
Entre promesses vertes et actions concrètes, l’industrie de la beauté se réinvente pour répondre aux enjeux environnementaux. Mais derrière les slogans éco-responsables, quelles sont les réelles avancées ? Entre champs d’agriculture régénérative et influenceurs TikTok engagés, une experte nous éclaire.
Dans un monde en quête de durabilité, l’industrie cosmétique est à la croisée des chemins. Longtemps critiquée pour son impact environnemental, elle tente aujourd’hui de se réinventer. Produits rechargeables, ingrédients issus de l’agriculture régénérative, innovations en matière d’emballages… Autant d’initiatives qui interrogent : la beauté éco-responsable est-elle un simple concept marketing ou une véritable révolution ?
Un secteur encore trop polluant
Selon une étude menée par l’Agence Européenne pour l’Environnement en 2024, l’industrie cosmétique produit chaque année plus de 120 milliards d’emballages à usage unique. Alors que ces derniers sont en grande majorité en plastique, moins de 9 % sont recyclés, précise l’OCDE. À cela s’ajoutent les effets néfastes des microplastiques présents dans de nombreux soins et maquillages, qui contaminent les océans et la biodiversité marine.
L’agriculture régénérative n’est pas qu’une tendance, c’est une nécessité.
Outre les emballages, la production d’ingrédients cosmétiques est également pointée du doigt. En cause ? L’extraction de certaines matières premières. L’huile de palme, qui est un composant récurrent, est responsable de la déforestation, notamment en Indonésie et en Malaisie. Par ailleurs, l’industrie cosmétique est une grande consommatrice d’eau : il faut environ 10 000 litres d’eau pour produire un kilogramme de beurre de karité, ajoute l’OCDE, alors qu’il s’agit de l’un des ingrédient phare de nombreux soins hydratants
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L’agriculture régénérative : un espoir pour la cosmétique durable ?
Face à ces constats alarmants, certaines marques misent sur l’agriculture régénérative, une pratique agricole qui vise à améliorer la santé des sols, capturer le CO2 et restaurer la biodiversité. L’Occitane, pionnière en la matière, a développé des filières de culture régénérative pour ses ingrédients phares comme l’immortelle de Corse. De son côté, Kiehl’s s’approvisionne en lavande et en calendula issus de l’agriculture régénérative afin de limiter son empreinte carbone.
Pour Émilie Kovacs, coordinatrice éditoriale de Beauty for Good, initiative lancée par Marie-Claire en 2023, cette approche est une véritable avancée: « L’agriculture régénérative n’est pas qu’une tendance, c’est une nécessité. Elle permet d’offrir des ingrédients plus purs, mais aussi de protéger notre planète », nous explique-t-elle.
D’autres initiatives voient le jour, comme celle de Weleda, qui s’engage dans des cultures biodynamiques respectueuses des cycles naturels. Cette démarche permet non seulement de préserver les écosystèmes, mais aussi d’obtenir des ingrédients plus riches en principes actifs et ainsi s’inscrire dans une démarche éco-responsable.
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Des innovations pour un secteur plus vert
En plus des matières premières, l’éco-conception des produits connaît une véritable transformation. Certaines marques révolutionnent l’industrie avec des formats zéro déchet. 900.care propose par exemple des dentifrices à croquer et des gels douche en pastilles à diluer, permettant de réduire considérablement l’usage du plastique.
Les consommateurs veulent agir concrètement pour réduire leur impact.
Les emballages se réinventent également. Chanel a lancé une ligne de soins rechargeables dans des pots en verre ultra-légers, tandis que L’Oréal ambitionne d’atteindre la neutralité carbone dans toutes ses usines d’ici 2025. De son côté, FaiveleyTech collabore avec Sulapac pour concevoir des contenants biosourcés et compostables. Ces efforts répondent à une demande croissante des consommateurs. Une étude menée en 2018 par Nielsen révèle que 73 % des consommateurs mondiaux sont prêts à changer leurs habitudes pour réduire leur impact environnemental.
Project Pan : la tendance TikTok qui lutte contre la surconsommation
L’éco-responsabilité aujourd’hui va bien plus loin. Elle est même devenue une tendance sur les réseaux sociaux. Fin 2024, le “Project Pan” voit le jour sur TikTok. Ce mouvement encourage les utilisateurs à terminer leurs produits cosmétiques avant d’en acheter de nouveaux. Le message derrière cette trend est assez clair : les consommateurs de soin, de maquillage veulent lutter contre la surconsommation. Une volonté qui prend de l’ampleur puisque les vidéos associées au hashtag #ProjectPan ont été visionnées plus de 500 millions de fois, témoignant d’une prise de conscience collective.
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« ’Le Project Pan’ est une réponse directe à la surproduction et au gaspillage dans l’industrie de la beauté. Il montre que les consommateurs veulent agir concrètement pour réduire leur impact », explique Émilie Kovacs. Des influenceurs comme @EcoBeautyTips partagent d’ailleurs leurs astuces pour recycler, réutiliser ou upcycler leurs produits, invitant ses abonnés à adopter une routine beauté plus responsable.
@dilaxmania le project pan c’est vraiment LE projet de 2025 #projectpan #2025reset #sundayreset ♬ Dreamy Girl – Headphone Chill Girl
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Vers une nouvelle norme de la beauté ?
Malgré ces avancées, des défis restent à relever. L’accès aux matières premières durables est encore limité, et le coût de production des cosmétiques éco-responsables reste plus élevé que celui des produits conventionnels. Émilie Kovacs souligne également l’importance de la transparence : « Les marques doivent aller au-delà du simple marketing vert et prouver, par des études et des certifications, l’impact réel de leurs engagements. »
Ainsi, si la beauté éco-responsable pouvait sembler utopique il y a encore quelques années, elle est aujourd’hui en passe de devenir une réalité tangible. La mobilisation des acteurs du secteur, associée à une demande croissante du public, pourrait bien faire de la cosmétique durable la norme de demain.
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