Jusqu’au 11 mai 2025, le musée des Arts et Métiers organise une grande exposition sur le thème de l’empreinte carbone, et cherche à rester cohérent en réduisant au maximum son propre impact climatique. L’institution a missionné Adèle Boyé, de la société Low Carbon Prod, qui nous explique son rôle pour réduire et évaluer l’empreinte de l’exposition.

L’expo “Empreinte Carbone” se tient au musée des Arts et Métiers jusqu’au 11 mai prochain. © Baptiste Gilbert

Saviez-vous qu’un kilo de pâtes émet plus de carbone qu’un kilo d’avocats ? Outil clé dans la lutte contre le réchauffement climatique, l’empreinte carbone est au cœur d’une exposition se tenant depuis le 16 octobre 2024, et jusqu’au 11 mai 2025 au musée des Arts et Métiers. Alimentation, transports, mode, électronique, bâtiment : les secteurs les plus émetteurs en gaz à effet de serre y sont passés en revue, avec de nombreux chiffres éclairants.

Mettre en avant cet indicateur, c’est presque une affaire de responsabilité pour le musée des Arts et Métiers : “Fortement enraciné dans […] la Révolution industrielle, [nos] collections comprennent des objets qui ont contribué de façon significative à l’augmentation progressive et spectaculaire de l’empreinte carbone de l’humanité”, explique l’institution. Elle revendique donc vouloir “proposer aux visiteurs un espace de réflexion sur les actions à mener face au défi du changement climatique”.

Et cet objectif s’étend aussi à la conception de l’expo. Une installation temporaire comme celle-ci, qui dure 6 mois, implique généralement de mettre à la poubelle – ou à l’incinérateur – tous ses éléments de décors. Pour éviter cela, et plus globalement pour diminuer au maximum l’empreinte carbone de l’expo, les scénographes ont fait appel à Adèle Boyé, accompagnatrice en éco-conception et fondatrice de la société Low Carbon Prod.

“Ça a été un vrai travail collectif”

Après une première carrière dans la production audiovisuelle, où elle nous confie avoir constaté “énormément de gâchis”, Mme Boyé a créé la société Low Carbon Prod. Elle œuvre aujourd’hui à faire changer sa pratique professionnelle par le biais de l’éco-production (des méthodes de production écoresponsables). Pour l’exposition Empreinte Carbone, elle a été contactée dès le début du projet, par les scénographes qui répondaient à un appel d’offre du Cnam (Conservatoire national des arts et métiers). “Au vu du sujet, c’était évident qu’il fallait quelqu’un pour les accompagner dans l’éco-conception, et calculer l’empreinte carbone de l’expo”, explique-t-elle. Adèle Boyé a ainsi pu rencontrer très tôt toutes les parties prenantes du projet, scénographes, équipes du musée, entreprises chargées de la création des décors, de l’installation ou de l’éclairage. 

Une approche écoresponsable très en amont, qui s’est avérée particulièrement efficace : “vu que j’étais présente au tout début du projet, personne n’a râlé, ce qui est parfois le cas. Certains professionnels ont des habitudes bien ancrées qui sont difficiles à faire évoluer, ils ont des grosses réticences”. Pour l’expo Empreinte Carbone, elle salue au contraire les efforts de chacun. “J’ai beaucoup sollicité les équipes pour me fournir des données, afin de pouvoir faire le bilan carbone, et tout le monde était très motivé. Ça a été un vrai travail collectif”.

Pour réduire leur empreinte, les équipes se sont notamment organisées avec celles de l’exposition précédente, afin de pouvoir réutiliser un maximum d’éléments et de matériaux. Une chaîne vertueuse qui continuera avec l’exposition suivante. “Dès le montage, on a pensé au démontage” affirme Adèle Boyé, tout sourire. Dans la même optique, une collaboration a également été organisée avec la ressourcerie La Réserve des arts, qui récupère des éléments de décors d’expositions ou de défilés de mode pour qu’ils soient réemployés. “Tout le monde est gagnant, mais c’est un réflexe encore rare qu’il faudrait réussir à intégrer partout”.

“J’ai parfois l’impression qu’on est bloqués en salle d’attente de la transition écologique”

Si les bilans carbone sont de plus en plus courants dans le secteur culturel, l’éco-conception en est encore à ses balbutiements, indique Mme Boyé avec regret. “Ça évolue un peu, mais pas assez vite : j’ai parfois l’impression qu’on est bloqués en salle d’attente de la transition écologique”. En cause notamment selon elle, un manque d’incitation des acteurs publics : “Dans certaines régions, il existe des mécanismes qui permettent d’obtenir des financements pour l’éco-production, mais ce sont des petites sommes. Globalement, l’éco-production dans le secteur culturel reste assez peu encouragée”. Un soutien insuffisant qui ne devrait pas aller en s’arrangeant, la tendance étant plutôt à la baisse des budgets de la culture. 

Pas de quoi décourager Adèle Boyé : « On aura de moins en moins de financements et de ressources, donc autant apprendre tout de suite à faire des films et des expos de manière plus sobre et moins coûteuse, si on veut que la culture continue à exister”. Parfois confrontée à une forme de scepticisme quant à l’utilité de son travail, face à l’ampleur du dérèglement climatique, elle sait exactement quoi répondre : “quand on me demande si je crois que je vais sauver la planète avec l’éco-conception, je réponds que non. Mais qu’au moins j’ai l’impression de faire partie de la solution, et pas du problème”.

Baptiste Gilbert

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