Impulsion entraînée par les enjôleurs jeux olympiques de Paris ou véritable amour pour la sueur, les Français font du sport. Ils sont même 40 millions à s’adonner à une activité physique régulière. Seulement cette pratique positive sur les santés humaines s’avère encore trop souvent nocive pour notre planète bleue. Dans cette course au bien-être, certains Français tentent de penser à notre planète.

Mardi matin, 7 heures. Le hall de son immeuble à peine quitté, une petite silhouette s’enfonce au pas de course dans les rues glaciales de la capitale. Pas de temps à perdre pour la jeune femme qui connait bien son chemin. Aujourd’hui, ce sera le square des Batignolles et ses allées verdoyantes. Ses longs cheveux s’agitent au rythme effréné de ses foulées. Sa tenue colorée de seconde main, sortie tout droit des années 80, détonne de la grisaille matinale. Tout comme 32 % de Français (source INJEP), Eléonore pratique hebdomadairement la course à pied. Son tour à peine terminé, les joues encore rosées, la parisienne justifie le choix de sa pratique sportive : « J’aime penser à l’idée que seul mon corps est utilisé quand je fais du sport. Pratiquer la course en extérieur demande moins de ressources à la planète, et puis il va recommencer à faire beau donc c’est toujours plus agréable d’aller courir en plein air que de rester sur un tapis ». Son avis ne semble pas partagé, la France apparait comme le quatrième pays au monde, et le premier en Europe, à consommer le plus d’articles de sport et de loisirs selon l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME). Cette consommation massive entraîne dès lors l’apparition de près de 100 000 tonnes d’articles de sport jetés chaque année dans les ordures ménagères résiduelles, les encombrants et les déchèteries au sein de l’hexagone. Face à sa ce constat, la jeune femme le revendique : « Il vaut mieux acheter de la qualité et non de la quantité. Quand j’achète, je préfère mettre le prix dans quelque chose de durable et d’éthique. Ça prend plus de temps car ça demande des recherches mais finalement on sait ce qu’on utilise ».
L’industrie textile comme outil clé des évolutions
3e secteur le plus consommateur en eau dans le monde, l’industrie du textile rejette à elle seule pas moins de 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre. C’est sur ce constat simple que d’autres acteurs du sport comptent agir. Maud Labandibar, fondatrice de PureRoar, concepteur de tenues fitness, a pris les devants : « Je viens tout juste de lancer ma marque, elle n’a même pas deux ans, donc je n’ai pas encore les moyens de produire 100 % vert, mais c’est clairement un objectif. Je vise à généraliser une labellisation GRS (produits recyclés) à tous mes produits et aujourd’hui, 70% des matériaux que j’utilise sont des matériaux recyclés. C’est une démarche plus coûteuse mais en tant qu’actrice de ce milieu, je suis consciente que la production du textile est la plus polluante au monde donc c’est à nous de faire changer les mentalités et les méthodes de fabrication ». Seulement, la jeune designeuse se heurte à un circuit dont le mode de fonctionnement est encore loin de plaire à ses idéaux, et où les priorités se trouvent ailleurs : « C’est aux concepteurs de demander. Parce que la plupart des usines sont là pour produire et avoir leur argent. Si tu n’expliques pas ta démarche, ils ne te proposeront pas par eux-mêmes les options qui conviennent à une production moins énergivore. En tant que concepteur, c’est à toi de faire attention avec qui tu travailles. Au moins ça me permet de suivre les avancées technologiques et de pouvoir nourrir ma marque pour la rendre toujours plus verte ». Ce souffle nouveau pourrait mener ce maillon de la production textile, catalyseur de bon nombre de pollutions, à s’inscrire davantage dans de nouvelles démarches.
S’inscrire dans un mode de vie

2 mois, c’est la quantité de temps de pratique sportive que pourrait perdre les Français chaque année dans un monde à plus 4 degrés selon la WWF. Mais là encore, Eléonore a des idées pour contrecarrer le réchauffement climatique et pouvoir continuer d’arpenter le square des Batignolles quand bon lui semble. Ça se passe cette fois-ci dans son assiette : « J’achète le plus possible d’éléments en vrac et ensuite je mets tout ça dans des bocaux. Les plats préparés contiennent beaucoup de plastique et de cartons, donc je limite mes déchets et en plus, je contrôle ce que j’ai dans mon assiette. Typiquement pour mes collations d’après séance ça fait des déchets en moins. Pareil pour les bouteilles, je n’en achète pas, tu ne trouveras que des gourdes et des bouteilles en verre chez moi ». C’est cette implication à chaque échelle de sa pratique sportive qui anime la jeune femme. « Je me donne au maximum pour faire du bien à la planète. Dans tous les aspects de ma vie, c’est ce qui me paraît le plus cohérent. Puisqu’on a quand même été énormément sensibilisés. Tout ça, ça fait partie d’un mode de vie. » conclut-elle, l’air aussi déterminé que lors de ses foulées matinales.
Article et photos : Paul GASCARD

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