Résultat d’une prise de conscience quant à l’impact néfaste de l’industrie de la mode, certains acteurs de cette filière, dont de jeunes créateurs, proposent des alternatives et des façons de produire innovantes.

1,2 milliards de tonnes de CO2, c’est l’empreinte carbone du secteur de la mode. Cela représente environ 2 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Si le secteur continue comme cela jusqu’en 2050, cette part pourrait atteindre les 26%, selon Greenpeace. Les raisons de cette empreinte carbone ? L’utilisation de matières polluantes comme le coton, qui demande l’utilisation de beaucoup de pesticides ou encore le polyester, qui émet trois fois plus de CO2 que le coton au cours de sa vie. Les transports n’y sont pas pour rien, puisqu’une paire de jeans peut parcourir jusqu’à 65 000 kilomètres, avant d’arriver sur son lieu de vente, comme l’affirme Greenpeace. Mais depuis quelques années, les consciences se sont éveillées. On doit cela entre autres à l’effondrement du Rana plaza, un immeuble situé au cœur de la capitale du Bangladesh, qui abritait des ateliers de confection textile et qui a fait environ 1 000 morts. Aujourd’hui, la mode durable, aussi appelée la slow fashion, mène une guerre acharnée pour rappeler aux consommateurs que la qualité devrait primer sur la quantité. De nombreuses alternatives voient le jour comme acheter en friperies, se former à la couture pour retoucher soi-même ses vêtements, acheter d’occasions sur des sites comme Vinted ou Depop, ou encore faire attention aux labels. De jeunes marques innovent pour proposer des façons de consommer la mode de façon plus responsable.

Des créateurs de génies 

Ce sont quatre millions de tonnes de textiles qui sont gaspillés par an en Europe selon BPIfrance. Mais certains créateurs de génies prennent cette problématique pour en faire du neuf. Comme Mathilde Covelli, ancienne étudiante de l’Institut Français de la Mode. Elle a lancé sa marque Mahaud, il y a bientôt quatre ans. Elle travaille à partir de chaussettes et collants, des pièces de la garde-robe que l’on oublie souvent. “J’ai un partenariat pour les chaussettes avec la marque Royalties Paris et avec Gambettes Box pour les collants, c’est moi qui les ai démarchées au tout début. Quand j’ai besoin d’acheter de la matière, j’envoie un mail et puis ils me reçoivent dans leurs bureaux et je choisis dans leur fin de stock qui sont stockés dans des entrepôts et ce n’est jamais vendu” explique-t-elle. En plus de sa matière première qu’elle récupère, rien n’est perdu, tout se transforme. “On fait de l’upcycling, on ne fait pas de prototype, on se lance directement et on ajuste au fur et à mesure du processus de création pour éviter toutes pertes, en plus on utilise nos chutes” rajoute-elle. D’autres vont encore plus loin, comme Tanguy Mélinand qui crée du vêtement et de la matière à partir d’algues qu’il collecte sur les plages bretonnes.

Faire du neuf avec du vieux 

En France, 10 kilos de textiles et chaussures sont achetés chaque année, indique Greenpeace. Pourtant, les marques et les entreprises entreposent des volumes de vêtements et de textiles qui ne sont pas vendus et qui ne peuvent plus être brûlés, grâce à la mise en place de la loi AGEC, comme le montre l’initiative de Gaultier Desandre Navarre, cofondateur et directeur créatif de la marque française Cent Neuf Paris. “On va chercher les vêtements dans des gros sites de fripes où est fait un premier contrôle qualité pour voir s’il y a des défauts qui ne sont pas réparables. Après être achetés, les produits vont dans un pressing industriel où ils sont traités. Ensuite, on a un nouveau contrôle qualité qui nous permet de voir s’il n’y a pas plus de tâches ou des petits trous, puis les pièces sont incorporées dans des collections et vendues. On ne produit absolument rien à part des looks”, explique-t-il. Il est témoin de cette surproduction et de la circulation de tous ces vêtements : “le stock qui est à notre disposition chez nos fournisseurs en France est sans fin. Quand on a fait nos premières visites, des énormes sacs de vêtements tous poussiéreux qui n’ont pas pu être ouverts par manque de temps et qui viennent du monde entier, étaient présents sur place. Il date des années 80 et cela, c’est juste pour un seul fournisseur”, ajoute-t-il. 

D’autres initiatives sont à saluer comme l’engagement de la marque R/Upcycling qui met en avant la réinsertion sociale et la mode durable. Portée par le Relais Val-de-Seine, la coopérative basée à Chanteloup-les-Vignes est spécialisée dans la collecte, le tri et la revalorisation des textiles et chaussures. L’entreprise emploie 100 contrats en insertion sur 170 employés et collecte en moyenne 600 tonnes de textiles chaque année, une entreprise qui allie durabilité et social, un pilier qui ne doit pas être oublié.Si le marché mondial de la mode éthique est passé de 7,12 milliards d’euros en 2022 à 7,68 milliards d’euros en 2023, le marché mondial de la mode éthique devrait atteindre 10,45 milliards d’euros d’ici 2027.

Manon Marquignon 

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