La commune de Sainte-Pazanne, en Loire-Atlantique, a mis en place un système d’éco-pâturage. Les moutons redonnent vie à des terrains municipaux laissés de côté, faisant le bonheur de l’environnement comme des habitants.
Le mouton remplace la tondeuse sur de nombreux terrains municipaux de la commune de Sainte-Pazanne. Cette pratique s’appelle « l’éco-pâturage », ou « écopastoralisme », et s’est répandue dans les collectivités ces dernières années. La loi Labbé de 2017, qui interdit l’utilisation des produits phytosanitaires dans les espaces publics, a joué un rôle dans son développement. Mais elle n’en retire pas les motivations et les avantages écologiques. « On a tout de suite été séduit, se rappelle Patrick Mariot, directeur général des services de la mairie de Sainte-Pazanne. Un habitant s’est lancé dans l’éco-pâturage et on s’est immédiatement dit que c’était une bonne solution à plein de niveaux ». Sur des terrains peu entretenus faute de moyens ou d’accessibilité des engins mécaniques, les herbivores taillent et tondent naturellement.
Ecologie et biodiversité
« C’est une solution douce de gestion de l’espace », explique Yves David, écologue en Bretagne. Ce spécialiste des écosystèmes et de l’impact de l’homme sur l’environnement salue l’initiative de l’éco-pâturage : « Le traitement mécanique des espaces peut être brutal. Tondre, faucher, et broyer a des conséquences : on tasse les sols, ce qui empêche des pousses, on élimine des bourgeons, on détruit aussi l’habitat naturel de certaines espèces animales. » Des inconvénients éliminés par l’action des ovins au lieu de machines. Limiter naturellement la prolifération de buissons, de fourrés et de hautes herbes permet aussi d’attirer de nouvelles espèces. L’écologue détaille : « En entretenant sans les agresser des espaces semi-naturels, on favorise l’installation d’insectes, puis d’oiseaux et de petits mammifères qui s’en nourrissent. Cela apporte une vraie richesse écologique et favorise la biodiversité. ».
A la tête de l’entreprise Eco-pâturage de Retz (le Pays-de-Retz est un territoire au sud-ouest du département de la Loire-Atlantique, dans lequel se trouve Sainte-Pazanne), et amoureux de ses bêtes, Denis Brazeau est très sensible à cette dimension environnementale. Il est propriétaire des moutons installés à Sainte-Pazanne. « On travaille avec des moutons d’Ouessant. Comme ils sont petits et légers, ils ne tassent pas les sols. Et bien sûr, ils ne créent pas de pollution auditive, ne consomment pas d’essence et n’émettent pas de gaz carbonique », sourit Denis.

Economie locale
Pour la mairie de Sainte-Pazanne, faire appel à une entreprise locale était évident. « Je travaille avec des communes dans un rayon de 20 km seulement, pour réduire l’impact des déplacements », expose Denis Brazeau. Sa proximité lui permet de venir compléter l’alimentation des moutons si nécessaire, et de les retirer facilement du terrain un mois ou deux pour que l’herbe se régénère, avant de les installer de nouveau.
L’entreprise Eco-pâturage de Retz est rémunérée au titre d’un contrat d’entretien à l’année. « On fait fonctionner des entreprises locales et on fait aussi des économies, bien sûr, reconnaît Patrick Mariot. Grâce à l’éco-pâturage qui coûte à peu près 25 % moins cher qu’une gestion mécanique, on peut entretenir des terrains qui sinon seraient laissés à l’abandon. C’est avantageux financièrement et écologiquement. » Chaque année, la commune étend les zones concernées en fonction des besoins. Des espaces d’un nouveau quartier ont encore été investis il y a quelques mois, pour le plus grand bonheur des habitants.
Lien social et naturel
Les moutons ne sont pas seulement utiles, ils sont aussi fédérateurs. « Tous les ans, pour la journée citoyenne, on fournit des grillages et des piquets aux habitants. Ils installent les enclos et les cabanes eux-mêmes, c’est très rassembleur », affirme Patrick Mariot. La commune et l’entreprise ont placé des panneaux explicatifs le long des barrières, pour présenter le système de l’éco-pâturage et les animaux. Les Pazennais y passent souvent, au quotidien ou à l’occasion d’une promenade le week-end, lisent et discutent de l’initiative. Les enfants gardés en journée réclament d’aller voir les moutons. « Cette pratique est pédagogique et sensibilise le public aux questions écologiques, grâce à sa proximité et sa simplicité », ajoute Yves David. « Il s’agit aussi de faire entrer le rural dans l’espace urbain, de recréer des espaces à la lisière de la nature et de l’artificiel. »

Succès de l’éco-pâturage
La pratique rencontre un franc succès, et les collectivités locales ne sont pas les seules à l’exploiter. De grandes entreprises comme la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) emploient des moutons et des chèvres pour entretenir les bas-côtés aux abords des voies. Le Réseau de transports d’électricité (RTE), pour débroussailler autour des postes électriques. De petites entreprises, et même des particuliers possédant un terrain suffisamment vaste se tournent aussi vers cette solution, qui s’inscrit parfaitement dans la volonté publique de transition écologique. L’éco-pâturage semble bien parti pour se généraliser, et les moutons n’ont pas fini de s’installer.
Anna Fourage


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