels est la part de coût énergétique des échafaudages ?

M.H : « En fait, entre 5 et 10 % des coups globaux de la rénovation thermique des bâtiments sont liés aux échafaudages et donc quelque part, aller plus vite sur ce maillon là c’est une manière aussi de débloquer des rénovations et quand on regarde même ne serait-ce que du ravalement de façade, on va être autour de 30 % du coût global qui est lié aux échafaudages.

Donc vraiment intervenir sur ce maillon-là, c’est une manière de débloquer des opérations de réhabilitation, de garder les bâtiments en état. Partant de ce constat là, j’ai développé un système en accordéon qui se déplie de manière originale avec une grue ou un moyen levage externe étage par étage, comme une table pliante en quelque sorte comme un gros millefeuille ».

Comment fonctionne-t-il ?

M.H : « Vous allez pouvoir le lever étages par étage en commençant par le haut et vous a besoin que de deux personnes pour le mettre en place. Une personne qui va manipuler la grue ou le chariot élévateur et une personne au sol qui va simplement tourner une barre de garde corps et en faisant ce simple petit mouvement là elle verrouille quatre poteaux. Donc l’idée c’est lever, verrouiller répéter la même opération à l’étage N-1 N-2 N-3 et une fois que toute la colonne est sécurisée verrouillée, on va venir la plaquer en façade.

Et en faisant ça on va être beaucoup plus rapide que ce qu’il se fait actuellement on va être sept fois plus rapide traditionnel à installer, et on embarque un niveau de sécurité inédit pour les personnes qui vont travailler dessus et qui vont faire le montage. Donc on est gagnant à tous les niveaux sur le plan écologique, parce qu’on débloque des rénovations et sur le plan de la santé sécurité au travail, parce qu’on va éviter des accidents de travail ».

Est-ce que cet échafaudage sera adapté à tout type de bâtiments ?

M.H : « Notre système d’échafaudage peut s’adapter à beaucoup de types de bâtiments. Forcément, on a un fonctionnement original donc on ne pourra pas aller sur des bâtiments trop complexes comme des bâtiments historiques ou religieux. En revanche, là où on est particulièrement pertinent, c’est sûr de la réhabilitation de HLM. Petit HLM de province de trois ou quatre étages entourés de parkings ça c’est juste parfait pour nous, parce qu’on a de la place pour manœuvrer. Les engins de levage vont pouvoir venir faire la dépose, le camion qui fait la livraison va pouvoir lui-même faire l’installation ».

Quels sont les prochains objectifs de Pilion ?

M.H : « Les prochains concepts de Pilion seront toujours de baisser le coût de mise en œuvre et pas tellement de créer de nouveaux matériaux ».

 

Maxime BLANC

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