Les déchets industriels représentent un défi de taille pour les entreprises, tant sur le plan écologique qu’économique. Face à des réglementations de plus en plus strictes et une pression sociétale accrue, les industries doivent revoir leurs modes de production pour limiter leur impact environnemental. Mais au lieu d’être perçus uniquement comme une contrainte, ces déchets peuvent être transformés en ressources grâce à des approches innovantes d’économie circulaire.

“Le déchet d’une entreprise devient la matière première d’une autre”, c’est l’un des principes de l’économie circulaire que nous explique Jean-François Nothias, Directeur du réseau ZIRI (Zone d’Innovation et de Recyclage Industriel) qui accompagne les entreprises dans leur transition écologique. Chaque année, des milliards de tonnes de déchets industriels sont générés, provenant de secteurs tels que la chimie, la métallurgie, l’électronique et la construction. Seulement 20 % des déchets électroniques sont recyclés, laissant des métaux précieux comme l’or et le cuivre inexploités. Ces déchets, souvent mal gérés, finissent dans des décharges ou sont incinérés, générant des émissions toxiques et contribuant au réchauffement climatique. 

La RSE au coeur des préoccupations

“Beaucoup d’entreprises, notamment les PME, souhaitent faire des efforts mais ne savent pas comment s’y prendre”, constate Jean-François. La volonté est bien là, mais les solutions ne sont pas encore suffisamment répandues. Certaines entreprises ont entamé déjà il y a bien longtemps leurs démarches éco responsables. C’est le cas d’Unikalo, société fabricante de peinture basée à Mérignac en Gironde. Dès le début des années 2000, l’entreprise décide de placer les enjeux écologiques au cœur de sa politique. “Il a fallu pour cela accompagner les équipes pour une montée en compétences sur les nouveaux sujets : techniques, réglementaires, les nouveaux outils de communication, la digitalisation. C’est un choix fort de la Direction du groupe et les investissements sont relatifs à ces besoins” explique Julie Guyon, la responsable RSE de l’entreprise. 

Ainsi, Unikalo produit de la peinture avec des matériaux biosourcés, elle participe également  à la dépollution de l’air avec des peintures spéciales, élaborées dans ses laboratoires de recherche et développement. “Une équipe de plus de 30 personnes, incluant un pôle innovation, travaille en étroite collaboration avec les achats pour garantir la qualité et sélectionner les meilleures matières premières. Notre objectif est double : proposer des produits éco conçus tout en répondant aux exigences techniques élevées de nos applicateurs (les peintres).” Pas toujours facile de garder une haute performance technique tout en produisant de manière responsable.

En dehors de la conception de produits éco responsables, Unikalo accorde de l’importance au tri de ses déchets industriels. L’entreprise a récemment rejoint le réseau ZIRI afin de créer des partenariats avec d’autres entreprises pour réduire son impact environnemental. 

Compacteur de carton dans l’usine Unikalo de Merignac

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme

L’économie circulaire s’impose comme une véritable solution pour transformer ces déchets en ressources. Elle repose sur des principes clés tels que la réutilisation, le recyclage et la régénération des matériaux. Dans le contexte industriel, cela signifie repenser la gestion des déchets pour en faire des matières premières secondaires. Par exemple, les déchets plastiques peuvent être transformés en nouveaux produits, tandis que les métaux récupérés des équipements électroniques sont réintégrés dans les chaînes de production.

Lancé en 2014 sur l’Ecoparc de Blanquefort (33), ZIRI est un réseau d’écologie industrielle qui regroupe aujourd’hui 129 entreprises dans la région bordelaise. Son objectif est d’optimiser les ressources (énergie, eau, déchets), soit par la mutualisation, soit par la substitution. ZIRI a mis en place des achats groupés d’électricité verte, permettant aux entreprises de réduire leurs factures de 20 % en moyenne.

Pour la partie substitution, le réseau met en relation des entreprises afin que les déchets des unes deviennent les ressources des autres. Jean-François Nothias nous donne un exemple concret : “Soprema, une startup basée à Cestas qui fabrique de l’isolant, nous a contacté afin de trouver des entreprises dans la région, qui utilisent du papier adhésif (étiquettage) dans leur activité. Cette matière, la glassine, n’était pas recyclable dans les filières traditionnelles mais Soprema a réussi à la réutiliser pour fabriquer de l’isolant.” Ainsi, des entreprises comme Unikalo participent au développement de la startup tout en améliorant sa gestion des déchets. Autre exemple, le réseau ZIRI a mis en relation le fabricant de peinture avec une autre startup spécialisée dans le recyclage de peinture usagée, Circouleur. 

Papier adhésif transformé en isolant par la startup Soprema

Parvenir à maintenir la pérennité des circuits d’animation

Jean-François Nothias le sait : “Pour que ces circuits continuent à se répandre en France, il faut que les entreprises réalisent les économies qu’elles pourraient faire. C’est le nerf de la guerre.” En effet, pour que les structures d’animations comme le réseau ZIRI continuent d’opérer et que d’autres se développent, il faut augmenter le nombre d’adhérents. Cela passe notamment par le bouche à oreilles entre les entreprises mais pas que : “les aides publiques vont baisser avec les problèmes de budget du gouvernement, le futur des circuits d’animation c’est de trouver des investisseurs privés”. 

Maxime Coffinet

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